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mercredi 5 novembre 2025

Le Théâtre Mouton, théâtre forain itinérant en Bretagne jusqu'en 1914

 

Théâtre Mouton avant 1900. Photo Jean-Pierre Bernardon

Le théâtre forain ambulant est une forme d’art qui s’est développée en dehors du théâtre classique. Emportant des troupes d’acteurs dans les campagnes et les villes, la Bretagne en accueillera régulièrement aux 19e et 20e siècles ; nous en avons conservé la trace et l’histoire comme pour Le Théâtre de l'Espérance de la famille Audroin. Le théâtre Mouton fait aussi partie de ceux-là, avec une tradition transmise d’une génération à l’autre.

Le théâtre en Bretagne

Avant d'explorer l'histoire du Théâtre Mouton, voyons ce qu'était le théâtre au XVIIe siècle, plus particulièrement en Bretagne. Au XVIIe siècle, une ville comme Rennes ignorait encore ce qu’était une troupe de théâtre sédentaire. Il en allait ainsi des autres villes des provinces de France qui ne connaissaient « que des acteurs nomades réunis en Sociétés ou Compagnies que l’on désignait sous le nom de troupes de campagne. Les comédiens étaient appelés « comédiens de campagne » (1). Ainsi Molière arriva à Nantes le 23 avril 1648 et y donna quelques représentations. La première troupe dont on trouve la trace à Rennes arriva en 1606.

A l'origine du Théâtre Mouton : 1ère génération avec Louis et Lise Mouton.

Romain Mouton raconta dans l’édition de Ouest-France du 17 juin 1954 que son plus lointain  ancêtre "débuta sous François 1er, en 1524, comme bateleur, acrobate de l’époque".

Louis Joseph Mouton (1786-1835) et son épouse Lise Étienne Larivière (1792-1881) font du théâtre dans le style de Molière et l’hiver ils restent à Paris. Louis Joseph Mouton jouait avec François Lamberty dans les années 1810-1835. (2)

La famille Lamberti constituait une famille de cirque italien qui serait arrivée en France sous Louis XV pour divertir les châteaux avec leur troupe d’acrobates et de bateleurs. Plus tard, ils ont francisé leur nom en Lamberty avec un Y.  Le Théâtre Lamberty était un théâtre de pantomime où les acteurs prenaient des poses pour réaliser ce que l’on appelait des tableaux vivants. Il est devenu par la suite le Théâtre Lamberty-Berthier puis avant 1914, avec Gaston Lamarche qui y a introduit la comédie, le Théâtre Populaire National Lamarche-Lamberty. (2)

Photo ci-dessous : Angélique et Abel Lamberty dans un tableau typique de l’après-guerre de 1870 : l’Alsacienne prête à venger le soldat français. C'est un tableau qui préfigure certains monuments aux morts de 14-18.
 

La famille Lamberty est restée dans cette tradition du théâtre ambulant jusqu'en 1968.

Photo du Blog de la famille Lamberty, branche évangélique tzigane.

2ème génération, François et Catharina. Théâtre itinérant 1846-1870

Un des fils, le plus jeune, François (1826-1875), né en 1826 à Angoulême, a la fibre théâtrale. François Mouton est à l'époque un des rares directeurs privilégiés de France, un droit qui a été aboli par la suite en 1863 (3). Il exerce comme directeur de théâtre à Brest, Lorient, Rennes etc. Puis, en 1846, François épouse Catharina Philiberta Bouwmeester (1825-1885) de Rotterdam. Elle vient d’une famille d’artiste. Ils passent alors au théâtre forain et dirigent une structure démontable. Ils sont totalement itinérants pendant plusieurs décennies. Il exerce leur art dans le sud-ouest.

La Guerre de 1870 ruine le cirque Mouton, et, en 1871, François Mouton vend ses chevaux, monte un théâtre et prépare le drame et la comédie. François décède à sur le Champ de Bataille (champ de foire) à Quimper le 14 août 1875 et en 1875, son épouse Catharina et son fils Romain reprennent la direction du théâtre.

Les tournées continuent comme en 1879 où le Théâtre Mouton se produit aux foires de Rennes, avec ce qui est alors appelé « Le Théâtre moral ». Nous possédons un document des Archives municipales de Rennes qui atteste de cette présence avec le demande formulée au Maire de Rennes par Catharina Bouwmeester.

Fougères, le 28 août 1879
Monsieur le Maire,

Les exigences du voyage jointes au désir que j’avais de revoir notre chère Bretagne m’ont ramené dans la contrée.
Je serais très heureuse de faire les prochaines foires de Rennes, aussi je prends la liberté de vous adresser la présente demande de  place, comptant sur la bonté que vous n’avez jamais cessé de témoigner à la famille Mouton.
L’emplacement dont j’aurais besoin pour mon théâtre serait de 30 mètres de longueur sur 8 mètres de profondeur ; je désire aussi placer un tir de 4 mètres de large sur 7 mètres de profondeur.
J’ose espérer Monsieur le Maire que vous voudrez bien m’accorder la bienveillant appui de votre haut patronage pour l’obtention de ces deux emplacements, près l’un de l’autre et à l’endroit le plus favorable.
Dans l’espoir que ma demande recevra comme par le passé un sympathique accueil.
Je vous prie d’agréer Monsieur le Maire, avec mes remerciements, mes plus respectueuses salutations.
Veuve Mouton, Directrice du Théâtre Moral à Fougères.


La réponse favorable de la Mairie ne se fait pas attendre, elle est datée du 30 août 1879. Les services de la mairie précisent que la foire de 1879 commence le dimanche 28 septembre, l’emplacement est situé Place de la Gare et trente francs d’arrhes sont à verser en mandat-poste.

1879 Archives de la Ville de Rennes

Comme tous ces théâtres, le fonctionnement est familial avec une douzaine de personnes dans la troupe dont Abel ; Romain Jeanne Marie Louise Mouton (artiste d'agilité et artiste lyrique) mariée avec Francis Beedle (gymnasiarque) ; Joséphine Mouton (artiste d'agilité) mariée avec Lucien Mansard (artiste d'agilité et écuyer) ; Pierre (artiste dramatique), Hélène Mouton (artiste lyrique)... 

Francis Beedle et Jeanne Mouton, épouse Beedle. 1880 Jean-Pierre Bernardon
Théâtre ambulant 1913. Famille Beedle (Maria, Fanny, Francis, Charles). Photo J-P Bernardon.

Ce que l'on ne sait pas, c'est si ce théâtre avait une base, à quelle cadence il donnait ses spectacles et s'il se produisait en dehors de l'Ouest de la France...

Ci-dessous, le chapiteau du "Grand Théâtre Mouton", dirigé par Romain Mouton. Les décors extérieurs étaient particulièrement soignés.

Photo non datée, famille Mouton.

Ci-dessous, cette photo du Théâtre Mouton au 19e siècle (4) nous donne une idée de la structure du chapiteau et de l'organisation du Théâtre itinérant. Loli Jean-Baptiste, doctorante en arts du spectacle à l' Université de Franche-Comté nous en dit plus sur ces théâtres : « Imaginez une construction imposante, rectangulaire, faite de panneaux verticaux en bois, de dimensions variables. (12 à 30 mètres de long et jusqu’à 10 mètres de large, pour les plus grandes). Au centre de la façade se trouve « le contrôle » un espace réservé à la billetterie, et à l’entrée du public. Le contrôle est toujours soigneusement orné de l’enseigne portant le nom de la famille. A côté de cela, autour de la « baraque », on peut voir s’installer les caravanes d’habitations, ainsi que le convoi. À l’intérieur de la salle, la scène se dresse sur l’un des côtés. L’espace principal est composé d’un plancher incliné rempli de gradins, ou chaises de confort variable pour accueillir le public. En fonction de la taille du dispositif, la salle accueille de 200 à 1000 spectateurs. » (5)

Photo Jean-Pierre Bernardon dans le Facebook "Forain d'autrefois" novembre 2023

On peut comparer le chapiteau du Théâtre Mouton à celui d'un autre théâtre forain, le Théâtre Taburet-Berthier, photographié ici en 1930.


3ème génération, Abel et Romain. 1885

Catharina décède le 1er novembre 1885 et ce sont les deux fils, Abel (1863-1934) et Romain (1850-1941), qui prennent la suite. Toute la famille participe de l'installation du théâtre jusqu'au spectacle.

Romain Mouton était le troisième des neuf enfants, tous élevés dans le cirque. A 5 ans, il paraissait déjà sur les planches et gagnait sa vie comme ses frères et sœurs. Il n'avait pas appris à lire, ce qui ne l'empêcha pas d'apprendre tous les rôles du répertoire théâtral dans des registres différents comme la comédie, le drame ou le mélodrame.

Romain Mouton 14 janvier 1939 Ouest-Eclair

Romain Mouton, image IA
Romain Mouton exercera comme directeur d'une troupe d'acteurs, dans un premier temps avec sa mère, pendant plus de cinquante années. « Dans la famille, il fallait être artiste lyrique ou dramatique et acrobate », avait-il expliqué. Sur la scène du théâtre, la famille Mouton produisait un spectacle avec drames, vaudeville, numéros d'équilibristes, de gymnasiarques, de magie. Certains numéros auraient tout aussi bien avoir eu leur place dans un cirque. D'ailleurs François Mouton (le père) était clown en plus de sa fonction de directeur du théâtre et Romain était acrobate.

La famille donna des représentations dans toute la France, en Espagne, en Italie, en Allemagne et en Belgique. Le 7 septembre 1887, Romain, âgé de 37 ans et veuf depuis 1879, épousait son élève de gymnastique et lui apprenait la comédie.

Le Théâtre Mouton semait partout la générosité à l’égard notamment des Bureaux de bienfaisance. Romain Mouton déclarera : "J’ai donné plus de cent représentations au profit des oeuvres de bienfaisance, pour les sinistrés lors d’incendies ou d’inondations et je versais un dixième de la recette au bureau de bienfaisance des villes traversées".

La famille Mouton se sédentarise en Bretagne dans la deuxième moitié du 19e siècle. Le Théâtre de Romain Mouton s’installe à Saint-Brieuc. Plusieurs membres de la famille Mouton vont naître, se marier et décéder en Bretagne :

Jeanne, Marie Louise Mouton, née en 1848, se marie avec Francis Wilkes Beedle à Dinan le 6 mars 1872. Son mari est d’origine anglaise et il exerce comme gymnasiarque (professeur de gymnastique).

Jeanne Marie-Louise Mouton (soeur de Romain) et son époux Francis Beedle. Léone Chaugny née en 1900 est sur les genoux. Photo de 1904

1904 Mariage à Jumeaux (63). Photo J-P Bernardon

Adèle Beedle va naitre sur la fête d’hiver à Rennes en janvier 1873

Catharina, mariée avec François Mouton, décède Place Duguesclin à Saint-Brieuc le 1er novembre 1885, à l’âge de 60 ans. La Place Duguesclin était à l'époque le lieu où se produisaient les cirques et les théâtres forains. 

Des personnes extérieures à la famille Mouton pouvaient parfois intégrer la troupe comme le laisse à penser un article de Ouest-Eclair daté du 30 mai 1937. On peut y lire que "Mme Le Gall Pierre, ancienne actrice du Théâtre Mouton" donnera à Chatelaudrain une représentation théâtrale avec la troupe mixte de "la Chatelaudrinaise". Il pourrait s'agir de Germaine Le Gall, née à Bayonne en 1893 (d'après le recensement de 1936), épouse du pâtissier Pierre Le Gall.

1936 Recensement Chatelaudren, rue de Corlay, image 18. AD22


Théâtre Mouton 30 mai 1937 Ouest-Eclair

Des photos du Théâtre Mouton 

La photo ci-dessous était parue page 74 dans l'ouvrage publié par les éditions Filigranes, "Madame Yvonne". Née en 1878 à Ploumilliau (Côtes-du-Nord), Yvonne Kerdudo, était connue sous le nom de "Madame Yvonne" dans le Trégor. Initiée à la photographie à Paris, elle revient en Bretagne au Vieux-Marché. Elle se déplace à 40 kilomètres autour de son village et photographie les évènements du quotidien.

Cette photo du Théâtre Mouton n'avait pas été repérée dans un premier temps, jusqu'à un jour de juin 2024 où Jean-Michel Le Bourdonnec, habitant à Ploufragan, en a signalé l'existence par le formulaire de contact de ce blog.

Jean-Michel Le Bourdonnec peut même préciser que cette photo du Théâtre Mouton, a été prise place des Déportés à Le Vieux Marché, vers 1912, à 1 an près en plus ou en moins. Sur la pancarte devant le Théâtre il est annoncé que la troupe joue "La porteuse de pain", un roman très populaire écrit par Xavier de Montépin, paru en feuilleton dans Le Petit Journal en 1884, réédité de nombreuses fois et adapté au théâtre. Le roman parle d'une femme accusée à tort, un sujet qui colle bien au "théâtre moral" de la famille Mouton.

Cette photo a été éditée sous forme d'une carte postale comme cela se faisait à cette époque.

Mais plus fort encore, une deuxième photo a été prise par Mme Yvonne. Il s'agit toujours du théâtre Mouton avec ses comédiens et comédiennes. La photo est prise à quelques pas de la place où est installé le théâtre. Il reste à identifier les différentes personnes...

Photo collection J-M Le Bourdonnec.

 
La troupe du Théâtre Mouton, détail. Vers 1912

La fin du Théâtre Mouton

Au moment de la mobilisation en août 1914, la famille Mouton se trouvait à Pont-Aven et devait se rendre à Nantes. A Quintin, la troupe dut se dissoudre et le matériel fut remisé. En 1915 Romain Mouton s’installe place Duguesclin à Saint-Brieuc.

Marchands ambulants sur la place Duguesclin à Saint-Brieuc.

Plus tard, Romain Mouton obtient de M. Servain, maire de Saint-Brieuc, l’autorisation de monter une baraque à frites place de la Gare.

Il faut avoir de bons yeux, mais les deux personnes au premier plan dans le square devant la gare sont assurément M et Mme Mouton !

Le décès de Romain Mouton, appelé "Le Père Mouton", est marqué par la publication de plusieurs articles dans la presse locale.

Ouest-Eclair 14 octobre 1941
 

De son côté, la branche Jeanne Marie Louise Mouton (née en 1848) exercera aussi dans le théâtre forain, mais pas en Bretagne. Francis Wilkes-Beedle et Jeanne Mouton font du théâtre forain itinérant dans les départements du Cher, de l’Allier et du Puy-de-Dôme. 

Voilà des éclairages qui nous permettent de retracer les grandes étapes de ce formidable Théâtre Mouton.

Bravo les artistes !


Pour retourner au sommaire du blog, cliquer ici

 

A retrouver sur ce blog

L'histoire du Théâtre de l'espérance de la famille Audroin, cliquer ici

Notes

Recherches dans les archives de Ouest-France et du Télégramme.

(1) Le théâtre à Rennes, recherches d’histoire locale, notes et souvenirs. Lucien Decombe 1899.

(2) Article, dans la revue Folklore de Champagne, consacré au gens du voyage et à leurs théâtres populaires comme le Théâtre Lamberty. Cliquer ici


(3) Sur cette question du privilège, lire l'article suivant "Les Théâtres parisiens à l'heure du privilège (1807-1864), l'impossible contrôle", cliquer ici

(4) De nombreux renseignements et documents (archives de 1879, photo du théâtre Mouton...) ont été fournis par Jean-Pierre Bernardon, descendant de la famille Beedle-Mouton.

(5) Pour lire l'article de Loli Jean-Baptiste, "Le théâtre forain ambulant, un art populaire oublié", cliquer ici 

Sources

Facebook "Forain d'autrefois", cliquer ici 

Blog de la famille Lamberty, branche évangélique tzigane, cliquer ici

On peut se reporter à un article spécifique sur l'histoire de Romain Mouton, appelé le Père Mouton (cliquer ici) et un autre article sur Marthe Mouton, née Calphas (cliquer ici).

Correspondances avec Jean-Pierre Bernardon 2023

Rencontre avec Jean-Michel Le Bourdonnec, juillet 2024.

Musée du Théâtre forain à Arthenay, cliquer ici

Livre Madame Yvonne, éditions Filigrane

 


Romain Mouton (1850 Lafrançaise-1941 Saint-Brieuc), directeur de cirque et de théâtre ambulant.

 

Romain Mouton. Photo générée par IA

Le Père Mouton en 1939

Dans les années 1920-1930, à Saint-Brieuc, quand venait le temps des fêtes foraines sur le Champ-de-Mars ou à Robien, on ne pouvait pas manquer le Père Mouton, « canne à la main, en gilet de laine et casquette à visière de cuir », allant de voiture en voiture. Il était aussi très connu pour tenir une baraque à frites, avec sa femme, dans le square devant la Gare.

Le Père Mouton à l'âge de 87 ans

 
La famille de Romain Mouton

Par différentes recherches (dans l’état civil du Tarn-et-Garonne et sur des sites de généalogie), on découvre que Romain Mouton est né le 28 février 1850 à la maison du sieur Delprat, père aubergiste dans la Grand-rue de la ville de Lafrançaise, proche de Montauban, sans doute au hasard d'une tournée du Théâtre ambulant de la famille. 

 

Romain Mouton. Acte de naissance. 1850

 

Son grand-père est Louis Joseph Mouton, déjà dans le milieu artistique et du théâtre. Louis Mouton jouait avec François Lamberty dans les années 1810-1835 (informations sur le Théâtre Lamberty ici ).

Son père est François Mouton, 22 ans, né à Angoulême (Charente), artiste ambulant d’agilité. Sa mère est Catherine Beaumestre, née le 17 avril 1825 à Rotterdam en Hollande, déclarée également comme artiste ambulante d’agilité. Elle est connue sous une autre identité respectant ses origines hollandaises : Catharina Fileberta Bouwmeester, artiste dramatique (1825-1885). Catharina est d'ailleurs décédée à Saint-Brieuc le 1er novembre 1885.

 

Romain Mouton est le frère d'Abel Mouton et donc l'oncle de Camille Mouton qui sera bien connu en Bretagne dans le monde forain avec son épouse, Marthe Calphas (doyenne des forains de Bretagne jusqu'en 1984 et dont le père était installé à Saint-Brieuc depuis 1914...(Article complet en cliquant ici)

Romain Mouton aura contracté deux mariages, le premier avec Octavie Recoursé vers 1870 mais son épouse décède à Redon (35) le 26 novembre 1879. Veuf, il se remarie le 7 septembre 1887 à Le Croisic (44) avec Marie Caroline Coué (1861-1950), artiste, née à Chaudefonds (Maine-et-Loire) le 13 octobre 1861.

1887 Mariage Romain Mouton et Caroline Coué.
 

Ci-dessous, photo de Marie Mouton. 

Ouest-Eclair 14 janvier 1939

Mme Mouton en 1939

Une carrière artistique

Romain Mouton était une personnalité singulière de la ville de Saint-Brieuc où il s'était installé en 1915. C'est pourquoi il avait fait l'objet d'un premier article de F. Geffrain dans l’édition du 23 janvier 1937 de Ouest-Eclair


Mme et M. Mouton devant leur boutique. 23 janvier 1937 Ouest-Eclair

Romain Mouton était alors âgé de 87 ans et on apprenait qu’il était le troisième de neuf enfants élevés dans le cirque. Il n'avait pas appris à lire, ce qui ne l'empêcha pas d'apprendre tous les rôles du répertoire théâtral dans des registres différents comme la comédie, le drame ou le mélodrame. Son père était clown en même temps que directeur d'un théâtre où l'on présentait aussi du théâtre.

Ci-dessous, cette photo du Théâtre Mouton au 19e siècle a été publiée par Jean-Pierre Bernardon dans le Facebook "Forain d'autrefois" en novembre 2023.


M. Mouton a exercé comme directeur d'une troupe d'acteurs pendant plus de cinquante années. « Dans la famille, il fallait être artiste lyrique ou dramatique et acrobate », avait-il expliqué. La famille donna des représentations dans toute la France, en Espagne, en Italie, en Allemagne et en Belgique.

 

Romain Mouton, acteur de cinéma

Il a été aussi acteur de cinéma avec le rôle du père Morellec, un vieux pêcheur dans "Retour à la vie", un film muet de Jacques Dorval de 1923, avec en vedette l'actrice Colette Darfeuil. ce film raconte l'histoire du compositeur Michel Trévick et de sa sœur Maud, en vacances en Bretagne, qui se lient d'amitié avec un jeune violoneux amnésique recueilli par un vieux pêcheur, Morellec (joué par Romain Mouton).

Romain Mouton, dans le film Retour à la vie. Photo Jean-Pierre Bernardon


Il joue le personnage du maire dans "La Brière", un film muet de Léon Poirier, sorti en 1925, d'après le livre de M. Alphonse de Châteaubriant.

A rectifier, 75 ans et non 80 ans en 1925.

Tournage du film La Brière, image Ciné-miroir 1er août 1924.

Film La Brière 1924. Site Wikipédia

 

Un troisième rôle lui est donné dans "Pic le rétameur".

 

 

Romain Mouton, philosophe

Une vie bien remplie : acrobate, comédien, artiste de cinéma, écuyer, dresseur d'animaux, professeur de gymnastique, commerçant...

Romain Mouton avait aussi sa petite philosophie de la vie :

 

"J'ai tout fait mais j'ai oublié de faire fortune ! "

 

"Les gens ne comprennent pas assez ces paroles sublimes : Aimez-vous les uns les autres". 

 

Cette dernière phrase sur l'amour de son prochain montre l'attachement de Romain Mouton aux valeurs chrétiennes. Et, encore un aspect original du personnage, on trouve inscrit en 1929 dans le bas de la page 15 du registre des membres de l’Église protestante de Saint-Brieuc et aussi en 1930 : "M. Mouton, confiserie de la Gare". Son affiliation est peut-être en lien avec son lieu de naissance, Lafrançaise dans le Tarn-et-Garonne, une ville protestante dont la bastide fut mise à sac pendant plus de 75 ans par les catholiques.

Registre 1930. Paroisse protestante de Saint-Brieuc.

 

Les dernières années et le décès du père Mouton

Un journaliste attentif de Ouest-Eclair évoque ainsi les dernières années du Père Mouton à Saint-Brieuc :

"On aimait ce vieillard sympathique et on lui réservait une bonne place au spectacle en qualité de doyen. Il avait conservé sa lucidité, sa bonne santé et sa bonne humeur. Dans le quartier de la Croix-Mathias, où il s'était retiré en dernier lieu, il ne manquait pas de bavarder longuement avec deux de ses bons camarades : M. Jean-Baptiste Illio, ancien conseiller municipal et M. Blanvillain, professeur du Lycée en retraite, amis de la famille. Toutes les nouveautés du Théâtre l'intéressaient, mais malheureusement son grand âge ne lui permettait plus de suivre attentivement les tournées de notre théâtre. Il y a quelques mois, il faisait remarquer à ses amis du quartier qu'il se tenait encore bien à bicyclette.

En décembre 1939, le Père Mouton part à Concarneau dans le département du Finistère qui est cher à la famille : "Notre père est mort à Quimper en 1874. L'évêque de Quimper tint à célébrer lui-même la messe d'enterrement. Mon frère Pierre est mort aussi à Quimper (en 1935). Mon beau-frère, qui était violoniste remarquable, est enterré à Concarneau. Eh bien je serai enterré à côté de lui. Mais le plus tard possible tout de même !" pouvait-on lire le 14 janvier 1939 dans un entretien donné à Ouest-Eclair.

A Concarneau Romain Mouton retrouve sa soeur, "Mme Lejeune, qui porte si bien son nom malgré ses soixante-dix ans". Elle fut première chanteuse, tandis que son mari était chef d'orchestre. Elle a dix-neuf ans d'écart avec son frère et tous les deux sont alors les deux seuls survivants de la fratrie de neuf enfants.

Finalement, Romain Mouton et son épouse quittent Concarneau et reviennent à Saint-Brieuc. C'est là qu'il décède en 1941 (sans doute le 11 octobre) et cette nouvelle suscite une émotion particulière. Le 14 octobre 41, l'édition de Ouest-Eclair, en page Saint-Brieuc, fait le gros titre sur cette disparition. Mais d'autres articles sont publiés dans les pages de Rennes, Le Mans et Caen car il avait laissé de bons souvenirs dans tout le grand Ouest.


Le Père Mouton dans les mémoires

Une quinzaine d'années après son décès, son histoire beaucoup plus complète est racontée dans l’édition de Ouest-France du 17 juin 1954 : « Il tenait une boutique dans la rue de la Gare, dans le square municipal. Lors des fêtes foraines, il s’en allait sur le Champ de Mars saluer ses petits amis, les enfants de ses amis et de ses collègues. Il leur donnait « des leçons de conduite », le sourire toujours paternel, la casquette bien droite, la fameuse chaine de montre avec breloques-souvenirs bien en évidence.
Romain Mouton, dernier des « Romain » (comme il aimait à le dire) avait vu le jour dans la Tarn-et-Garonne et son épouse était angevine.

Tous les parents de Romain avaient été artistes forains, de père en fils. L’ancêtre débuta sous François 1er, en 1524, comme bateleur, acrobate de l’époque. A 5 ans, Romain paraissait sur les planches et gagnait sa vie comme ses frères et sœurs.
La Guerre de 1870 ruina le cirque Mouton, et, en 1871, le père de Romain vendit ses chevaux, monta un théâtre et prépara le drame et la comédie.
En 1874, Romain prit la direction de la troupe avec sa mère pour tenir les rênes pendant 50 ans, semant partout la générosité à l’égard notamment des Bureaux de bienfaisance ("J’ai donné plus de cent représentations au profit des oeuvres de bienfaisance, pour les sinistrés lors d’incendies ou d’inondations et je versais un dixième de la recette au bureau de bienfaisance des villes traversées" ). En 1887, Romain épousait son élève de gymnastique et lui apprenait la comédie.


La troupe fut dissoute lors de la mobilisation, à Quintin en 1914. Le Père Mouton obtint alors de M. Servain, maire, l’autorisation de monter une baraque à frites place de la Gare.


Mme Mouton y vendit un sou de frites et son mari des oranges.
M. Waron, maire, aida également M. Mouton à s’installer dans la baraque en planches (du jardin public de la gare) où il resta jusqu’à l’heure de la démolition...
».

Comme M et Mme Mouton habitaient et travaillaient en face de la gare, un endroit particulièrement en vue, tout le monde les connaissait.

Les briochins appréciaient beaucoup les frites vendues en cornet de Mme Mouton. On y trouvait aussi des oranges et des confiseries !

Leur baraque en planches, que M. Mouton avait construite de ses mains, était singulière. Après leur départ, elle fut d'ailleurs achetée par la Ville et transportée sur un autre terrain municipal.


Des traces du Père Mouton au square de la gare autrefois...

Il faut avoir de bons yeux, mais les deux personnes au premier plan dans le square devant la gare sont assurément M et Mme Mouton !


Une carte postale ancienne, avec comme sujet principal le square de la Gare de Saint-Brieuc, nous donne une idée assez précise de la maison en bois de la famille Mouton au premier étage de la boutique de confiserie.

Publication de la carte de Pierre-Louis Launay dans "Tu sais que tu viens de Saint- Brieuc 15 oct 2024

Sur cette autre photo ancienne, du début des années 40, sur la droite du square devant la gare de Saint-Brieuc, on voit une maison dans le style des chalets en bois. C'est l'habitation de la famille Mouton, peut-être agrandie car au départ ce n'était qu'une baraque...



En effet, l'histoire est racontée dans le compte-rendu fait dans la presse en mars 1924, au moment où le conseil municipal veut créer un square en face de la gare, le terrain est occupé par deux établissements : le Foyer du Soldat et la Confiserie Mouton.

M. Mouton occupe l’angle du terrain, que constitue le square, avec un baraquement léger, depuis de nombreuses années. M. Mouton propose que ce baraquement devienne une sorte de kiosque qui s’appuie sur le mur de séparation de la caserne en bordure de rue. 

Registre du Conseil Municipal 24 février 1924

Le Conseil municipal, considère que « M. Mouton, jouissant de l’estime générale, son petit commerce rend des services dans le quartier, il pourrait en même temps se charger de la surveillance du square. La commission est d’avis que l’on peut avec ses arrangements, lui continuer la tolérance dont il profite, mais à condition d’être provisoire et de pouvoir être rapportée à tout instant et sans aucune indemnité. » (Ouest-Eclair, 3 mars 1924, compte-rendu du Conseil du 24 février)

Le bail précaire (qui durera une quinzaine d'années!) accordé à M. Mouton aura permis de mettre une touche particulière de vie dans ce quartier de la gare, autrefois très animé.  

 

Des descendants de la famille Mouton 

On ne connait pas bien la descendance de Romain Mouton. On sait que se son premier mariage, il aurait eu une fille, Louise Françoise née en 1875. De son deuxième mariage, il aurait eu trois autres filles Félicie Antonia née en 1881, Louise et Marie-Louise.

Toute l'histoire de la famille Mouton, industriels forains en Bretagne, est racontée dans un long article à retrouver en cliquant ici

Et l'histoire du neveu de Romain Mouton, Camille Mouton, ainsi que de son épouse Marthe, est racontée dans un autre article complet. Cliquer ici

Mme Camille Mouton et ses descendants. 31 août 1957 Ouest-France Châteaulin

 

Si vous avez des documents ou des témoignages à apporter sur la famille Mouton, merci d'utiliser le formulaire de contact en haut de page.

 

Des articles pour prolonger cette lecture :   

Marthe Mouton, née Calphas, épouse de Camille Mouton, cliquer ici

La famille Mouton, industriels forains en Bretagne, cliquer ici

Les cirques sur la place de Robien (1933-1961), cliquer ici

 

Retour au sommaire du blog  ici

 

 

Généalogie familiale de Romain Mouton.

Parents :

Le père de Romain Mouton est François Mouton, né le 17 août 1826 à Angoulême (Charente), artiste ambulant d’agilité, directeur de théâtre ambulant, décédé le 14 août 1875 à Quimper.

Catherine Beaumestre, née le 17 avril 1825 à Rotterdam en Hollande, artiste ambulante, mariée avec François Mouton, décédée Place Duguesclin à Saint-Brieuc le 1er novembre 1885, à l’âge de 60 ans. La Place Duguesclin était à l'époque le lieu où se produisaient les cirques et où se trouvaient les caravanes des artistes ambulants.
 

Les frères et soeurs de Romain Mouton 

Joséphine Mouton, née le 5 juillet 1846 à La Rochelle en Charente, artiste d’agilité, mariée avec Edouard Rougeul à Dinan, décédée le 17 décembre 1900 à Villiers Charlemagne en Mayenne, cliquer ici.

Jeanne, Marie Louise Mouton, née le 16 septembre 1848 à Toulouse en Haute-Garonne, mariée avec Francis Wilkes Beedle à Dinan le 6 mars 1872. Son mari est d’origine anglaise et il exerce comme gymnasiarque (professeur de gymnastique), cliquer ici.

Romain Mouton, né le 28 février 1850 à Lafrançaise dans le Tarn-et-Garonne. Sa date de décès n'a pas encore été trouvée mais elle est très proche du 11 octobre 1941 car le premier article à en parler est daté du 12 octobre.

Marie Louise Mouton, né le 25 mars 1858 à Poitiers dans la Vienne, mariée avec François Alciati à Rennes, cliquer ici

Pierre Victor Mouton, né le 12 avril 1861 à Brossac (Charente), marié avec Françoise Berthelot à Rennes, décédé en 1935 à Quimper, cliquer ici

Abel Édouard Mouton, né le 16 août 1863 à La Couronne (Charente), cliquer ici

Hélène Louise Mouton, née le 3 septembre 1868 à Jarnac (Charente), artiste lyrique, cliquer ici

Félicie, 1887, à Niort (en mention dans la marge sur l'acte de mariage), une autre source indique 1869-1940...


 

Sources

Archives du Tarn-et-Garonne en ligne, acte de naissance 1850, cliquer ici

Acte de mariage, commune de Le Croizic, cliquer ici

Site Généanet, fiche sur Romain Mouton, cliquer ici 

Site Généanet, fiche sur Catherine Beaumestre (Catharina Fileberta Bouwmeester), cliquer ici

Compte-rendu du Conseil municipal du 24 février 1924, site des archives municipales en ligne, vue 280 dans l'année 1924.

Photo de la maison en bois devant la gare, vers 1940. Site des Collections du Musée de Bretagne, cliquer ici

Fiche sur le film "La Brière" avec M. Mouton dans la liste des acteurs, cliquer ici

Site de Joseph Lohou, histoire de Callac, cliquer ici

 

 

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