mardi 14 novembre 2023

Jules Hamonet (1889-1952) et fils, photographes à Saint-Brieuc.

 

Archives municipales. Factures 3L137
 

Le photographe Jules Hamonet a exercé dans le quartier de Robien à Saint-Brieuc entre les années 1910 et 1950, dans une période ou d’autres photographes souvent plus connus avaient pignon sur rue à Saint-Brieuc comme Delaunay et Binet, années 30 ; Maquin, Hamonic (également éditeur de cartes postales) et Waron, fin des années 40 ; Dhainaut, installé en 58…

Photo Delaunay 1960 31 mai Ouest-France

Chez les Hamonet, la photographie c'est une histoire de famille sur plusieurs générations : les parents et trois fils exerceront ce métier. C'est ce qui explique qu' il est parfois difficile de démêler quelles sont les photos du père ou des fils !

 

Jules Hamonet, père (1889-1952)

Jules Hamonet est né le 15 janvier 1889 à Langueux, son père est bourrelier et il a cinq frères. Il se marie le 10 janvier 1910 à Saint-Brieuc avec Francine Jeanne Quinio (1891-1979). Il est déjà inscrit comme photographe en 1910 sur l'acte de mariage.

Registre des mariages. Jules Hamonet. 1910 Archives départementales.





Le couple aura 5 enfants : René en 1913, Marcel en 1918, André en 1920, Rémy en 1926, René en 1930.

Après avoir fait deux années de service militaire dans le 71e Régiment d'Infanterie, Jules Hamonet combat pendant la Guerre de 14-18 dès le 4 août 1914. Il est blessé le 14 août 1916 à Verdun et il est hospitalisé à Lyon pour soigner ses plaies multiples dues à des éclats de grenades. Sa santé est fortement altérée et cela lui vaut d'être déclaré "réformé temporaire" le 18 août 1917 avec une gratification de 400 francs.

On sait qu'en 1920, au moment de la naissance de son fils André, Jules Hamonet, père, exerce dans un studio photographique au 48 boulevard Hoche à Saint-Brieuc. 


Facture Hamonet 1937

La maison Hamonet édite des photos sous un format carte-postale comme cela se fait beaucoup au début du XXe siècle. Ci-dessous, cette photo avec le personnel du magasin de confection Pincemin rue des Trois-frères-Merlin à Saint-Brieuc est sous format carte-postale (publié aussi page 19 du livre de François Thomas, Saint-Brieuc de ma jeunesse). 

Photo Hamonet Saint-Brieuc, non datée, en vente sur le site de Clément-Maréchal

 

Plus tard, Jules Hamonet exerce au 7 boulevard Hoche, c'est là qu'il va décéder en 1952. 

La maison du 48 boulevard Hoche

Ancienne maison Hamonet, 7 boulevard Hoche, image Google

 

Témoignage

Michel Dhainaut, né en 1933, était passionné de photographie depuis tout jeune. Habitant dans le quartier de Robien, il aimait venir chez Jules Hamonet après l'école : "Il y a avait le magasin du côté rue dans le bas du boulevard Hoche et par derrière se trouvait le studio. Le développement se faisait dans la cave. Il me montrait comment faire les retouches et j'ai appris les techniques de développement."

Plus tard Michel Dhainaut fera son apprentissage à Saint-Brieuc, avant de faire de la photo son métier. Il exercera à Paris, adhérent de la Société Française de Photographie, il aura la chance de côtoyer les grands photographes d'après-guerre, les Doisneau, Cartier-Bresson etc. avant de revenir s'installer à Saint-Brieuc et de travailler avec les éditions Le Flohic. Il réalisera avec eux un énorme travail sur la collection : Le Patrimoine des communes de France.

La rencontre avec Jules Hamonet aura constitué une étape sur son beau parcours professionnel... 

Livre photo de Michel Dhainaut.

La disparition de Jules Hamonet.1952

Pendant l'Occupation, la profession de photographe peut rendre bien des services pour confectionner de faux papiers à des résistants. C'est ce que fera Jules Hamonet d'après le témoignage de son fils René (Ouest-France 6 août 2013).

Jules Hamonet exercera jusque dans les années d'après-guerre et en 1948 il tient encore son studio photo.

Le 29 janvier 1952, son décès brutal à l'âge de 63 ans surprend et attriste de nombreuses personnes.

Sa nécrologie dans Ouest-France est élogieuse :

"Jules Hamonet était un Briochin connu, une silhouette sympathique, un excellent camarade, jovial, serviable, toujours à la disposition des amateurs photographes dans les réunions, connu dans toute la campagne de la région où il allait "tirer" les mariages et noces d'or."

Décès Jules Hamonet. 31 janvier 1952 Ouest-France


Jules François Aimé Hamonet, fils (1913)

En avril 1913, va naître un fils, prénommé lui aussi Jules, comme son père, et qui deviendra photographe, comme son père.

Registre des naissances. Jules Hamonet. 1913 Archives départementales.

 Anecdote

Un souvenir raconté par M. Jean Pierre le 8 janvier 1998 dans Ouest-France :
"Avec les fils du photographe Hamonet, on allait chasser les moineaux sur la colline de Brézillet".


Portraits individuels ou de groupes

Jules Hamonet, père, suivi par son fils aîné, se spécialisent dans les portraits en tous genres (photos d'identité ou artistiques). Ils réalisent les clichés en extérieur ou dans le studio du boulevard Hoche.

Ci-dessous, voici le portrait d'Alfred Dacquay, le vice-président des cyclotouristes de Saint-Brieuc, par Jules Hamonet. En tant que passionné de vélo, secrétaire puis trésorier de cette association, Jules Hamonet fils connait bien Alfred Dacquay ! Dans le milieu du cyclotourisme, Jules est surnommé "petit Jules Hamonet"

21 avril 1949 Ouest-France

 

Ci-dessous une autre photo de Jules Hamonet publiée dans Ouest-France en 1950 dans le cadre d'un article sur l'Amicale Cyclotouriste Briochine, une association qui lui est chère.

Photo Jules Hamonet dans Ouest-France 13 janvier 1950

 

Ci-dessous, un aperçu de différentes photos prises par Jules Hamonet pour illustrer les activités du club de cyclotourisme à partir de 1938 dans Ouest-Eclair et jusqu'en 1950 dans Ouest-France.


 

La photo ci-dessous évoque l'histoire de l'immigration italienne des années 1930  dans la région de Saint-Brieuc. Les Italiens de la ville et de ses environs posent en habit du dimanche. Une scène immortalisée... par le photographe Jules Hamonet.

Photo Hamonet. Le Télégramme 13 août 2014
 

Avant guerre dans Ouest-Eclair puis de 1947 à 1950, Jules Hamonet publie régulièrement des photos dans Ouest-France. Son goût pour les photos de groupes, au contact des gens dans les campagnes, peut s'exercer au travers de cette activité dans la presse. Cette activité semble avoir plus celle du père...

Photo Jules Hamonet 7 mai 1942 Ouest-Eclair


Photo de Jules Hamonet dans Ouest-France.16 juin 1949

 

Photos de sport ou photo de reportage

C'est à Jules Hamonet, père, que l'on doit cette photo d'un combat de boxe en 1921 dans la cour des établissements Buvat, rue Jules Ferry à Saint-Brieuc, preuve que la photo de reportage l'intéressait depuis au moins les années 20.

Photo publiée en 1957 dans Ouest-France

Jules Hamonet, dans Ouest-France, photographie le quotidien et les faits divers comme on le voit ci-dessous pour cet accident survenu à quelques pas de chez lui en 1938.

 

Jules Hamonet figure dans le répertoire des photographes professionnels en 1940, ce document est conservé par le Musée de Bretagne.

Image Musée de Bretagne


Un photographe pour l'histoire

Sa passion de la photographie conduit Jules Hamonet, fils, à photographier la Libération de la Ville de Saint-Brieuc le dimanche 6 août 1944. René, son jeune frère, évoque ce souvenir lors d'un entretien avec Ouest-France le 6 août 2013.

René Hamonet, frère de Jules, en 2013. Ouest-France 6 août 2013

René Hamonet, alors âgé de 13 ans, ne perd pas une miette de la scène historique qui se joue devant ses yeux. A ses côtés, son frère aîné Jules, photographe, capture l'arrivée des troupes alliées rue de Gouédic : "Jules photographiait, mon père filmait. Et moi, je suivais." Les deux frères n'échangent aucune parole ou presque avec les Américains à cause de la barrière de la langue mais "je me souviens d'un soldat qui nous répétait "no good", "ce n'est pas bien", en désignant les femmes tondues dans la rue."

Des Résistants à Libération de Saint-Brieuc 1944. Photo Jules Hamonet

Soldats américains à Libération de Saint-Brieuc 1944. Photo Jules Hamonet




Marcel et René Hamonet photographes

Deux autres frères Hamonet étaient photographes :

Marcel Hamonet est né le 30 avril 1918. Il exerce le métier de photographe très jeune avec son père, il est enregistré sous cette profession lors du recensement de 1936. Il se marie avec Simone Hamet en 1943 et le couple aura trois enfants Yann, Goulven et Gaël.

Acte de naissance Marcel Hamonet, fils de Jules. Archives départementales


On retrouve sa trace comme photographe au milieu des années, 32 et 60 rue Chateaubriand à Saint-Brieuc. Son épouse, Simone, travaillait avec lui. Marcel a eu aussi son magasin-atelier de photo au 3 rue de Trégueux, l'adresse mentionnée était parfois celle de la Croix-Perron, toute proche et bien connue des briochins. 

Ci-dessous, voici l'emplacement de l'ancien atelier photo Hamonet qui possédait une petite vitrine. Il a été remplacé par un bâtiment moderne où il y a eu un tatoueur, une clinique vétérinaire... 

C'est madame Hamonet qui s'est installé à la mort de son mari à cet endroit après 1952 pour continuer l'activité dans le domaine de la photographie. Elle assurait les prises de vues pour les portraits, photos d'identités. Elle s'occupait aussi de faire les retouches sur les photos.

Emplacement de l'ancien atelier Hamonet. Image Google-Street

En été M. Hamonet avait une boutique aux Rosaires (ci-dessous, on voit qu'il profite de ses périodes de travail aux Rosaires pour envoyer quelques lignes et une photo à Ouest-France, à l'occasion d'un concours de tir aux Rosaires, édition du 9 août 1955). 


Photo Hamonet 1955 Ouest-France

Marcel Hamonet a fini sa carrière à Quintin. Son épouse, Simone Hamonet est décédée en mars 2018.

Hamonet. Publicité 1965 Quitin Ouest-France

 
Hamonet. Publicité 1986 Ouest-France

 

René Hamonet, né en 1930 a également exercé dans la photo, il est décédé en janvier 2015 dans sa 85e année (en photo plus haut dans cet article).



D'autres photos de Jules Hamonet dans Ouest-France


 

Si vous avez d'autres renseignements sur l'activité du photographe Jules Hamonet ou sur la famille Hamonet à Saint-Brieuc, merci d'utiliser le formulaire de contact. 

 

Le saviez-vous ?

Henri Moinet, un autre photographe a habité dans le quartier de Robien au 113 boulevard Hoche. Sa spécialité était le portrait. Il raconte qu'il prenait ses photos avec un Semflex, puis des amis artistes les retouchaient au crayon ou au pastel pour donner plus de relief...

Henri Moinet

 Le saviez-vous ?

Dans les photographes qui ont habité le quartier de Robien, on peut aussi citer Gaston Sévin, 12 rue Jules Ferry et M. Renouard. Leurs noms figurent sur une liste de demandes de commerçants et artisans pour maintenir, agrandir ou reprendre leur activité de photographe entre 1940 et 1945. 

 

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Sources

Archives de Ouest-Eclair et de Ouest-France (en particulier l'édition du 6 août 2013 avec l'interview de René Hamonet)

Archives municipales. Factures. Dossier 3 L 137. 

Archives départementales, série U. Registre du commerce de Saint-Brieuc n° 697

Généanet, fiche Jules Hamonet, cliquer ici

 

Site Généarmor, registre matricule, cliquer ici 


Collections en ligne du Musée de Bretagne, cliquer ici 


Cet article est cité dans "Portrait Sépia", un site dédié aux photographes, fiche sur Hamonet ici. D'autres photographes briochins sont à retrouver à partir du sommaire de Portrait Sépia.

L'histoire du vélo dans le quartier de Robien, cliquer ici

 

 

 

 

vendredi 3 novembre 2023

Yann Corlouër, un architecte breton condamné en 1944


Jean-Gabriel Corlouër est né le 14 juillet 1901 à Brest. Il est connu sous le nom de Yann Corlouër. Il a exercé comme architecte à Paris de 1935 à 1937 ainsi qu'à Saint-Quay-Portrieux et à Saint-Brieuc de 1935 à 1942. 

Bureaux de Yann Corlouer à Saint-Quay, 78 boulevard du Maréchal Foch, agence immobilière de nos jours. Carte postale ancienne.

Célèbre pour ses maisons de style néo-normand que l'on retrouve à Saint-Quay et à Saint-Brieuc, cet architecte a fait des choix politiques, dans les années 40, qu'il convient de mettre à jour.

Maison Corlouër. Rue des fusains à Saint-Quay. Photo RF

En effet, ce nom se rattache à un engagement dans la collaboration : pendant l'Occupation, Yann Corlouër fait le choix du parti fasciste de Jacques Doriot, le P.P.F, dont il devient le chef sur le plan local. C'est un antisémite et anti-communiste notoire qui recevait des directives de la Gestapo où une fiche a été retrouvé à son nom avec l'indicatif SR 710 (archives de la Gestapo de Rennes).

Il fuit la Bretagne au moment de la Libération. Son comptable, M. Pottier, qui partage ses choix politiques, est jugé et fusillé en décembre 1944... 

Ci-dessous, l'intervention publique de Yann Corlouër en septembre 1942 au cinéma de Saint-Brieuc, relatée dans le journal Ouest-Eclair, ne laisse aucun doute quant à ses convictions.

23 septembre 1942 Ouest-Eclair
 

La condamnation à mort par contumace en mai 1945

Le 30 mai 1945, Ouest-France publie le compte-rendu des délibérations de la Cour de Justice de Saint-Brieuc. Les autorités ayant perdu sa trace, Yann Corlouër est condamné à mort par contumace le 29 mai 1945. Tous ses biens sont confisqués. A la lecture de l'article, les faits sont effectivement accablants.

 


Yann Corlouër essaie d'échapper aux autorités

L'universitaire Danièle Voldman évoque le travail de Daniel Le Couédic dont les recherches, aux archives du Conseil régional de Bretagne, ont permis de montrer la stratégie employée par Yann Corlouër pour continuer son  activité :
"Au moment de sa condamnation à l’indignité nationale en décembre 1944, il était engagé sous l’identité de Jean Ruffé (du nom de jeune fille de sa mère) dans la Légion étrangère. Son bataillon ayant rejoint la compagnie Rhin et Danube, il reçut la Croix de guerre avec citation et fut promu maréchal des logis. Une fois démobilisé, il s’installa en Tunisie et travailla pour des entreprises du B.T.P sous son nouveau nom. Il fut cependant contraint de révéler son identité lorsqu’il demanda une reconstitution de carrière en vue de sa retraite".


La deuxième condamnation en 1952

Le 24 janvier 1952, Ouest-France publie le compte-rendu du deuxième procès de Yann Corlouër. Retrouvé et arrêté le 30 octobre 1951 alors qu'il se cachait sous une fausse identité, il est interrogé et passe en procès à Paris. Un article du Télégramme, également paru en 1952, évoque les mêmes faits historiques et donne la parole aux Résistants de Saint-Quay  (article en entier ici )



Ouest-France
 


Le Télégramme 26 janvier 1952


Rien de cela ne doit être oublié lorsque l'on découvre le style des maisons Corlouër.

 

Voir aussi

Maisons né-bretonnes dans le quartier de Robien, ici

Abécédaire des architectes de Robien, ici

 

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Sources

Danièle Voldman, Directrice de recherche émérite au Centre d’histoire sociale des mondes contemporains, CNRS / Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Punir les architectes collaborateurs. Article en ligne en cliquant ici

Correspondances avec Eric Le Guyader, août 2023.

Ouest-France  30 mai 1945, 24 janvier 1952

Blog de Michel Jounent sur l'histoire de Saint-Quay, avec en particulier la reproduction des articles du Télégramme de 1952 sur le deuxième procès de Yann Corlouër, cliquer ici

Sur le blog de Michel Jounent, on trouve un autre article avec un commentaire de Luc Corlouër. 7 janvier 2012, ici




jeudi 2 novembre 2023

Le théâtre de l'Espérance, théâtre forain ambulant d'Aristide Audroin

La famille Audroin est l'une de ces familles d'industriels forains qui a la particularité d'avoir aussi exercé dans le domaine du Théâtre ambulant religieux, avant de se lancer dans le cinéma.

Aristide et Léonie Audroin. Photo Le Pays de Dinan


Avant d'explorer l'histoire du Théâtre de l'Espérance Audroin, voyons ce qu'était le théâtre entre le XVe et le XVIIIe siècle, plus particulièrement en Bretagne :  « Au XVe siècle, on ne connaissait d’autres productions dramatiques que les Mystères, les Moralités et les Sotties.
La représentation des mystères était exclusivement réservée aux membres de la confrérie de la Passion, qui se contentait de mettre en dialogue des scènes de l’Écriture ou des légendes empruntées aux Vies des saints…
La plus ancienne représentation qui ait été signalée à Rennes eut lieu le 25 mai 1430, jour de l’Ascension, en présence du duc de Bretagne Jean V.
»
(1)
Le vendredi saint de l’année 1492, on joua à Vitré une représentation du Mistère de la Passion Nostre-Seigneur Jhesu Crist.

(2) Version du XIVe siècle du Mistère de la Passion. Publication B.N.F, ici


Les acteurs pouvaient s’inspirer de textes contenus dans les recueils de cantiques imprimés, avec « des scènes naïves en vers boiteux et à rimes indépendantes » (1), comme celui édité à Dinan en 1795 et réimprimé à la moitié du 19e siècle. Au fil des siècles et des rééditions, de nombreux ouvrages ont vu leur titre se modifier pour faire évoluer le Mistère du Moyen-Age vers des formes plus contemporaines.

 

Le Théâtre de l'Espérance

Aristide Audroin (1857-1953) est né à Vitré le 12 avril 1857. Il est cordonnier de profession mais à la fête foraine de Dinan, où il se trouve alors pour effectuer son service militaire, il fait la rencontre d'une foraine, Léonie Hodemon. Elle possède un manège de chevaux de bois et une confiserie. Il l’épouse le 29 juin 1878 à Vitré et adopte le mode de vie des gens du voyage.

Aristide Audroin. Photo Généanet

Léonie Audroin (1953). Photo Généanet

Pendant quelques années, les Audroin sont sur la route et présentent leurs attractions sur les fêtes foraines. Mais Aristide Audroin est passionné par le théâtre. Il fonde Le Théâtre de l’Espérance qui se déplace dans toute la France avec la roulotte tirée par des chevaux. Aidés par leurs enfants, leurs décors et leurs costumes font merveille dans "Le mystère de la Nativité et la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ", d'après les grands maîtres de l'art chrétien. 

Il est intéressant de voir, comme nous l'avons développé dans l'introduction de cet article, que les Audroin s'inscrivent directement dans la tradition des mystères, comme celui joué en 1492 à Vitré. Nous ne savons malheureusement pas à partir de quelle version travaillait la famille Audroin pour bâtir son spectacle.

Lors d'une représentation donnée en 1902, on apprend que les enfants sont âgés de 3 ans à 18 ans. La famille comptera jusqu'à 13 enfants ! Les jeunes acteurs prennent surtout des poses au milieu de décors constitués de tableaux peints.

C'est une grande fresque théâtrale qui s’inscrit dans les spectacles joués depuis le Moyen-Age. 

 

Ci-dessous, un article du Journal de Paimpol, du 18 mai 1902, invite le public à découvrir ce théâtre qui obtient un grand succès partout où il se produit. En 1907, il est de nouveau à Paimpol.

Audroin. 18 mai 1902. Journal de Paimpol

Mais le cinéma commence à attirer le public et les Audroin vont s’équiper à Paris pour présenter du cinéma ambulant. Comme lorsqu'ils faisaient du théâtre, les Audroin cherchent à véhiculer des valeurs et pas seulement à distraire. Pendant la guerre 14-18, ils vont avoir l'occasion de développer le patriotisme. L'article de Ouest-Eclair du 25 juillet 1915 ne laisse aucun doute sur l'engagement des Audroin qui, de plus, "se proposent de donner des séances gratuites pour les blessés".

Cinéma Audroin 24 juillet 1915 Ouest-Eclair

 

Aristide Audroin a reçu les Palmes académiques pour sa carrière dans le théâtre et le cinéma. Léonie Audroin a reçu deux Médailles d’Or du Président Poincaré pour l’éducation qu’elle donna à ses 13 enfants. A cette occasion, le 8 janvier 1923 dans La Dépêche de Brest, on pouvait lire une évocation de la vie de la famille Audroin avec quelques lignes sur le théâtre : "Puis ce fut le petit théâtre, que les dinannais envahissaient pour voir cette délicieuse famille si bien élevée, jouer la nativité, la Passion, Saint-Antoine. Chaque année, pendant une période, le petit Jésus vivant était tout neuf". L'allusion fait référence aux nombreux enfants de Mme Audroin dont, chaque année, le dernier né figurait en enfant Jésus.

Aristide Audroin est décédé le 17 décembre 1940, ce qui a fait l'objet d'un petit article dans Ouest-Eclair.

Aristide Audroin. 17 décembre 1940 Ouest-Eclair

Cet article ne prétend pas faire le tour complet de l'histoire du Théâtre de l'Espérance de la famille Audroin et ne demande qu'à être complété en utilisant le formulaire de contact.

 

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Notes

(1) Le théâtre à Rennes, recherches d’histoire locale, notes et souvenirs. Lucien Decombe 1899.

(2) Illustration tirée d'une version très ancienne du XVe siècle : Mystère de la Passion, par Arnoul Greban, cliquer ici 

 

Sources

Article, La famille Audroin, des industriels forains en Bretagne, cliquer ici

Nombreuses recherches dans les archives de Ouest-France et du Télégramme. 

Généanet, Aristide Audroin (1847-1940), père, cliquer ici

Les Mystères dans le théâtre, article de Wikipedia, ici