jeudi 13 janvier 2022

Au sud du quartier de Robien à Saint-Brieuc, traverser le ruisseau du Gouédic

 

 

 

Le Gouédic ou Gouëdic est un petit cours d’eau de 9 kilomètres qui prend sa source au lieu-dit « Les Châtelets » à Ploufragan, où il est alors appelée La Prée. 

On le trouve aussi dénommé "Ruisseau des Prés Robiens" sur un plan daté de 1847.


Plan 1847. Archives municipales

 

Le Gouédic coule sur quelques kilomètres entre Ploufragan et le port du Légué où il se jette dans le Gouët.

La présence de l’eau, avec le ruisseau du Gouédic, va représenter un atout pendant des siècles. On peut y puiser de l’eau pour différents travaux, amener les animaux pour se désaltérer, laver le linge au bord du ruisseau ou dans des lavoirs aménagés. Plus tard, la présence de l’eau dans le quartier de Robien n’est pas étrangère au développement d’industries qui en ont besoin, comme la minoterie puis l’usine Sambre-et-Meuse.

 


La voie de chemin de fer marque une frontière artificielle du quartier de Robien au Nord et à l’Ouest.

Le Gouédic marque la frontière naturelle du quartier de Robien au Sud et à l’Est.

 

Au nord de Robien, nous avons vu dans un autre article que la continuité avec le centre avait posé un problème depuis la création de la voie ferrée en 1863. La question a été résolue par le Pont des Sourds, le Pont S.N.C.F et la passerelle Harel de la Noë.

Au sud de Robien, la présence du ruisseau du Gouédic, comme élément naturel, a toujours posé le problème de son franchissement. 

 

 

 

Il suffit de passer le pont...

 

 


Le Gouédic et son franchissement par des ponts

 

Plusieurs ponts en bois ont été construits depuis les temps les plus anciens. Aux alentours de 1800, nous en avons les noms : "le Pont du Carpon", "le Pont des Villemoisans". 

Notons qu'à la hauteur de ces ponts on va très souvent trouver un bureau de l'octroi (bureau des taxes locales).


 

Plan de 1800 environ. Archives municipales


Plus tard, dans la population éparse du recensement de 1901, nous trouvons la route du Carpont (jusqu'à la rivière), "Le Pont de Brésillet", "Le Grand pont"…

 


Recensement 1901. Archives départementales

 

 

 

Le Pont du Carpont

 

Dans un écrit du 17 mars 1536, on trouve déjà la nom de Carpont (appelé aussi Kerpont), appartenant à François Douallan. En 1789, le Carpont est une seigneurie qui appartenait  à Louis Auffret du Guélambert.

"Le Pont du Carpon" (sans T) est mentionné sur un plan que l’on peut dater d’avant 1800. Il se situait dans le prolongement de ce qui est de nos jours la rue Luzel, dans la direction de Ploufragan.

 

Plan de 1800 environ. Archives municipales
 

Plan 1814, section D archives municipales

 

Un plan de 1855 est dressé par l'architecte M. Gurgen, pour remplacer l’ancien pont du Carpont. Ce plan contient des relevés métriques précis de la structure en pierre. Les pierres d'ornement de l'arc du pont montrent le soin qui avait été apporté à la construction de cet édifice.


 

Archives municipales. Plan de 1855, Pont du Carpont
 

 

L'affaire du lavoir du Carpont. 1949

 

En 1949, le lavoir du Carpont a été le lieu d’un conflit entre des femmes du quartier de Robien et la S.N.C.F. Ces faits sont relatés dans le journal du Parti Communiste Français, L’Aube Nouvelle. Que s’est-il passé ?

Le journal explique que depuis 1947, l’état du lavoir du Carpont s’est beaucoup détérioré. La cause est semble-t-il due aux rejets de cambouis et d’eaux sales qui se déversent du dépôt S.N.C.F dans le Gouédic. Les fosses de décantation n’arrivent plus à « filtrer » les graisses, les huiles et le pétrole. Le résultat est simple pour les habituées du lavoir, « la moindre pièce de linge en ressort indétachable ».

 

Malgré les pétitions et les courriers, la situation était bloquée jusqu’au moment où « Le Comité de défense des laveuses du Carpont » a convoqué sur les lieux les maires et conseillers municipaux de Ploufragan et de St Brieuc ainsi que les chefs de dépôt et du district de la S.N.C.F.

 

Alors que toutes les femmes du Carpont sont rassemblées, au grand complet, Geneviève Thomas et Edouard Prigent (habitant de la rue de l'Ondine), du groupe communiste du conseil municipal de St Brieuc, sont les seuls présents au jour convenu.

Des coups de téléphone sont échangés et le chef de district de la S.N.C.F accepte de recevoir une délégation composée d’une dizaine de laveuses et des deux conseillers.

L’ingénieur de la S.N.C.F. promet de remettre le lavoir en état et, dans la semaine, un technicien spécialisé dans ces questions est envoyé de Paris. Des décisions sont prises : le cours du Gouédic sera détourné, le lavoir sera alimenté par l’eau de la Ville, l’entretien du lavoir sera assuré par les services municipaux.

Le journal communiste termine son article dans une belle envolée révolutionnaire : « Lutter pour un lavoir, c’est lutter pour la Paix !! Ce que l’État refuse, le peuple doit l’imposer ! »



 

Paroles d’habitant, Claude Corack :

« J'ai connu le lavoir avant le busage et après. On habitait sur le tertre Marie Dondaine et ma mère lavait son linge à cet endroit. Il y avait souvent des histoires allant jusqu'au crêpage de chignon. Les mômes du tertre prenant partie juchés sur le pont d'ou on balançait des pierres pour éclabousser les lavandières. Le busage qui contournait le lavoir était conséquent, on y allait presque debout en reconnaissance. »

 

 

De ce lavoir qui existait toujours dans les années 1950, tout en bas de la rue Luzel, il ne reste rien. Maintenant tout est busé, mais l’eau continue de couler, elle file simplement sous la terre !

 

 

 

Le Pont des Villes Moisan, appelé aussi "Le grand pont"

 

 

"Le Pont des Villes Moisan" est cité dans un décret de l'Assemblée nationale du 15 août 1792, c'est ce pont qui délimite la paroisse de Saint-Brieuc au sud. 

 

 

Extrait du décret de l'Assemblée nationale du 15 août 1792


« Le Pont des Villemoisans » est aussi mentionné sur un plan d’avant 1800. Il se situait dans le prolongement de l’ancienne route de Quintin (de nos jours la rue Jules Ferry). Son nom vient du village des "Villes Moisan" situé en Ploufragan.


 

Plan de 1800 environ. Archives municipales


Dans le recensement de 1886, on trouve le détail de la population du « Pont des Villes Moizan».

 

 


 

Dans le recensement de 1901, le nom a changé et on indique alors « Le grand Pont » avec 47 habitants. En 1906, l'appellation reste la même.

 

 

 

 

Le Pont Chapet

 

"Le Pont Chapet" est lui aussi cité dans le décret de l'Assemblée nationale du 15 août 1792, c'est ce pont qui constitue une limite de la paroisse de Saint-Brieuc.

Le Pont Chapet est dans le prolongement du chemin vicinal numéro 8 qui part de la Croix Perron.

 

Archives municipales. Plan de 1892

Depuis le 21 février 1930, le Conseil municipal a donné le nom de rue du Pont Chapet à cette portion de route qui prolonge la rue abbé Garnier, passe par la Croix-Perron et permet d'aller vers Brézillet.

Les anciens du quartier se souviennent qu'il y avait beaucoup d'animation au lavoir municipal du Pont Chapet.

 

Sur la photo aérienne ci-dessous, de 1965, on voit distinctement le cours du Gouédic qui traverse les terrains de la ferme qu'il y avait alors. Cette ferme sera remplacée par le Camping.


Photographie aérienne. 1965. Musée de Bretagne


Autre vue du Pont Chapet. Photographie aérienne. 1965. Musée de Bretagne


Depuis bien longtemps, il n'existe plus de pont pour franchir le Gouédic dans le bas de la rue du Pont Chapet, le ruisseau a été busé.

 

Le Gouédic venant de l'étang de Robien et se dirigeant vers le camping. Photo RF

 

 

 

Le Pont de Brézillet 

 

Dans le recensement de 1906, on trouve mentionné le «Pont de Brézillet » avec 6 habitants dont une lavandière. Cette appellation porte à confusion car ce qui est appelé "Brézillet" de nos jours ne se situe pas dans le secteur du bas de la rue de Trégueux. 

Mais sur ce plan de 1892, on voit parfaitement que "Brésillet" désignait ce hameau au bord du Gouédic.


 

Plan 1892. Archives municipales.


Dans le recensement de 1901, on trouve Anne Jousset, répertoriée comme "lavandière" au Pont de Brésillet.


Recensement 1901. Archives départementales


 

« Le Pont de Brésillet » est notifié sur un plan de 1935. Il est situé dans le prolongement de la rue de Trégueux (Chemin de petite communication numéro 7).

 

Archives municipales. Plan de 1935, "Pont de Brésillet"


Le bas de la rue de Trégueux (avec la ferme de Brézillet). Photographie. 1965. Musée de Bretagne

 

Autrefois, dans le bas de la rue de Trégueux, les femmes venaient laver le linge dans un endroit aménagé au bord du Gouédic. Le linge était déchargé des brouettes et quelques pierres formaient un petit lavoir.

 

Le doué de la rue de Trégueux

 

 

Le saviez-vous ?

Le 4 août 1944, le résistant Yves Cabel a été tué au pont de Brézillet à Saint-Brieuc alors qu’il venait d’accomplir une mission de sabotage avec le commandant Georges Maffard. Son corps retiré de l’étang de Robien portait les traces de plusieurs balles. Une rue porte son nom à Saint-Brieuc.

 

 

 

De nos jours le franchissement du Gouédic se fait sans en avoir conscience puisque le ruisseau est busé.

 

Le Gouédic passant sous la route de Trégueux. Photo RF



 Le sud de Robien en vue panoramique 1965

 

Localisation du "Grand Pont" et du "Pont Chapet". Photographie aérienne. 1965. Musée de Bretagne

 

 

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Autres articles à consulter 

 

Traverser la voie ferrée dans le quartier de Robien, cliquer ici

L'histoire de la rue de Trégueux, ici

L'histoire de la rue du Pont Chapet, ici

Les maisons de l'octroi ici

La création de l'étang de Robien, cliquer ici

Au sud du quartier, traverser le ruisseau du Gouédic, cliquer ici

Les maisons contemporaines et maisons d’architectes (pour la maison rue Louis Blanc), ici

L'histoire de la Minoterie Epivent, cliquer ici

L’usine Sambre-et-Meuse, ici

Les métamorphoses du Gouédic, partie 1. Dérivations, disparitions, cliquer ici

Au sud du quartier, traverser le ruisseau du Gouédic, cliquer ici

Les maisons contemporaines et maisons d’architectes (pour la maison rue Louis Blanc), ici

Les secrets de la Fontaine des Eaux Minérales, ici

Les lavandières dans la vallée de Gouédic, ici 

Les carrières de granit, ici 


Si vous avez des commentaires sur cet article, vous pouvez utiliser le formulaire de contact en haut à droite de la page. Merci d'avance  

(voir les commentaires déjà affichés ci-dessous).



Pour parler du Gouédic, il fallait bien... des sources !

 

Archives municipales. Plan de 1800 environ, cote 3FI 301 

Archives municipales 1847, plan section D2

Archives municipales. Plan de 1855, Pont du Carpont, cote 3FI 179

Archives municipales. Plan de 1892 (sujet de la Poudrière), Pont Chapet et Pont de Brézillet, cote 5FI 056 ici

Archives municipales. Plan de 1935, "Pont de Brésillet", cote 5FI 188

Musée de Bretagne. Photographies aériennes (Ploufragan). Numéro d'inventaire : 971.0037.8650.2. Heurtier (Photographe) ; 18 février 1965 ; Ploufragan. 

Site Infobretagne.com, Histoire, patrimoine et noblesse de Ploufragan. ici

Les Ville Moisan. Collection générale des décrets rendus par la Convention Nationale, Volume 3 ici

Information sur un résistant tué au pont de Brézillet, Site Le Maitron, ici

 


Quand le Gouédic déborde sur la 4 voies au sud de Robien ! Octobre 2020






dimanche 2 janvier 2022

Points de vue et perspectives remarquables dans le quartier de Robien à St Brieuc

 

Immeubles ou maisons avec des angles arrondis à Robien, quartier sud de Saint-Brieuc

Dans le quartier de Robien à Saint-brieuc, aux angles des rues, on trouve parfois des maisons ou immeubles avec des angles arrondis. Drôle d’idée, direz-vous, que de ne pas faire des angles droits !

Mais voyons-le autrement : et si ces angles arrondis avaient une bonne raison d’être ?

Une chose est certaine, dans le domaine de l’architecture c’est un élément que l’on note soigneusement.


 
"LE PAQUEBOT"
 
Le plus bel exemple est l’immeuble d’angle avec une façade et l’entrée au 49 rue Jean Jaurès et une autre façade, sans entrée, sur le boulevard Edouard Herriot. 
Cet immeuble d'angle de trois étages présente des fenêtres à trois ventaux, disposées sur les deux voies. Par contre, les balcons largement vitrés, ornés de beaux garde-corps métalliques, débordent de la façade et sont orientés vers rond-point avec une vue très dégagée. Ils renforcent l’arrondi du bâtiment avec beaucoup d’élégance. La référence au paquebot est ici assez évidente.
Le style « paquebot » est une branche tardive du style Art déco qui évoque l'architecture des grands navires effectuant la traversée de l'Atlantique. On y retrouve souvent les coursives à garde-corps métalliques, des hublots, une vigie...
 

49 rue Jean Jaurès.


49 rue Jean Jaurès. Photo RF



Vue aérienne, 49 rue Jean Jaurès. 

 

On peut noter qu'à Saint-Brieuc, l'architecte Jean Fauny a utilisé le style "paquebot" avec les villas Chaffoteaux (1929) et le Mirador (1935). La Quincaillerie Bretonne (1935) est aussi un très bel exemple d'architecture "paquebot".

 

Jean Fauny. Quincaillerie Bretonne St Brieuc (1935)

 

 
"LE PETIT MANOIR"

 
Une maison néo-bretonne, « Sked an Eol » (éclat du soleil), avec un mur en arrondi, se trouve à l’angle de la rue Aristide Briand et de la rue Jeanne d’Arc. C'est l'oeuvre de l'architecte Raymond Le Moal.

L’arrondi se justifie dans la mesure où il permet d’épouser l’angle de la rue. Le pignon arrondi se situe à la fois en plein Est et au Sud, il bénéficie de l'éclat du soleil, d'où le nom donné à la maison.

Cette maison présente un soubassement en granit et un étage enduit avec des fenêtres encadrées de blocs de granit assez massifs. L’entourage en granit également lui donne un air de petit manoir. 

Rue Aristide Briand. Photo RF



 
"LE CHEVET ROMAN"
 
Un peu en retrait du boulevard Edouard Herriot, vous pouvez découvrir un curieux ajout à une maison de ville, appartenant à Mme Rault, avec une construction en arrondi qui fait directement penser au chevet (situé à l'Est) d’une petite chapelle romane. La forme de ses étroites ouvertures du haut est également une référence à l’architecture religieuse romane.
La fonction de cette tourelle est uniquement de pouvoir desservir l'étage avec un escalier en colimaçon.
 

Boulevard Herriot. Photo RF

Boulevard Herriot. Photo RF



 
"LA MAISON HARICOT"
 
La maison contemporaine du 43 boulevard Paul Doumer nous offre un bel exemple de « maison haricot » avec une avancée en arrondi. 
C’est une maison construite à Saint-Brieuc pour Jean et Yvette Le Mener en 1957 par l’architecte Roger Le Flanchec, un grand admirateur de Le Corbusier. 
Cette maison est inspirée par l’architecture navale, avec une avancée comme une cabine de bateau. Elle n’est pas sans rappeler une autre maison haricot, également de Roger Le Flanchec, à Brélévenez à Lannion. 
 
Voir Roger Le Flanchec dans l'article plus détaillé sur "Les maisons d'architectes".
 

43 Boulevard Paul Doumer. Photo RF



 
"L'ABSIDE"
 
Enfin, on trouve un dernier exemple de maison avec un angle arrondi à l’angle de la rue Jules Ferry et Jean Giraudoux. D'après le propriétaire actuel, cet arrondi rappelle une abside (extrémité en demi-cercle d'une église).
La maison date de 1952 et le premier propriétaire était un dentiste qui avait son cabinet au rez-de-chaussée. Le propriétaire actuel a fait retaper la toiture et l'arrondi n'a pas été sans poser de problèmes aux couvreurs et zingueurs. Le résultat final est du plus bel effet grâce au professionnalisme des artisans.

Angle rue Jules Ferry et Jean Giraudoux. Photo RF

Angle rue Jules Ferry et Jean Giraudoux. Photo RF




CONCLUSION
 
Même lorsqu’on a fini par les débusquer, ces habitats singuliers aux influences romanes, néo-bretonnes, art déco ou contemporaines continuent de nous intriguer!



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Racontez-nous votre maison

Si vous habitez dans une maison ou dans un immeuble avec des angles arrondis, racontez-nous son histoire :
Connaissez-vous les dates de construction, l’architecte ?
Avez-vous des plans ?
Cet arrondi demande-t-il une adaptation particulière du mobilier, de l’agencement de l’espace ?
Connaissez-vous les propriétaires successifs ? S’est-il passé des événements importants dans cette maison ?
Cet arrondi est-il une extension de la maison d'origine une telle maison?
Quelles sont les contraintes lorsque l’on souhaite rénover ?
Etes-vous satisfaits ou non de votre habitation et pour quelles raisons (éléments de caractère patrimonial, matériaux, jardin, superficie, proximité de commerces et services, logement adaptée aux familles ou autre, économe en énergie) ?

 

 

Articles sur le même sujet

Voir Roger Le Flanchec dans l'article sur "Les maisons d'architectes". Cliquer ici

 

Sources

« Aire de mise en Valeur de l’Architecture et du Patrimoine. AVAP » Document de Saint-Brieuc Agglomération (dossier Pdf en ligne)

Archives municipales et départementales.

Fonds Roger LE FLANCHEC (1915-1986) document Pdf en ligne.

Archives des journaux du Comité d'Animation de Robien depuis juin 1984.

Saint-Brieuc. Étude de géographie urbaine. R. Huon 1946. 


Site PSS-ARCHI.UE, page sur Saint-Brieuc listant tous les immeubles de la ville avec le nom des architectes, la date de construction, la hauteur etc. cliquer ici


 
Précisions de Claude Le Sayec apportée sur l'architecte Raymond Le Moal.

Avec les contributions de Didier Le Buhan, Michel Le Borgne, Xavier Pageot,
Mary Simon des services de l'urbanisme de la Ville de St Brieuc, Guillaume Agouf...

 

 

 

 

lundi 29 novembre 2021

Les maisons de l'octroi dans le quartier de Robien à Saint-Brieuc

 

 

Quand on parle de l’octroi, il s’agit du droit octroyé (accordé) aux villes pour lever certaines taxes, notamment celles perçues à l’entrée des agglomérations sur des denrées déterminées.

Par la suite le mot octroi a désigné la taxe elle-même, l’administration chargée de la recevoir et le local où on s’en acquittait.

 

Initiales SB (St Brieuc) sur la maison d'octroi 78 rue Jules Ferry

 

L'octroi à Saint-Brieuc

 

La question de l’octroi n’est pas récente. Un document très ancien sur les octrois en Bretagne date de 1579. Dans un mémoire du 21 juillet 1608, la ville de Saint-Brieuc s’adressa au roi Henri IV pour obtenir l’établissement d’un octroi. En fait, la ville le pratiquait déjà…Louis XIII accepta officiellement l’établissement d’un octroi en 1617. Cette taxe constitue alors l’unique ressource dont la ville dispose  alors pour ne plus dépendre totalement de l’évêque.

En 1743, on plante des bornes à distance d’un quart de lieue sur les routes allant à Rennes, Moncontour, Quintin, Paimpol et Brest.

Plus tard, le 20 juin 1791, l’Assemblée Nationale vota la suppression des octrois, considérés comme des taxes injustes. Le Directoire les fit rétablir sous le nom « d’octrois de bienfaisance ».

En 1833 la ville de Saint-Brieuc possède dix bureaux d’octroi aux entrées de la ville. 

 

 

L'octroi, sujet de préoccupation du Conseil municipal de Saint-Brieuc

 

Le sujet des taxes perçues dans les bureaux d’octroi est un sujet sur lequel le conseil municipal de Saint-Brieuc se penche régulièrement. En voici des exemples extraits des délibérations du Conseil entre 1850 et 1907 :
 

Le 23 avril 1850, le conseil municipal de Saint-Brieuc débat de l’augmentation de la taxe des cidres, des vins, des alcools.

Le 5 juin 1874, dans une délibération du conseil municipal, il est indiqué que la Mairie va « stimuler le zèle des agents par des gratifications pour procès verbaux dressés pour fraude nocturne ».

Le 12 février 1892, on trouve une délibération sur la taxe à percevoir sur les bières, l’octroi sera perçu sur le quart des bières fabriquées par M. Mathonnet.

Le 17 décembre 1895, on apprend que les règlements et tarifs seront affichés pour forcer les voitures à marcher au pas devant les bureaux d’octroi.

Le 14 février 1896, le conseil supprime la taxe sur les huiles.

Le 7 octobre 1898, augmentation des taxes sur les viandes et le 17 mars 1899, augmentation des taxes sur les alcools.

Le 19 mai 1899, suppression de la taxe sur l’avoine des chevaux, par contre les taxes sur le beurre sont maintenues.

Le 10 novembre 1899, les contribuables récoltant de fourrages adressent une pétition pour ne payer que la moitié de la taxe qui leur est demandée.

 

 

L'octroi dans le quartier de Robien

 

 


Ci-dessus, les 4 maisons d'octroi encore visibles dans le quartier de Robien : en haut à gauche, rue abbé Garnier, en haut à droite, rue de Trégueux, en bas à gauche, rue Luzel, en bas à droite rue Jules Ferry

 

 

En 1833, en ce qui concerne le quartier de Robien, le huitième bureau d'octroi, sur les dix que possède la ville, est situé sur le chemin de Ploufragan, un peu au-delà de la maison du Pré-tison, le neuvième est sur la Grand’route de Quintin.

En 1863, un autre bureau d'octroi est installé sur la route de Lorient. Ce bureau se trouvait au lieu-dit « la Croix Hingant », au débouché du chemin d’Yffignac (rue François Ménez) et de la rue Gourien.

 

Plan de 1867, archives municipales 3Fi 303.

En 1893, construction d’un bureau sur le terrain de la compagnie des chemins de fer, à l’entrée de la gare de marchandises, boulevard Carnot.

Le 13 février 1907, le déplacement du bureau d’octroi de la gare est acté. Sur le plan ci-dessous daté de 1922 on voit la localisation précise du bureau d'octroi dans le boulevard Carnot. Il est situé juste à l'entrée de la gare de marchandise et donne sur le début de la rue Jules Ferry.

 

Plan 1922 3F0124 Gare et boulevard Carnot, archives municipales.

Le 24 mai 1910, le bureau d’octroi du Carpont est en construction.

En 1910, par suite de l’extension de la ville dans le quartier de Robien, les bureaux du boulevard Carnot et de la Croix-Mathias ne sont plus en situation de sauvegarder les intérêts des finances communales. La municipalité de M. Servain (1908-1912) décide de faire édifier trois nouveaux bureaux à la Croix-Péron (1 rue de Trégueux), au Carpont et au 78 de la rue Jules Ferry  (carrefour de la rue Émile Zola).

 

La municipalité de St Brieuc procéda à la suppression de l’octroi le 1er juin 1943.

 

 

 

 

Les maisons d'octroi dans le quartier de Robien aujourd'hui

 
 
Quatre maisons d'octroi sont bien identifiables dans le quartier de Robien à St Brieuc. Celle proche du Pont des Sourds-muets avait déjà fait l'objet d'un article dans le journal Ouest-France, les trois autres étaient moins bien connues.
 
 
 
Rue abbé Garnier
 
La maison à l'angle de la rue abbé Garnier et de la rue de Trégueux possède un très beau portail en fer forgé avec les initiales SB représentant les initiales de la ville de St Brieuc. On trouve ces mêmes initiales dans le quartier sur le portail de l'octroi de la rue Jules Ferry.
 

Maison de l'octroi, bureau de la Croix-Péron, 1 rue de Trégueux, St Brieuc, Photo RF

 

Initiales SB. Maison de l'octroi, 1 rue de Trégueux, St Brieuc, Photo RF



 
Rue Jules Ferry
 
Au 78 de la rue Jules Ferry,  se dresse la maison de l’octroi.
Cette maison date du début du XXe siècle, vers 1910. Comme pour celle de la rue de Trégueux son portail forgé porte les initiales de la ville de St Brieuc (SB). Au dessus de la fenêtre de droite, le mot OCTROI devrait figurer dans le rectangle.
En 1931, le recensement indique que c'est Maurice Debreux qui est l'employé de l'octroi. Il habite cette maison avec son épouse Anne, leur fils Bernard et leur neveu Georges Fine.


Maison de l'octroi, 78 rue Jules Ferry, St Brieuc, Photo RF

Initiales SB. 78 rue Jules Ferry, St Brieuc, Photo RF



La photo ci-dessous représente la maison d'octroi de la rue Jules Ferry dans les années 20 ou 30 au moment d'une cavalcade dans le quartier. Le mot OCTROI est bien visible au dessus de la porte. Par contre, il est difficile d'identifier le lieu exact de cette maison. En effet le numéro 27 de la rue Jules Ferry d'aujourd'hui ne correspond pas complètement et le numéro 78 (ci-dessus) n'est pas identique...
 

Maison de l'octroi, rue Jules Ferry, années 1920-1930

 
 
 
 
Rue abbé Garnier
 
Au 1 rue Abbé Garnier, juste à côté du Pont des sourds, se trouve donc cette maison historique du pavillon de l’octroi.
Cette maison date du XIXe siècle, un plan de 1863 indique l'emplacement de l'octroi.
En 1901 dans le recensement de la population, on trouve le nom du recenseur de l’octroi, il s'agit de Lucien de Robichon.

L'octroi de la rue Abbé Garnier a été en service jusqu'au début des années 40.

Maison de l'octroi, 1 rue abbé Garnier, St Brieuc, Photo RF


Maison de l'octroi, localisation, 1 rue abbé Garnier, St Brieuc. 1863 3Fi 220. Archives St Brieuc

 

 

 

 Rue Luzel, le bureau d’octroi du Carpont

 

Bureau d'octroi, rue Luzel. Archives départementales

La photo ci-dessus, des années 40, permet de bien se faire une idée de la place qu'occupait le bureau d'octroi du Carpont en bas de la rue Luzel, au numéro 63
Le bâtiment n'est pas mis en valeur car il est écrasé par le pont de la voie ferrée, comme on peut le voir encore de nos jours.
 
C'est une belle construction, sur le modèle des autres octrois de la rue Ferry et de la rue de Trégueux, construits eux aussi en 1910, avec des briques rouges qui soulignent les ouvertures.
 

Ancien octroi Rue Luzel. Image Google Earth


 

 

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Sources

 

Article du journal municipal de Saint-Brieuc, le Griffon, 1968 numéro 9, pages 19, 21, 22, 23, 24 (en ligne sur le site des archives municipales)

Délibérations du Conseil municipal de Saint-Brieuc, 1850 à 1907

Le patrimoine des communes des Côtes-d’Armor, éditions Flohic.

Archives municipales, plans 1863 et 1867.  

Plan 1922 3F0124 Gare et boulevard Carnot, archives municipales

Photo aérienne de la rue Luzel. Fonds Henrard, cote 26 Fi 358. Archives départementales. 




 

 





 

L'histoire du quartier de Robien à Saint-Brieuc. Sommaire

Le quartier de Robien à Saint-Brieuc s’est vraiment peuplé il n’y a pas plus d’un siècle, mais son histoire présente de multiples intérêts ...