vendredi 3 janvier 2025

L'histoire de la maison de quartier de Robien à Saint-Brieuc. 1993


Maison de quartier à gauche et petite salle de Robien. Photo RF 2020
 

Pour savoir comment la maison de quartier est devenue ce qu’elle est, il faut tout d’abord remonter en 1931. C’est cette année-là que la municipalité du maire Octave Brilleaud décide de saisir une opportunité car "un vaste terrain encore en culture" allant de la rue abbé Garnier à l’Est, jusqu’à la rue de Robien à l’Ouest, va être mis en vente.

Pendant des décennies, cette place va devenir un lieu très commerçant pour les marchands ambulants, le Champ de Foire de la ville de Saint-Brieuc et le Marché de gros. Les cirques et la fête foraine y trouveront aussi leur place.

 

Photo aérienne de la Place Octave Brilleaud. Image Google
 

La construction d’une cuisine centrale. 1951

En 1951, la municipalité décide de mettre en place une cuisine centrale moderne à St Brieuc. L’équipement devra fournir 1500 repas par jour et remplacera la cuisine de l’époque installée dans l’école Berthelot. Un terrain le long de la rue abbé Garnier, en contre-bas de la Place du Champ-de-foire est désigné. Tout est opérationnel en 1954 et la Ville peut alors disposer d’une cuisine centrale sur deux niveaux. Le premier, au niveau de la place Octave Brilleaud, abrite la cuisine et le second, au niveau de la rue Abbé Garnier, héberge la réception et le départ des plats.

Les deux photos ci-dessous permettent de voir l'évolution de ce bâtiment rue abbé Garnier.

La partie de gauche est celle des garage des premiers bus de la Ville.



Sur la photo ci-dessous montrant l'intérieur de la cantine, on peut reconnaitre les fenêtres caractéristiques de l'actuelle maison de quartier.

Cuisine centrale. Photo Archives municipales 6Fi1509

La construction d’une salle des Fêtes. 1956

L'autre aménagement de ce secteur est décidé au début de l'année 1955, dans le cadre de l’aménagement de la Place Octave Brilleaud. Le conseil municipal, avec son maire M. Nicolas, prévoit la construction d’une grande salle couverte en 1955. L’actuelle grande salle de Robien sera d’abord appelée « La salle des Fêtes ».

 

La construction de la petite salle de Robien. 1958
La petite salle de Robien est construite aussi dans cette même période, en 1958, ainsi que les escaliers qui relient la place à la rue Abbé Garnier. 

Construction de la petite salle et des escaliers. Photo Archives municipales. 6Fi1630

Cette salle s'ajoute alors à celle de la Maison du Peuple et aux locaux des Ursulines.

La nouvelle salle municipale est longue de 37 mètres et large de 11 mètres. Elle est prévue pour être utilisée lors de réunions et conférences. A l'origine, la cloison coulissante a pour but de séparer la salle publique du réfectoire des agents municipaux.

Après les scolaires, cuisiniers et cuisinières préparent le repas du personnel municipal, dont la cantine se trouve à proximité, dans la petite salle de Robien.

En 1965, la cantine centrale quitte le quartier de Robien pour des locaux plus adaptés mais elle continue de servir de réserve.

 

Un Comité de quartier en quête de locaux  

Le Comité d’Animation de Robien (C.A.R), né en 1983, n’a pas trouvé son local définitif tout de suite. En avril 84, il s’est installé dans des locaux de l’ancienne école Carnot, occupée maintenant par Diwan.

Ensuite, à l'automne 1990, le C.A.R a tout d'abord occupé l'appartement situé au dessus de la petite salle de Robien. Ce n'était pas le plus pratique car l'accès se faisait obligatoirement par la rue Abbé Garnier, il y avait deux étages pour y accéder et le maximum de personnes pouvant s'y réunir était de 19. 

La photo ci-dessous est datée du 13 avril 1991 à 17H ; elle illustrait un article de Pierre Fenard dans Le Télégramme. C'est l'inauguration du local du Comité de quartier de Robien. On y voit à droite Claude Saulnier, maire de Saint-Brieuc et à côté de lui, Michel Courtas, président du Comité de Quartier.

13 avril 1991. Photo Pierre Fenard, Le Télégramme

La maison de quartier. 1993

Occuper un premier étage n'était pas idéal mais c’était un premier pas. Le reste du bâtiment finira par être aménagé, sur proposition du C.A.R, pour en faire une véritable maison de quartier en mai-juin 1993 après le déménagement définitif de tout ce qui restait de la cuisine centrale et des travaux commencés en janvier 1993.

L'inauguration officielle s'est déroulée le 16 octobre 1993 à 11H30 !

Sur les photos ci-dessous, on voit l'équipe municipale de Claude Saulnier, au centre avec les ciseaux, avec à sa droite Yves Dollo, en train de couper le ruban lors de l'inauguration ; derrière Claude Saulnier se trouve Jacques Galaup. Au premier plan on a aussi Michel Courtas, le président du C.A.R.


 


 
Photo Journal du CAR, janvier 1994.

Réhabilitation 2013

 
Le 19 novembre 2011, Le Télégramme publie un article après l'assemblée générale du comité de quartier. Il y est beaucoup question d'une rénovation de la maison de quartier.

"Tout le monde en convient: la rénovation de la maison de la place Octave-Brilleaud est une «priorité». Car, a rappelé Didier Le Buhan, «c'est le seul espace social d'un quartier de 3.500 habitants». Et le président du CAR s'est félicité d'avoir eu une «écoute rapide de la ville» sur ce dossier. À l'issue de quatre réunions de travail entre élus, représentants des services techniques, et membres de l'association, la ville s'est engagée à dégager, pour2012 et2013, un budget «conséquent» pour le lancement des travaux de réhabilitation du bâtiment. La première priorité va être de faire disparaître le transformateur à pyralène situé au sous-sol de la maison de quartier. Une opération qui devrait voir lieu entre janvier et avril 2012".

19 novembre 2011 Le Télégramme.

Le 10 juin 2013, Le Télégramme rend compte du projet municipal visant à réhabiliter la maison de quartier. Les travaux n'ont pas eu lieu en 2012 mais à la rentrée de septembre 2013 :

 

Didier Le Buhan et Yves Rouillé, président et trésorier-intendant du Comité d'animation de Robien, attendent avec impatience de voir se concrétiser le projet de réhabilitation de la maison de quartier. 10 juin 2013 Le Télégramme

"Peinture écaillée, murs défraîchis, vitres cassées, odeurs nauséabondes provenant des canalisations, etc. L'ancienne cantine des employés communaux, devenue maison de quartier de Robien il y a une vingtaine d'années, a bien besoin d'une cure de jouvence. « Cette maison est vraiment utilisée et on voudrait qu'elle soit plus utilisable. C'est très embarrassant de faire des choses ici car ce n'est pas accueillant, ce n'est pas insonorisé, il y a des problèmes d'aération, détaille Didier Le Buhan, président du Comité d'animation de Robien. Il nous faut un outil adapté à une vie citoyenne. À Robien, il n'y a pas de MJC, ni de centre social, il faut un lieu moderne où les gens peuvent se rencontrer. » Au départ, il y a quatre ans, le Car demandait surtout qu'un coup de peinture soit donné afin de rendre le lieu plus accueillant. Entre-temps, est intervenue la nécessité de remplacer le transformateur à pyralène, ce qui a amené l'idée de revoir le système électrique.

Une idée en amenant une autre, le simple coup de frais s'est transformé en un projet de rénovation plus ambitieux pour lequel ville et comité d'animation ont oeuvré de concert. « On a travaillé avec les services de la ville pour faire quelque chose de fonctionnel, commente Didier Le Buhan. C'est vraiment utile, ce n'est pas un investissement bidon, tout le monde en est d'accord. »
Gérard Blégean, adjoint chargé de la vie des quartiers, approuve : « C'est une décision tout à fait justifiée. C'est un centre névralgique pour ce quartier en pleine rénovation, il s'y déroule pas mal de choses. Cette maison commence à vieillir et à se dégrader, ce n'est pas normal qu'ils continuent à travailler dans des conditions comme ça. » La rénovation débutera par le sous-sol de la maison de quartier donnant sur la rue Abbé-Garnier. Fermé au public, cet espace servait de lieu de stockage. Il devrait ensuite accueillir les activités permanentes du Car : le club aquariophile et la reliure. Dans un second temps, le rez-de-chaussée sera entièrement réhabilité (modernisation de la cuisine, création d'un bloc sanitaire, changement des fenêtres, réfection du sol...). L'espace sera repensé et optimisé afin de rendre la maison de quartier non seulement plus agréable mais, surtout, plus fonctionnelle. Montant du chantier : 438.000 EUR hors taxes".

Conclusion

Voilà comment une partie de l’ancienne cuisine centrale est devenue la maison de quartier aujourd’hui.

 

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A lire en complément

L'histoire de la place Octave Brilleaud, cliquer ici 

L'histoire de la cuisine centrale, cliquer ici

 

Sources

Photo de la construction de la cantine centrale. Référence 6Fi3678. Archives municipales

Articles de Ouest-France et en particulier 4 juin 1999. 

Le Télégramme 10 juin 2013

Archives du Journal du C.A.R (ici)


Journal du CAR 1990. Archive


 

 



vendredi 20 décembre 2024

Le Gall, récupérateur industriel, rue Jules Ferry et rue Lemonnier à St Brieuc

 

Une branche de la famille Le Gall a longtemps exercé dans ce métier de récupérateur en Bretagne, en commençant par Joseph Le Gall. C'est Philippe Le Gall qui le raconte dans un article de Ouest-France du 17 octobre 1995 : "Mon grand-père Joseph Le Gall a débuté en collectant de village en village, cartons, papiers, chiffons et peaux de lapin".

Dans les années 60, Ludovic Le Gall exerce la profession de récupérateur industriel et de vente de tôles ondulées neuves et d'occasion, il a pris la suite des anciens établissements Thomas, situés au 21 rue Jules Ferry.

M. Thomas est resté au moins jusqu'en 1958, date d'annonces passées dans Ouest-France au 21 rue Jules Ferry (6 octobre, 22 octobre, vente de tôles ondulées). 


La tôle d'occasion. Le Gall au 21 rue Jules Ferry

Ci-dessous, l'agrandissement de la photo du portail d'entrée des établissements Le Gall permet de lire :

Récupération industrielle

 J.Thomas

L. Le Gall successeur


L'activité de M. Le Gall a été déplacée plus tard, à quelques centaines de mètres, rue Lemonnier. 

Photo 1963. Musée de Bretagne sur le secteur de l'entreprise Rigot-Stalars dans la rue Jules Ferry.

A la fin des années 60 et dans les années 70, les établissements Le Gall font paraitre des annonces régulièrement dans la presse.

4 octobre 1969 Ouest-France

Annonce publicitaire. 1969. Le Griffon numéro 15

Annonce publicitaire. 1969. Le Griffon numéro 14


Le Gall 6 mai 1974 Ouest-France

4 juillet 1977 Ouest-France

Le déménagement de l'entreprise 1978

Une annonce parait encore en juillet 1977 avec l'adresse rue Lemonnier mais en juin 1978, la domiciliation change.

Le Gall 26 juin 1978

A la fin des années 70, la S.A Philippe Le Gall s'installe donc à Ploufragan et change de dimension. 

Une dizaine d'années plus tard, dans les années 90, elle emploie 26 salariés et réalise 50 millions de chiffre d'affaire en 1994. Les lois sur le recyclage des déchets sont passées par là... A partir de 1990, la société emploie également 5 salariés à Briec-de-l'Odet dans le Finistère.

Philippe Le Gall sur son chantier de récupération à Ploufragan

Ouest-France dans son édition du 17 octobre 1995 détaille le fonctionnement de l'entreprise à Ploufragan : "L'activité de la S.A Le Gall représente annuellement 40 000 tonnes de ferraille, 6000 tonnes de métaux non ferreux (cuivre, laiton, aluminium, zinc...) et 9000 tonnes de carton et papier. La récupération se fait dans les 100 bennes de l'entreprise...La S.A Le Gall a embauché 8 salariés depuis cinq ans. Quand un bateau rempli de déchets recyclables quitte le port de Saint-Brieuc pour le Portugal ou l'Espagne, Philippe a un petit pincement au coaur en pensant à son grand-père qui allait d ecommune en commune..."

Ce qui était un travail artisanal est devenu une véritable industrie cotée en bourse.

 

Rue Lemonnier

Après la fermeture de l'entreprise dans la rue Lemonnier, le bâtiment a été transformé en habitation, c'est une belle reconversion d'un local industriel et commercial dans le quartier de Robien.

Locaux de l'entreprise Le Gall transformés en 2 habitations. 8 rue Lemonnier à St Brieuc

 

Si vous avez d'autres renseignements sur l'entreprise ou sur la famille Le Gall, merci d'utiliser le formulaire de contact, en laissant votre adresse mail pour que je puisse vous répondre. 

 

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Sources

Archives de Ouest-France 17 octobre 1995 (ci-dessous)

Le Griffon, annonces 1969 


 

 

 


dimanche 15 décembre 2024

René Thomas, négociant dans le quartier de Robien à Saint-Brieuc. 1922-1930

 
Dans l'annuaire 1922, on trouve le nom de René Thomas, rue de Robien, négociant en graines et pommes à cidre, pommes de terre en gros et engrais, rue de Robien. René Thomas est le fils de M. Yves Thomas, négociant également, président honoraire de la Chambre de Commerce.

Yves Thomas, le père, habite au Légué, c'est un négociant en grains, graines, pommes de terre. Il possède deux établissements à Saint-Brieuc, l’un rue Jules Ferry et l’autre au Légué.

On sait peu de choses sur l'entreprise Thomas. Malgré tout, le 10 février 1924, on peut lire dans Ouest-Eclair :
"Louis Rio, employé de la maison Thomas, à Robien, s’est blessé au poignet en chargeant un camion de pommes de terre". Le docteur Héry a soigné M. Rio.

En 1925, un entrefilet évoque la générosité de René Thomas pour les enfants du quartier à qui il a fait distribuer des madeleines, des brioches et des friandises lors d'une fête.

René Thomas 24 juin 1925 Ouest-Eclair


En 1930, on sait que M. Thomas vend ses bâtiments et terrains à M. Stamp, un négociant en charbon qui possède aussi un dépôt au Légué. En 1944, M. Stamp a loué ses terrains à différents propriétaires qui y ont construit différents hangars et baraquements.
Ces terrains et constructions posent problème à la municipalité lorsque le projet de construire l’école Hoche fait surface, tout d’abord en 1936 puis après guerre.

En 1936, rien ne va plus, René Thomas fait faillite, et en 1941, il est arrêté par la police et envoyé dans un "centre d'internement administratif".

René Thomas 21 mai 1936 Ouest-Eclair


René Thomas 6 octobre Ouest-Eclair


Si vous avez d'autres renseignements sur la famille Thomas et son entreprise au Légué ou à Robien, merci d'utiliser le formulaire de contact.  


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Sources

Compte-rendu du conseil municipal du 14 avril 1953

Jean Thomas, industriel, chiffonnier boulevard Carnot, Saint-Brieuc 1918-1955

 

Entreprise J.Thomas. Intérieur de l'atelier de récupération et tri des chiffons au Légué. L'illustration 1926

Jean Thomas est un marchand en gros de chiffons, installé dans le quartier de Robien, un peu avant 1920, au 14 rue Jules Ferry. A cet emplacement se trouvent différents bâtiments au fond d’une cour pavée. La Société Économique de Rennes y occupe d’autres bâtiments. Cette société a pris la suite des établissements Nicolas (négociants en vin).

L'entrée du 14 rue Jules Ferry sur la gauche de la photo

 

M. Jean Thomas s’occupait de la récupération, du triage et de la fourniture aux industries susceptibles de les utiliser, des chiffons, cordages, peaux, métaux, crins bruts, soies de porc, caoutchouc, os et déchets de toutes sortes.

 

La famille de Jean Thomas

Jean Mathurin Thomas est né le 16 mai 1887 à Lanfains (22). Il est le fils de feu Jean Marie et de Marie Louise Bresset, exerçant alors la profession de chiffonnière à Lanfains.

Il se marie le 6 juillet 1912 à Dourdan avec Thérèse Victoire Marceau (née à Dourdan en 1891). Ils ont eu un fils Albert, né à Alençon en 1913 et une fille, Marie, née à Saint-Brieuc en 1920.

Un second mariage a été contracté à Saint-Brieuc le 22 octobre 1938 avec Marcelle Berthier.

 

Les débuts de Jean Thomas comme chiffonnier

Les débuts de M. Thomas dans le métier sont racontés par un journaliste de L’illustration économique et Financière :

« M.Thomas s’installa à Saint-Brieuc en 1918, riche de l’expérience qu’il avait acquise, tant à Paris qu’en Normandie avant la guerre. En peu de temps, il sut imposer sur les places étrangères la qualité de la marque T.M dont il avait fait choix. Bientôt ses ateliers du Boulevard Carnot apparurent insuffisants et il en fit édifier d’autres au Légué. Esprit pratique s’il en est, M. Thomas dressa lui-même ses plans, harmonisant ingénieusement la disposition de ses bâtiments avec celle des lieux et dirigea la construction de son outillage. On peut dire que ses installations sont modèles et que l’effort de chacun est réduit au minimum ».

Le portrait est élogieux !

Chargement des ballots de chiffons dans un camion au Légué. L'illustration 1926

 

La suite de l’article décrit les procédés utilisés par les équipes de M. Thomas au Légué pour parvenir à la plus grande efficacité. Nul doute que les mêmes méthodes devaient être employées dans son atelier du quartier Robien : soin extrême apporté à la différenciation des catégories de chiffons, presse des chiffons triés pour constituer des balles chargées plus tard dans des camions, trains ou bateaux.

En 1926, la production annuelle de M.Thomas atteint les 10 000 tonnes en tenant compte des ferrailles et il emploie 200 ouvrières dont les plus jeunes sont formées au métier à partir de 13 ans.

 

 

La récupération, un secteur important de l’économie à Saint-Brieuc


En s’installant à Saint-Brieuc, Jean Thomas s’est inscrit dans une longue tradition de chiffonniers locaux. Les plus célèbres étaient la famille Presle.

Les établissements Presle de St Brieuc comptaient parmi les plus importants dans ce domaine dans l’hexagone et leur rayon d’action s’étendait dans tout l’Ouest de la France.

Ils furent fondés en 1858 par Auguste Gontrand, auquel succéda Presle et Gontrand. Ensuite Eugène Presle fonda les Établissements Presle et les confia plus tard à ses deux fils Émile et Louis. Les établissements comportaient de vastes magasins et ateliers à Saint-Brieuc, Vannes, Quimper, Dinan et Lannion.

Un grand atelier Presle se trouvait boulevard Charner et sa proximité était une bonne raison pour que des femmes du quartier de Robien y travaillent. 


Presle boulevard Charner. L'Illustration 1926.

 

Dans les années 1920, la production annuelle dépassait les 8 000 tonnes, soit 25 tonnes de matières diverses par jour expédiées en France et à l’étranger (chiffres de 1926).

 

Presle 1944. Dossier 3 L 147. Archives municipales.

 

C’est d’ailleurs M. Émile Presle qui était le président d’honneur la réunion annuelle du syndicat des Chiffonniers et Ramasseurs des Côtes-du-Nord le 10 juillet 1948 à Saint-Brieuc. M.Presle offrit le champagne à tous les présents. L’assemblée fut suivie d’un banquet d’une soixantaine de couverts à l’Hôtel de la Croix-Rouge « où un déjeuner copieux, arrosé de forts bons vins et cidre fut servi impeccablement. » (Ouest-France 17 juillet 1948)

 

1944. Familles Presle, Le Bigot et Gaudu. Fonds Le Bigot-Gaudu. Archives municipales


On retrouve plusieurs personnes de la famille Presle sur cette photo. Elle a été prise en avril 1944 au château de Grénieux de Saint-Brandan, propriété de Mme de Callac. L'identification des personnes a été facilitée par les notes prises par Jean Le Bigot.

1. Lucie Le Bigot-Presle ; 2.Simone Presle. 1922-1986, mariée avec Jean-Claude Gaudu, une fille Monique née en 1951 ;  3.Émile Presle (1894-1960) ; 4.Yvonne Presle, née Bouguen, épouse d’Emile ; 5.Henri Presle ; 6.Jacques Noël Le Bigot ; 7.Augustine Le Bigot, née Thomas ; 8.Marie-Thérèse Le Bigot, épouse Ferdinand Meuric ; 9.Denise Presle (épouse Le Coq)


  


Un vol en 1928

L'édition du 26 mars 1928 de La Dépêche de Brest s'arrête longuement sur un vol commis aux établissements Thomas. On y trouve des informations intéressantes sur cette entreprise, par exemple sur le type de peaux récoltées : taupes, loutres, écureuils, hermines, putois.

Le voleur avait eu la mauvaise idée de vouloir revendre certaines peaux à la maison Presle. Mais le commissariat fut immédiatement averti et l'individu arrêté... Un autre vol aura lieu en 1937 et sera journalisé (voir en fin d'article).

 

Vol chez Thomas. La Dépêche de Brest 26 mars 1928

L’évolution de l’entreprise dans le quartier. Années 30

M. Thomas est resté dans le quartier de Robien mais déjà avant la Seconde guerre mondiale, il trouve d’autres locaux de l’autre côté de la rue Jules Ferry au numéro 21 et habite à cette même adresse. 

Au début des années 30, son fils Albert, travaillait avec lui comme on le voit mentionné dans le recensement de 1931.

 

Recensement 1931. Archives départementales

 

On trouve la preuve de sa présence à cette adresse par les recensements de 1931 et 1936, et jusqu’en 1955 où il figure dans l’annuaire téléphonique.


Dans les années 30, Jean et Thérèse Thomas mettent en avant leur fabrique de fourrures, présentée comme la seule de la région. Elle se fait connaitre en passant des annonces dans la presse locale.

Le nom de leur société est La Pelleterie de Bretagne. Une marque a même été déposée, il s'agit de « Poilkidur ». Un magasin des fourrures Poilkidur commercialisait ces produits place du Martray à Saint-Brieuc.

La mode est alors aux accessoires en renard, avec des cols et cravates en tous genres : martres, fouines et putois.

 

Annonce Pelleterie de Bretagne, 19 septembre 1931. Ouest-Eclair

 

Annonce passée dans l'Annuaire téléphonique des Côtes-du-Nord 1934.

 
Annonce Poilkidur, marque des établissements Thomas à St Brieuc.

 

Une autre Pelleterie de Bretagne existe à Lannion mais le lien entre celle de St Brieuc et celle de Lannion n'est pas établi d'après les archives découvertes à ce jour...

25 septembre 1927. Ouest-Eclair


1er novembre 1928. Ouest-Eclair

 


L’entreprise Thomas pendant la Guerre 39-45

L’observation de quelques factures conservées aux archives municipales de la ville de Saint-Brieuc ne nous disent pas tout, loin de là, de l’activité de l’entreprise Thomas pendant la guerre 39-45. Mais malgré tout on peut en tirer quelques remarques.

Tout d’abord, le papier à en-tête renseigne sur le fait que l’entreprise s’occupait de la récupération de chiffons d’essuyage pour les machines, de vieux métaux, de vieilles matières et déchets divers pour les industries ainsi que de peaux en tous genres. D’autre part, elle pouvait réaliser la démolition d’usines et certainement récupérer des matériaux intéressants suite à cette démolition.

 

 

La première facture de chiffons de janvier 1940 montre que les ballots de chiffons pesaient  50 ou 100 kilos.

 

Thomas 1940. Facture. Archives municipales 3L 137

 

L’autre facture de janvier 1940 est spécifique aux métaux : surtout des ferrailles mais aussi en moindre quantité zinc, fonte, cuivre jaune, tôle à découper, essieux. 

 

1940. Facture. Archives municipales 3L 137

 

La fin de l’entreprise. Années 50

On sait peu de choses sur les dernières années de l'entreprise Thomas. 

L'année 1951 est marquée par un drame. Un article de Ouest-France du 8 juillet 1951 nous apprend que, malheureusement, M. Andrieux, 27 ans, fut jugé responsable d’un accident mortel. Le 17 avril, alors qu’il était au volant de la camionnette de son patron M.Thomas, il accrocha le vélo de Pierre Mahé, âgé de 20 ans, ouvrier aux Forges-et-Laminoirs.

 

M. Thomas est resté au moins jusqu'en 1958, date d'annonces passées dans Ouest-France au 21 rue Jules Ferry (6 octobre, 22 octobre, vente de tôles ondulées). 



 

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Ouest-Eclair. Accident. 30 mars 1926

 
 
 

Anecdote

 

Les chiffonniers attirent parfois la convoitise des voleurs. C'est ce que nous allons voir avec cette histoire qui se déroule en mars 1937, elle est relatée dans Ouest-Eclair : deux jeunes de Saint-Brieuc décident de se procurer un peu d’argent en commettant un vol. Ils escaladent le mur de deux mètres de haut du chiffonnier Eugène Méheut, rue Jules Ferry et font une provision de 12 kilos de plomb qu’ils vont scier. Ainsi espèrent-ils que les matériaux transformés ne seront pas reconnus. Jules S. donne un faux nom et se présente ensuite chez M. Thomas qui exerce le même métier que M. Méheut pour lui revendre le larcin.

« Seulement, M. Méheut s’était aperçu du vol et avait alerté ses collègues briochins. Un coup de téléphone de M. Thomas l’avertit qu’un jeune citoyen était au magasin, proposant du plomb. Le plaignant reconnut son bien et alerta la police qui obtint des aveux ».

Le tribunal condamna Jules S. à 25 francs d’amende et acquitta son complice qui n’ayant pas participé à la transaction avait choisi de dire au tribunal qu’il était chez sa mère ce soir-là.  

(D’après l’article de Ouest-Eclair du 12 mars 1937)

 

 

Sources

 

Etat civil, registre des naissances de Lanfains avec mention des deux mariages. Année 1887, vue 116. Archives départementales en ligne, cliquer ici. 

Ouest-Eclair, articles du 30 mars 1926 (accident), 17 juillet 1948 (congrès), 8 juillet 1951 (accident Andrieux), 2 novembre 1951 (vol). 

Ouest-France :  8 juillet 1951, 6 octobre 1958, 22 octobre 1958.

 

Annuaires téléphoniques des Côtes-du-nord 1934 (annonce). Archives départementales.


Recensements 1931 et 1936. Archives départementales.

 

Factures de 1940. Dossier 3L 137. Archives municipales

Facture Presle de 1944. Dossier 3L 147. Archives municipales

 

Deux photos sont extraites de L’illustration économique et financière, supplément au numéro du 18 septembre 1926.

 

Généanet, fiche sur Jean Thomas, cliquer ici 


Registre matricule, cliquer ici


 

L’histoire des chiffonniers du XXe siècle, et de leur manière de trier et de recycler, nous ramène à ce début de XXIe siècle où les concepts d’économie circulaire est d’actualité.

La concentration autrefois de nombreux chiffonniers industriels dans le quartier de Robien trouve aujourd'hui un héritage naturel dans l'engagement de ses habitants à en faire un Eco-Quartier vivant.

 

 

Chiffonniers, fourreurs, marchands de peaux. Quartier de Robien

Repères

 

1920. Chiffonnier : Mennou Albert, 29 boulevard Carnot

 

1932-1936. Fourreurs : La Pelleterie de Bretagne, Jean et Thérèse Thomas, 13 bis rue Jules Ferry

 

1932-1936. Peaux : Eugène Méheut, 33 bis rue Jules Ferry


1932-1936. Peaux : Pradat, 7 boulevard Hoche 

 

1948-1949. Récupération de peaux : Méheut, 81 rue Jules Ferry ; Pradat, 47 rue Jules Ferry ; Thomas, 21 rue Jules Ferry, Presle rue Luzel

 

1955. Chiffons : Thomas Jean,  21 rue Jules Ferry

 

1955.  Récupération de peaux : Pradat, peaux brutes, 47 rue Jules Ferry

 

1973. Récupération de chiffons et peaux : Méheut E,  35 rue Jules Ferry ; Pradat, 47 rue Jules Ferry

 

 


 

 


L'histoire du quartier de Robien à Saint-Brieuc. Sommaire

Le quartier de Robien à Saint-Brieuc s’est vraiment peuplé il n’y a pas plus d’un siècle, mais son histoire présente de multiples intérêts ...