vendredi 1 novembre 2024

Le quartier de Robien à Saint-Brieuc et la Guerre 14-18 (nouvelles du front, monument de la paroisse...)

 
 
 

Monument aux morts de la ville de Saint-Brieuc. Photo RF
 
On peut d'ailleurs noter que le Comité des Fêtes de Robien a contribué à sa mesure à l'édification de ce monument de la ville de Saint-Brieuc en versant la somme de 100 francs en 1920.
 
 
La guerre 14-18 et la paroisse de Sainte-Anne de Robien

L'annonce des premières victimes


Le bulletin paroissial est une source d’informations très intéressante pour mieux comprendre comment cette guerre de 14-18 a été ressentie par les paroissiens de Robien. 

Très vite, malheureusement, l’annonce des trois premières victimes va endeuiller le quartier : l’adjudant Auguste Pansart ; le sergent Auguste Poudoulec ; Pierre Hux, de la rue Luzel.

Auguste Pouloudec, un habitant du boulevard Hoche, est tué le 30 août aux environs de Sedan. C’est l’abbé Le Douarec, l’aumônier militaire du 271e, qui lui ferme les yeux. Il était parti le dimanche 9 août après avoir communié à l’église de Robien de très bonne heure, avant le lever du jour.

Pour chaque défunt, un service est célébré à l’église Sainte-Anne.

En novembre, d’autres mauvaises nouvelles arrivent et un service est dit pour Maurice Eno, blessé à Dixmude et mort à l’hôpital de Dunkerque.

Quand les hommes de la classe 1915 se mettent en route le 18 décembre 1914 pour rejoindre les régiments auxquels ils sont affectés, le curé détaille leur état-civil et leur affectation. Il précise que tous ces jeunes gens ont assisté à deux messes célébrées à leur intention avant leur départ et ont reçu la communion : « Qu’ils demeurent bons français et bons chrétiens ! »

Les blessés sont également très nombreux : François Le Breton, 30 rue Luzel, est blessé au bras droit ; Jean Le Charpentier, 34 rue Luzel, est atteint d'un éclat d'obus au côté gauche, il est hospitalisé à Fougères... La liste est longue.

 

Le 71e Régiment d'Infanterie, une rue porte son nom. Archives municipales

 

 

Les premiers prisonniers

 

Les prisonniers du quartier, détenus en Allemagne ne sont pas oubliés : 

M. Reux ; M. Pléven ; Louis Feurgard ; Ernest Moulin, le sergent Le Gall, tous de la rue Jules Ferry ; l’adjudant Dagort du boulevard Hoche, le sous-lieutenant Guillory de la rue Luzel (ces deux derniers, appartenant à la même compagnie, sont faits prisonniers à Magdeburg le 9 octobre 1914), M. Kerhouse de la rue Luzel. L'abbé Pierre Morcel est également prisonnier.

Un peu plus tard un autre prisonnier est ajouté, M. Kerbiriou de la Croix-Péron.

 

 

 Un Livre d'or

 

Dans une rubrique intitulée « Les braves », le curé indique que « les paroissiens de Sainte Anne continuent à faire bravement et glorieusement leur devoir » mais l’état des lieux des prisonniers, des blessés et des morts montre l’étendue des dégâts. Un appel est lancé pour que les familles de Robien signalent « tout ce qui concerne les paroissiens qui sont au feu ». 

Tout sera consigné dans le bulletin paroissial et constituera le Livre d’or de Sainte-Anne de Robien. L’idée du curé est la suivante : « Nos absents sont en ce moment en train d’écrire une magnifique page de notre histoire paroissiale. Il faut que nos archives conservent à jamais le souvenir de la vaillance et des actions éclatantes, et des blessures et de la mort glorieuse de chacun des habitants de cette jeune paroisse. »

Le patriotisme est mis en avant comme lorsqu’on apprend qu’un généreux donateur a fait cadeau d’un superbe drapeau tricolore à l’église Sainte Anne.

Les récits de combattants apportent de nombreux détails de la vie quotidienne comme celui de M. Pelé, qui écrit le vendredi 23 octobre d’Avesnes-le-Comte dans le Pas-de-Calais. Il donne des nouvelles des destructions subies par la basilique d’Albert, car on lui en a demandé et ajoute: « Ces sauvages semblent avoir pris à cœur de tout démolir sur leur passage ». 

 

La basilique d'Albert et sa statue de la Vierge penchée

Pendant la guerre 14-18, l'abbé Pelé donne de ses nouvelles sur le front et ses courriers sont publiés dans le journal de la paroisse. Les petites et les grandes  histoires s'y côtoient : 

"Nous avons un cantonnement excellent. Il a fallu le disputer aux rats ; mais nous avons  fini par avoir le dessus...  

Nous assistons à la plus grande bataille qui se déroule depuis plus de quinze jours aux environs d'Arras... 

Je suis navré des tristes nouvelles que vous m'annoncez (la mort de trois de nos paroissiens). Veuillez me servir d’interprète auprès des familles éprouvées pour leur dire la part que je prends au malheur qui les frappe et les assurer que je n'oublierai pas leurs chers disparus dans mes prières."

En mars 1915, le bulletin paroissial cesse de fournir des informations car l’abbé Le Roux est mobilisé et son vicaire, l’abbé Pelé, était parti dès le cinquième jour de la mobilisation. 

 

 

Des troupes stationnées à Robien. 1916

 

L'édition de Ouest-Eclair du 17 juin 1916 nous apprend qu'un détachement militaire s'est installé dans la quartier de Robien, dans un chantier en face des Forges-et-Laminoirs.

 

Militaires à Robien 17 juin 1916 Ouest-Eclair

 

Un monument en hommage aux victimes

 

En février 1919, le bulletin paroissial sort à nouveau et l’idée d’un monument pour rendre hommage aux victimes est évoquée sur quelques lignes. Une souscription est ouverte mais le curé attend la signature du Traité de Paix avant de commander cet ouvrage d’art.

En attendant cette réalisation, de nombreux portraits détaillés sont faits des victimes ; des petits articles nécrologiques sont rédigés à partir des éléments fournis par les familles comme pour Auguste Pansart ou encore Auguste Poudoulec.

 

Le dimanche 27 juin 1920, le monument commémoratif des Morts de la Grande Guerre est placé dans l’église Sainte-Anne de Robien. « Il fait honneur et à l’artiste M. Le Goff, qui l’a conçu et exécuté et aux paroissiens qui l’ont offert ». Le monument s’élève à la place de l’ancien autel que le séminaire avait prêté à la paroisse. 

Ce 27 juin, un service est chanté pour les 66 victimes de la paroisse. La bénédiction du monument est accompagnée par de nombreux paroissiens et par une délégation du Conseil municipal, répondant à l'invitation de M. le curé.

 

Ci-dessous, cette facture de l'entreprise de M. Elie Le Goff pour la restauration d'une statue de Duguesclin à Saint-Brieuc nous renseigne sur ses différentes spécialités  : statues religieuses, chemins de Croix en terre cuite, bois et pierre blanche, menuiserie d'églises, autels, chaires à prêcher...

L'entreprise Le Goff était située 27 rue du Légué (voir son portrait plus bas, rubrique Le saviez-vous?).

 

Facture délivrée par la maison Le Goff en 1906. Archives municipales 3L135

 


Retrouvez la liste des victimes du quartier de Robien pendant  la Guerre 14-18  en cliquant ici


Cet autel permet aux paroissiens de venir comme pour un pèlerinage et de méditer et prier devant.

Les inscriptions sont les suivantes :

« La paroisse reconnaissante » 

 

et plus bas 

« Aux enfants de Sainte-Anne de Robien morts pour la Patrie 1914-1919 » 

 

Autour du médaillon : 

« Pro Deo, pro Patria ceciderunt, c’est pour Dieu, et la Patrie qu’ils sont tombés ».

 

Les sculptures symboliques sont les suivantes : Croix de guerre, palmes, fusils entrelacés, ancres, épées.

 

Croix de Guerre

Les noms des 66 victimes sont gravés en lettres rouges. L’idée dominante du monument est pour le curé « l’idée de la rédemption et de la victoire par le sacrifice ». La ville de Saint-Brieuc comptera 925 victimes en tout.

Cet ensemble peut être rapproché de celui réalisé par elie Le Goff à Etables où figure une inscription assez semblable : « Pro Deo, pro Patria. Fortes ceciderunt". 

 

Détail. Église d’Étables. Photo RF 2023

La description complète en est faite par le curé de Robien dans le bulletin paroissial :

"Voyez les sculptures symboliques : ces croix de guerre, ces palmes sur lesquelles s’entrelacent les fusils, les ancres, les épées : tout cela vous dira la force de leurs bras et leurs titres de gloire.


Voyez encore ces deux plaques de marbre, je pourrais dire ces deux pierres tombales, car la plupart d’entre eux n’en auraient jamais d’autres, où les noms des 66 victimes sont gravés en lettres rouges, symbole du sang qu’ils versèrent et de l’amour surhumain qui les anima.

Mais retenez surtout l'idée dominante du monument : c'est l'idée de la rédemption et de la victoire par le sacrifice.


Sous la table de l’autel, dans le panneau du milieu, un médaillon représente la mort du poilu. C’est un petit chef d’œuvre.
Mortellement blessé, le soldat va rendre le dernier soupir. Son fusil est tombé de ses mains défaillantes. Appuyé contre un arbre déchiqueté, réconforté par un prêtre, soldat lui même, le petit Français meurt tranquille, avec la satisfaction du devoir accompli, la figure reposé et  fière et les yeux fixés sur un calvaire qui se dresse à quelques pas. Le sacrifice du soldat rachète et sauve la patrie
".


La chapelle se trouvant encore de nos jours dans l'église de Planguenoual a de fortes similitudes et elle est aussi d’Élie Le Goff (voir page 88 du livre Faire son deuil, construire les mémoires. Yann Lagadec. Éditions A l'ombre des mots).

Église d’Étables. Photo RF 2023

 

Ci-dessous la description complète


 

Le dimanche 27 juin 1920, une cérémonie est organisée pour inaugurer le monument et le bénir. L’église est archi comble. Dehors, presque autant qu’à l’intérieur. Au premier rang il y a une délégation du Conseil municipal, le Conseiller général, le Général, le Colonel, un certain nombre d’officiers, de nombreuses personnes du clergé.

Le lundi 28 juin 1920 se déroule un service pour les 66 victimes du quartier. On peut imaginer la douleur de toutes les familles rassemblées en cette occasion...

 

Qu'est devenu ce monument ?

Malheureusement, ce monument commémoratif a été enlevé de l'église Sainte-Anne de Robien au moment de travaux de rénovation.
Les recherches pour le retrouver n'ont encore rien donné...

 


 Le saviez-vous ? 


Le sculpteur Elie Le Goff (1858-1938) qui a conçu le Monument aux morts de la Guerre de 14-18 pour l'église de Robien n'est autre que le père de ses trois fils Paul, Elie et Henri, sculpteurs comme lui et morts au combat en 14-18. La ville de Saint-Brieuc leur a rendu hommage en désignant l'ancienne rue du Légué où vivait la famille : Rue des Trois frères Le Goff. 

Elie Le Goff a réalisé plus d'une vingtaine de monuments aux morts. Il est aussi l'auteur à St Brieuc des sculptures autour de l'horloge de la Poste, du buste de Villiers de l'Isle Adam. Et le plus émouvant, c'est lui qui a réalisé le médaillon en bronze avec ses trois fils sur la tombe toujours visible au cimetière Saint-Michel (voir ci-dessous). 


Les 3 frères Le Goff. Cimetière Saint-Michel


Fiche Wikipédia Elie Le Goff en cliquant ici

Article très complet sur les oeuvres de la famille Le Goff, sur Breizh-info.com, en cliquant ici



 

D'autres monuments commémoratifs dans les églises

 

De nombreux monuments commémoratifs  ont été édifiés dans les églises pour honorer les victimes de la Guerre 14-18. Ci-dessous, une partie du monument de Lassay-les-Châteaux qui peut avoir une similitude avec celui de Robien. On y retrouve en effet une liste de noms en rouge et des palmes sur les côtés.


Photo Christine Leduc-Gueye

 

 Ci-dessous un autre exemple dans le hameau de Pélasque (06).


Monument 14-18 à l'intérieur de l'église de Pélasque (06)



Ces œuvres, propres à l'église catholique, reprennent les thèmes des monuments aux morts des communes. Mais elles s'en distinguent car elles font figurer les membres d'une paroisse dans les villes, ce qui est différent du cas d'un village où tout le monde est cité. Dans certains cas, le curé peut se réserver le droit de ne pas faire figurer le nom d'un soldat hostile à l'église. Une famille anti-cléricale peut aussi se réserver le droit de ne pas être sur le monument de la paroisse.

Les monuments à l'intérieur des églises se différencient aussi des monuments civils car ils mettent en avant des symboliques religieuses :  sacrifice, consolation et espérance dans le Christ et la Vierge. Elles associent Dieu et la Patrie (Pro Deo, pro Patria), la croix et le drapeau

 

 

L'école des Filles, boulevard Carnot, transformée en hôpital militaire


Germaine Hello, une ancienne élève de l'école des Filles installée alors boulevard Carnot, raconte : "Je me plaisais beaucoup à l'école Carnot... mais pendant l'année scolaire 1917-1918, nous avons dû laisser la place aux blessés de guerre".

 

Ecole des filles, boulevard Carnot. Archives municipales

 

Quand Germaine Hello (Guays par son nom de mariage) raconte que l'école des filles a été fermée à la dernière année de la Guerre 14-18, elle fait référence à cette période où la Ville de Saint-Brieuc avait été obligée de trouver des lieux pour soigner les victimes de la guerre. 

Quatorze hôpitaux étaient ouverts et l'école des Filles, 15 boulevard Carnot était désignée comme "Hôpital complémentaire 100". 

Cet hôpital possédait 122 lits et avait déjà fonctionné du 1er juin 1915 au 10 mai 1916.

 

Hôpitaux accueillants des militaires en 14-18. Ecole des Filles n°8 sur le plan. Document Le Télégramme.

 

Une plaque pour François Clairon

En juin 1920, une plaque va être posée à l'école en mémoire de M. Clairon, instituteur-adjoint à l'école Guébriant et tué en 14-18.


François Clairon 22 juin 1920. La dépêche de Brest.

 

A Saint-Brieuc

Le bilan global des pertes humaines est effroyable sur Saint-Brieuc, la liste qui figure sur le Monument aux morts fait état de 670 victimes. Le nombre des blessés et malades de guerre est équivalent. Le département des Côtes-du-Nord fut le cinquième de France comme nombre d'orphelins de guerre, ou "pupille de la Nation". Les pupilles recevaient des allocations pour aller à l'école ou en apprentissage, jusqu'à 18 ans. En 1922, le nombre de pupilles du département dépassait 12 000, dont 400 à St Brieuc.

En 1918, la Ville voulant honorer son régiment qui avait tant lutté et tant souffert, donna le nom de Rue du 71e Régiment d'Infanterie à la rue du Lycée (Le Braz). Elle donna aussi le nom de Boulevard Clémenceau au boulevard National. Puis en 1919 transforma la Place d'Orléans en Place du 74e Régiment Territorial (d'après J.B Illio, Histoire de St Brieuc 1931).

   

 

Article suivant  

 

La liste des victimes du quartier de Robien pendant  la Guerre 14-18 

  

Le saviez-vous ?

La Guerre de 1870 avait beaucoup marqué les Français avant celle de 14-18. Dans le quartier de Robien, on peut signaler que Jean Durand, habitant au 3 rue de Robien a été récompensé en juin 1912 par l'attribution de la Médaille commémorative de la campagne 1870-1871. Cette médaille a été créée par la loi du 9 novembre 1911.

Médaille de la Guerre de 1870

Le saviez-vous ?

De nombreuses personnes du quartier ont heureusement survécu à cette guerre de 14-18. Ainsi peut-on signaler par exemple Gaston Le Tallec, né à Rouen, habitant 96 boulevard Hoche, employé à la S.N.C.F, marié avec Berthe Cariou, lieutenant de réserve, Croix de Guerre 1914-1918, Chevalier de la Légion d'honneur, décédé dans sa 79e année, dont les obsèques ont eu lieu en l'église de Robien le 18 décembre 1961. (Avis dans l'édition du 16 décembre, Ouest-France)

 

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Sources 

 

Bulletin paroissial, années 1914 à 1920, disponible aux Archives départementales 22; article sur l'autel des Morts juin 1920.


Les représentations de la Grande Guerre sur les monuments aux morts peints en Pays de la Loire. Christine Leduc-Gueye. Open Edition Presses Universitaires de Rennes.


Hôpitaux St Brieuc, forum 14-18, ici 

 

Les Bretons dans la Guerre de 14-18, Jean-Pascal Soudagne, éditions Ouest-France

 

Archives municipales de St Brieuc, factures de M. Le Goff 3L135

 


 


lundi 21 octobre 2024

Les maisons des Forges-et-Laminoirs, cité Vaucouleur, boulevard Vauban et rue Luzel, quartier Robien à Saint-Brieuc.

 

De  nombreuses maisons dans le quartier de Robien répondent aux besoins de logement des ouvriers mais nous avons aussi un bel exemple de maisons des contremaîtres des Forges et Laminoirs. On les trouve au 2, 4 et 6 boulevard Vauban et dans la rue Luzel. L'usine se situait alors entre le boulevard Carnot et le boulevard Hoche. 

Cet ensemble de maisons avec des jardins au milieu était connu sous le nom de "Jardin Vaucouleur", ou "Cité Vaucouleur", en référence à Monsieur Vaucouleur, patron des Forges-et-Laminoirs.

La vue aérienne met en évidence l'orientation de trois maisons vers la rue Luzel et de trois autres vers le boulevard Vauban.

 


Les maisons du boulevard Vauban ont des petits airs de chalets avec leur toiture très pentue. Leurs couleurs vives présentent une originalité dans le tissu urbain du quartier. 

 

Boulevard Vauban, St Brieuc. Photo RF

Les trois maisons de contremaitres de la rue Luzel sont à l'identique, en pierres de taille ; elles possèdent un étage et sont couvertes d'un toit de tuiles rouges.

Maisons rue Luzel, photo RF
 

De petites maisons ouvrières devaient exister également en complément des maisons de contremaîtres mais elles ont disparu. Après guerre, Rue Luzel, il existait aussi des chalets en bois confortables avec jardin, mais ils ont disparu aussi. 

Dans les rues avoisinantes d'autres maisons répondent à la demande de la population ouvrière. En voici quelques exemples rue François Merlet, rue Robespierre et rue Jules Ferry.

Rue Robespierre. Photo RF

Rue Jules Ferry. Photo RF

Rue François Merlet. Photo RF



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Ci-dessous, un article de Ouest-Eclair du 22 décembre 1941 relatant un fait divers qui implique des habitants de la Cité Vaucouleur !



samedi 12 octobre 2024

La famille Mouton, des industriels forains en Bretagne

 

Cet article est lié au départ à l'histoire des fêtes foraines dans le quartier de Robien à Saint-Brieuc, puis plus largement aux autres fêtes foraines du secteur de Saint-Brieuc et de Bretagne. 

 

La famille Mouton est une grande famille d'industriels forains et a de profondes attaches en Bretagne. 

On peut dire aussi qu'au XXe siècle, la famille Mouton est liée avec la famille Figuier, bien connue aussi dans le monde forain en Bretagne. Cela remonte à Abel-Julien Figuier, né le 24 mai 1921 à Carhaix-Plouguer et décédé le 4 juin 1980 à Erquy à l'âge de 59 ans dont les parents étaient Césaire Figuier (1891-1977), marié avec Marie-Antoinette Mouton (1893-1970).

Cet article est écrit à partir d'articles de presse et de recherches sur un site de généalogie, il ne prétend pas faire le tour complet de l'histoire de la famille Mouton et ne demande qu'à être complété (par le formulaire de contact).

On peut aussi se reporter à un article spécifique sur l'histoire de Romain Mouton, appelé le Père Mouton (cliquer ici) et à Marthe Mouton, née Calphas (cliquer ici).

 

 Louis Joseph Mouton (1786-1835)

Le premier Mouton identifié, dans cette famille du voyage, serait Louis Joseph Mouton, de Béthune (1786-1835), un artiste d'agilité, marié à Marie Étienne (ou Étiennette) Larivière, de Versailles (1792-1881). Ils auront un fils, François Mouton.

 

François Mouton (1826-1875)

François Mouton est né le 17 août 1826 à Angoulême en Charente. Il habitait habituellement à Angers. Il se marie avec Catharina Philiberta Bouwmeester (1825-1885). Plusieurs enfants vont naître de cette union : Joséphine 1846, Jeanne Marie Louise 1848, Romain 1850, Marie Louise 1858,Pierre Victor 1861, Abel Édouard 1863, Hélène Louise 1868. François Mouton est décédé le 14 août 1875 à Quimper dans le Finistère à l'âge de 48 ans. Il exerçait comme artiste d'agilité mais à la fin de sa vie il était inscrit comme directeur de théâtre.(fiche généalogique ici)

 

Abel Mouton (1863-1934?)

Abel Édouard Mouton est né le 17 août 1863 à La Couronne en Charente (fiche généalogique, ici). 

Abel Mouton. Registre des naissances 1863. Archives de Charente. La Couronne. Vue 15


Il se marie avec Félicité Carreras (1864-1893) le 12 août 1885 à Roscoff dans le Finistère. Tous les deux sont enregistrés comme artistes dramatiques et vendent aussi de la porcelaine. C'est lors d'un passage à Guingamp que va naître leur fils Camille Mouton. Alors qu'il est veuf, le 27 avril 1904 à Pontivy (56), il contracte un deuxième mariage avec Marie Déline Meslier.

D'après une annonce parue dans Ouest-Eclair en 1934 (ci-dessous), on peut penser que c'est bien d'Abel Mouton dont il est question, au moment de son décès en juin 1934 à Rosporden (Finistère)...  

Abel Mouton a eu 8 frères et soeurs. A noter par exemple que Romain Mouton (1850-1941) est un frère aîné d'Abel Mouton. Un article entier est consacré à Romain Mouton qui s'est installé à Saint-Brieuc en 1915. Article à retrouver ici 

Pierre, un autre frère est mort à Quimper. Abel Mouton avait aussi une soeur qui en se mariant est devenue Mme Lejeune.

Décès Abel Mouton 17 juin 1934 Ouest-Eclair

 

Camille Mouton (1886-1980)

Camille François Mouton est né le 2 juin 1886 à Guingamp  dans les Côtes-d'Armor.

Camille Mouton. Registre des naissances Guingamp 1886. Vue 346. Mention de mariage avec Marthe Calphas. Archives départementales

Camille Mouton est marchand forain. Marthe Calphas (1883-1984) voyage sur les routes de Bretagne avec ses parents, allant de fête foraine en fête foraine. C'est là qu'elle rencontre Camille Mouton. Ils se marient le 25 novembre 1909 à Rosporden dans le Finistère.

Le couple, spécialisé dans la confiserie, circule surtout en Bretagne.

Le 31 août 1957, Ouest-France publie une belle photo de la famille Mouton devant leur confiserie du quai Jean-Moulin.  


On y apprend qu’à Châteaulin, sur le quai de Brest, la famille Mouton venait depuis le début des années 1900 pour présenter « leurs sucreries alléchantes, leurs nougats tentateurs et leurs délicieux berlingots ». Le journaliste poursuit en écrivant : « Les mérites de la famille Mouton résident dans cette solidarité, cette constance et ce bel esprit de famille… ». Sur cette photo de 1957, on voit Mme Mouton entourée de ses enfants et petits-enfants, et à gauche Camille Mouton.

Le couple a eu six enfants dont Édouard (1910 à Chateaulin-1995), Georges-Camille (1912-1999), Paulette (1917-2013) et René (13 mars 1922 à Rosporden-2014). Trois d’entre eux ont continué le voyage, deux sont devenus sédentaires (un à Landerneau et l’autre à Paris).

Marc, appelé Marceau, né le 7 mars 1915 à Pontivy, a été mobilisé en 1939 où il intègre la 25e Division d'Infanterie Motorisée. Pendant ce qu'on a appelé "la Bataille de France", il est tué à Malancourt dans la Meuse le 15 juin 1940.

Édouard, né à Châteaulin, a poursuivi la tradition familiale. Georges est dans la confiserie sur les fêtes foraines. Un troisième tient une loterie et les autres sont dispersés entre Landerneau et Paris.

Camille Mouton est décédé en 1980. (article complet sur Camille Mouton et son épouse Marthe Calphas, cliquer ici)
 

 

Édouard Mouton (1910-1995)

Édouard Mouton et son épouse Renée en 1991

Édouard Mouton est né à Châteaulin le 8 septembre 1910. Il naquit à l'Hôtel des voyageurs au moment où les fêtes de Châteaulin se terminaient. Il se marie avec Renée Grangier. Édouard et son épouse possèdent une attraction d’autos et motos miniatures et une baraque de peluches. On retrouve la trace d'Édouard Mouton en 1967 à Saint-Brieuc.

Ci-dessous, l'emplacement de la famille d’Édouard Mouton (fils de Camille et Marthe Mouton) sur la fête foraine de Robien à Saint-Brieuc en 1967.


En 1974, un article est consacré à Édouard Mouton à Landerneau.

Stand Mouton à Landerneau en 1974


Le 31 décembre 1974, l’édition de Ouest-France en page de Landerneau présente le stand de confiserie de la famille Mouton. En janvier Edouard Mouton explique qu’il "rentre à la bergerie. C’est notre demeure familiale de La Roche-Maurice".
Ensuite le circuit reprend : Landivisau et sa braderie de février, Carhaix, Loudéac, Tréguier et son pardon de Saint-Yves, Saint-Brieuc, Guingamp, Huelgoat, Châteaulin (le circuit de l’aulne), Concarneau, Landerneau, "un circuit qui ne change pas de génération en génération. Il faut que cela continue..."


En août 1977, un autre article est consacré à Édouard Mouton à Châteaulin, place Kerjean. Il est photographié avec son frère à côté de la caravane.

Édouard Mouton 31 août 1977 Ouest-France Chateaulin

En septembre 1991, Ouest-France dresse le portrait d'Édouard Mouton devenu le doyen des forains à l'âge de 81 ans. Il continue de travailler dans sa baraque à peluches. Jamais bien loin, on trouve son frère Georges et sa belle-soeur Victoire.

Édouard est décédé quelques années plus tard en 1995.

Edouard et Renée Mouton 3 septembre 1991 Ouest-France

 

 

Les filles Mouton : Annick, Georgette, Betty


En 1984, dans le livre Profession ? Forain, l'auteure Annie Lorenzo, s’entretient à St Brieuc avec plusieurs personnes de la famille Mouton, en particulier deux sœurs célibataires : Georgette (45 ans en 1984) qui tient un stand de tir et Betty Mouton (40 ans) avec un stand de confiserie. Ces informations ont été mises en ligne sur son site par Joseph Lohou, un passionné de l'histoire de Callac. 

Georgette Mouton à son stand de tir

Betty Mouton dans sa confiserie

Betty et Georgette Mouton dans le stand de tir.


La famille Mouton se déplace uniquement en Bretagne dans le Finistère et les Côtes du Nord. Les deux soeurs suivent une tournée établie à l'origine par leurs parents : Loudéac à Pâques, Callac en mai, Tréguier pour la Saint-Yves, Saint-Brieuc en juin, Guingamp en juillet, puis des petites fêtes à Goudelin, Pontrieux, Huelgoat, Rostrenen, Châteauneuf, Châteaulin, Landivisiau, Lesneven, Morlaix, Concarneau. Carhaix est la dernière étape en novembre. De novembre à mars, elles posent la caravane près d’une maison familiale à La Roche-Maurice. 

Annick Mouton


Dans cet entretien les sœurs Mouton ne cachent pas que toutes les fêtes ne se valent pas et Saint-Brieuc n’est pas la meilleure en 1984 car les marchands forains sont éloignés du centre-ville depuis quinze ans. En périphérie les boutiques sont
seulement ouvertes l'après-midi car dans la matinée il n’y aurait personne.
La famille voyage dans plusieurs caravanes : celle de l’oncle, des parents, celle des deux soeurs et celle de la grand-mère qui est centenaire et suit toujours partout (voir l'article sur Marthe Mouton, née Calphas, ici).

Marthe, l'aïeule de la famille, centenaire.

Les Mouton ont un livret de circulation et leur commune de rattachement est Carhaix. Au moment de cet entretien, Georgette et Betty pensaient abandonner le métier, ainsi que leurs parents qui avaient 74 ans. Elles envisageaient de faire les marchés...

La loterie de M et Mme Mouton

En août 1985 à Rostrenen, Annick Mouton propose une loterie avec des peluches, poupées, oursons… « Nous venons depuis 1947 à Rostrenen. Nous y retrouvons chaque année une foule de gens connus que nous voyons grandir ».

Annick Mouton en 1985 à Rostrenen.

 

A suivre

Article complet sur Camille Mouton et son épouse Marthe Calphas, cliquer ici

L'histoire de Romain Mouton, directeur de cirque et de théâtre ambulant, cliquer ici 

Le théâtre Mouton, théâtre forain, ici
 

 

A suivre, d'autres familles d'industriels forains en Bretagne

 

La famille Audroin, cliquer ici

La famille Chira, cliquer ici

La famille Coéffic, cliquer ici

La famille Descamps, cliquer ici

La famille Drouet, cliquer ici

La famille Figuier, cliquer ici

La famille Greneux, cliquer ici

La famille Hoffmann, cliquer ici

L'histoire de Romain Mouton, appelé le Père Mouton, cliquer ici

L'histoire de la famille Tricoire, cliquer ici 

L'histoire de la famille Watrin, cliquer ici

 

Si vous avez des documents ou des témoignages à apporter sur les familles d'industriels forains de Bretagne, merci d'utiliser le formulaire de contact en haut de page.

 

 

Pour lire l'article sur les Fêtes foraines à Robien et dans le secteur de Saint-Brieuc, cliquer ici

 

Pour retourner au sommaire du blog, cliquer ici

 

Sources

Nombreuses recherches dans les archives de Ouest-France et du Télégramme.

Facebook "Forain d'autrefois", cliquer ici 

Facebook "Fêtes foraines de Bretagne et d'ailleurs", cliquer ici

Article complet de Joseph Lohou, à propos de la famille Mouton, sur son site de l'histoire de Callac, cliquer ici 

 

L'histoire du quartier de Robien à Saint-Brieuc. Sommaire

Le quartier de Robien à Saint-Brieuc s’est vraiment peuplé il n’y a pas plus d’un siècle, mais son histoire présente de multiples intérêts ...