Sur le Tertre Marie-Dondaine, il y a eu une quinzaine de baraques des années 30 aux années 80 mais aussi des caravanes dans les années 90 et des
constructions légères de gens du voyage sédentarisés de la famille Blivet.
Signalons que le nom de Blivet est surtout porté dans les Côtes d'Armor.
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Auguste Blivet, né en 1900, rémouleur, Le Télégramme 1955
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Guillaume Blivet (1869)
Guillaume Fernand Auguste Blivet est né le 15 septembre 1869 à Plérin. Au moment de son recensement militaire, on lui attribue le matricule 428 et il est incorporé comme appelé au 115e Régiment d’Infanterie en novembre 1890. Il est mobilisé le 19 avril 1915 comme infirmier militaire puis détaché comme maçon à la Poudrerie nationale d’Angoulême jusqu’au 24 janvier 1916 (il a 47 ans). Il est maçon dans l’entreprise Laurent et habite 18 route du Carpont dans le quartier de Robien. Il se marie avec Françoise Moulin, brossière. (Arbre généalogique de Guillaume Blivet, ici)
Auguste Blivet (1900) et Germaine Clochefer
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Auguste Blivet, rémouleur, Le Télégramme 1955
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Auguste Élie François Blivet (1900-) est né le 3 septembre 1900 à Saint-Brieuc. Il est le fils de Guillaume Auguste Blivet et de Françoise Moulin.
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Auguste Blivet. Acte de naissance 5 septembre 1900 Saint-Brieuc
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En
1918, au moment de son incorporation dans l'armée, Auguste Blivet est inscrit comme
"marin d'état". Il est incorporé volontaire dans la Flotte pour faire
la guerre le 13 février 1918. Un an plus tard, le 5 mars
1919, il est renvoyé dans ses foyers. Il tient à rester dans la marine et s'engage pour 4 ans le 24 mars 1919 mais il est placé dans la
réserve de l'armée le 2 mars 1921. Il rentre à Saint-Brieuc le 6 mai
1921 et habite alors au 30 rue Luzel.
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Blivet Auguste, recensement militaire. Archives départementales
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Il rencontre sa future épouse, certainement à Dinan, Germaine Clochefer
dite Palmire
(1893-1987). Elle est née le 19 novembre 1893 à
Saint-Germain-de-Coulommiers, dans une famille du cirque. Son père est
acrobate et elle même va exercer la
profession de foraine et acrobate. Comme le veut la tradition dans le
monde du cirque, elle avait un surnom, elle était appelée "Palmire". Son père exerce aussi comme "repasseur de couteaux". (Fiche sur Généanet, cliquer ici)
Auguste Blivet et Germaine Clochefer se marient à Dinan le 22 octobre 1923. Ils avaient eu deux enfants avant de se marier, reconnus ensuite : Claude né le 7 juillet 1919 à Dinan et Marcel, né
en 1924 à Lorient.
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Registre des naissances, Blivet Claude. Dinan 1919 vue 35. Archives départementales
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Auguste
Blivet n’est pas sans antécédents judiciaires. Il est d’abord condamné à
trois mois d’emprisonnement pour recel après son procès à Saint-Brieuc
le 22 septembre 1921. Dans les années 20, Auguste Blivet circule en Bretagne et en particulier dans la région de Lorient. Un triste fait divers, publié dans
Ouest-Eclair le 28 décembre 1926, montre à quel point il était dans le
dénuement : "C'est
un maçon, Auguste Blivet, 27 ans, habitant une roulotte, qui fut tenté
par les choux d'un cultivateur voisin. Il en prit six. C'est un pauvre
hère, malade, père de trois enfants, qui plus est en chômage. Le
tribunal le condamne à 15 jours de prison". Il est enfin condamné à cinquante francs d’amende pour s’être battu le 18 mai 1934 à Saint-Brieuc.
Installé
sur le Tertre Marie-Dondaine à Saint-Brieuc en 1927 (son fils parle de
1924 mais ce n'est pas vérifiable), Auguste Blivet parcourait les
Côtes-du-Nord pour aiguiser les faux des
paysans, les ciseaux et couteaux des fermières. Il était rémouleur
de son état mais faisait aussi des petits boulots.
Auguste et Germaine Blivet ont acheté le
terrain en haut du Tertre en 1927. Ils ne souhaitaient plus vivre dans leur
roulotte et parcourir les routes toute l’année. Dans le recensement de 1936, 7
enfants sont inscrits, Claude, acrobate, né le 7 juillet 1919 à Dinan ; Marcel, né
en 1924 à Lorient comme François en 1925, Auguste en 1927 ; Désiré est né
en 1929 à Saint-Brieuc comme Germaine en 1931 et Élie en 1933. Plus
tardivement, on trouve l'annonce d'autres naissances dans la presse :
Françoise Blivet, avril 1948 ; Violette Blivet, mai 1951.
Claude Corack se souvient qu’un tournage de
France 3 Bretagne a été diffusé sur ce personnage dans les années 1960.
« Pour la petite histoire du Tertre Marie-Dondaine, Auguste nous faisait
un exercice de cirque, rien que pour les mômes du tertre. Il était enchainé et
réussissait à s'extraire de ses chaines. Ensuite, torse nu, il s'allongeait sur
le sol, un bohémien plaçait sur son torse un gros morceau de granit, un autre
prenait une masse et cognait pour fendre en deux cette pierre ».
Palmire est décédée le 1er août 1987 à Saint-Brieuc à l'âge de 93 ans.
Marcel Blivet
Marcel Blivet (1924) est né le 12 avril 1924 à Lorient, il n’avait que
trois ans quand ses parents se sont installés sur le Tertre. Marcel ira à
l’école du quartier, l’école Guébriant.
Dans sa jeunesse, Marcel Blivet commet de menus écarts comme cette fin de Foire Saint-Michel un peu trop arrosée en 1953 !
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29 septembre 1953. Ouest-France
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Au début des années 90, il n'y avait plus que trois
caravanes en haut du Tertre. La plupart des Blivet étaient partis, il faut dire
qu’ils étaient nombreux, Marcel Blivet a eu 16 enfants ! Seuls sont restés
dans les caravanes sa fille, son fils, deux de ses frères et les neveux et
nièces.
Les trois caravanes ont dû bouger un tout
petit peu plus loin en 1991 pour tenir compte des projets de l’époque de la
municipalité, le reste du tertre ayant été alors complètement rasé des
baraques. Avec la famille Blivet, la Ville a procédé à un échange de terrains
et il a été question à un moment de construire une petite maison, ce qui aurait
ravi Mme Blivet, prête à troquer sa caravane pour une habitation de plain-pied.
« En tout cas, maison ou pas, hors de question qu’on aille dans une
H.L.M ! A notre âge, on ne bougera plus d’ici », déclara M. Blivet au
journaliste de Ouest-France qui l’interrogeait en mai 1991.
Sur la photo ci-dessous, on aperçoit une baraque qui tient encore debout et la caravane de la famille Blivet.
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| Les élus en visite sur le tertre, sous l'oeil attentif du comité de quartier. 1985 |
Plus tard, son
fils et sa nièce achètent également une parcelle de terrain. Marcel
Blivet améliore le confort de son espace de vie : autour du
mobil-home, ils construit une aile qui sert pour la cuisine et la
machine à laver. Il bitume lui-même l'entrée du terrain.
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M et Mme Blivet en 1991 dans leur caravane sur le Tertre. Ouest-France mai 1991
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| Portrait de Marcel Blivet dans Ouest-France. 1995 |
Marcel
Blivet et son épouse reposent au cimetière de l'Ouest à Saint-Brieuc. On reconnait facilement
la tombe familiale car c'est un monument de marbre qui abrite
différents objets et souvenirs, à la manière des "gens du voyage".
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Tombeau de la famille Blivet. Cimetière de l'Ouest à Saint-Brieuc. Photo RF 2021
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Les descendants
de la famille Blivet habitent toujours sur une partie du Tertre sur un terrain
dont l’accès principal a longtemps été la rue François Merlet.
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| A gauche Patricia Blivet et à droite Flavie Blivet, fille. Photo 26 février 2014 |
Aladin, un descendant de la famille Blivet
Un descendant de la famille Blivet du Tertre Marie-Dondaine est devenu un pasteur évangélique de renom. Aladin Blivet est né en 1970 à Saint-Brieuc, il est
allé à l'école Hoche dans le quartier de Robien à Saint-Brieuc. Mais c'est avec ses parents, sur la route, qu'il continue sa vie. A la fin des années 80, il s'engage dans le mouvement Vie et Lumière et devient pasteur. Aladin Blivet, organise des réunions pour les gens du voyage sur le terrain de Douvenant à Saint-Brieuc. Le rôle des pasteurs est important dans cette communauté. Plus tard, il s'installera à Marseille.
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Aladin Blivet
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Autres documents
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16 mai 2005 Auguste Blivet, fils de Marcel Ouest-France
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Sources
Histoire du Tertre Marie Dondaine. Claude Corack
Site Généarmor, fiche matricule militaire Guillaume Blivet (né en 1869) ici
Site Généarmor, fiche matricule militaire Auguste Blivet (né en 1900), ici
Recensement
1936. Archives départementales.
Souvenirs de Marie et Marcel Blivet,
recueillis dans un article de Ouest-France, 3 mai 1991