dimanche 28 avril 2024

Fernand CHORON (1894-1992), peintre décorateur ; Marcelle Choron, née Henry (1894-1960), institutrice

1931-1932 Jeu de l'oie des commerçants de Saint-Brieuc



M et Mme Choron étaient bien connus dans le secteur de Saint-Quay-Portrieux, Plouisy et Saint-Brieuc où ils ont vécu et ont exercé dans leurs domaines respectifs : peinture-décoration et pisciculture pour Fernand Choron et enseignement primaire pour Marcelle Choron. 

Fernand Choron.

Fernand Choron (1894-1992) est né le 15 août 1894 à Béthisy-Saint-Pierre, 60320, dans l’Oise en Picardie. Son père était brossier.
Marcelle Choron (1894-1960), née Henry, est née à Lanrodec le 11 février 1894.


Guerre 14-18
Fernand Choron est un combattant de 14-18. Son unité militaire est le 67e régiment d'infanterie (67e RI), domicile lors de la mobilisation : Béthisy-Saint-Pierre (60) ; incorporé à compter du 2 septembre 1914 au 67e régiment d'infanterie ; arrivé au corps le 24 septembre 1914 ; disparu le 24 avril 1915 à Calonne ; prisonnier de guerre à Wursburg Galgenberg où il reste trois années ; rapatrié le 27 décembre 1918 ; passé au 54e régiment d'infanterie ; mis en congé illimité le 15 aout 1919.

Vie familiale et professionnelle
Après-guerre on connaît deux domiciles pour Fernand : le 5 octobre 1921 à Guipel (Ille-et-Vilaine). Le 1er juillet 1929 à Saint Quay-Portrieux.
Fernand Choron se marie avec Marcelle Henry. Fernand Choron exerce comme peintre-décorateur à Saint-Quay-Portrieux, une activité qui marche bien. Marcelle Choron est institutrice. Le couple habite rue Paul Déroulède dans une belle villa (qui a été remplacée par une résidence de nos jours).

9 janvier 1931 Ouest-Eclair

Villa Ker-ar-Men de la famille Choron, rue Paul Déroulède à St Quay

Les Choron ont une vie sociale riche et s’impliquent dans des actions caritatives comme on l’apprend dans l’édition de Ouest-Eclair du 20 février 1933 : une petite troupe de théâtre amateur propose une matinée théâtrale au profit des indigents et on  trouve dans les cinq acteurs M et Mme Choron, M et Mme Leclerc et Paul Cabrol.

F. Choron 20 février 1931 Ouest-Eclair

Puis, au milieu des années 30, pour éviter des frais d’internat à ses deux enfants alors en âge d’aller au collège, la famille s’installe à Saint-Brieuc, 2 rue Saint-Benoit et le commerce de peinture-décoration se trouve rue Glais-Bizouin.


F. Choron 16 mars 1936 Ouest-Eclair

Le couple a eu trois enfants, Suzanne née le 15 mars1921, Henri le 31 août 1922 à Saint-Quay-Portrieux et un fils nommé André, né le 4 octobre 1934, qui était handicapé.


1922 Etat-civil Saint-Quay-Portrieux



Carrière de Marcelle Choron dans l’enseignement.

Dossier personnel Marcelle Choron. Archives départementales 22.

Le dossier personnel de Marcelle Choron, consultable aux archives départementales, permet de retracer sa carrière dans l’enseignement. Après être passée par l’École supérieure de Guingamp, puis par l’École Normale à Saint-Brieuc entre octobre 1912 et juillet 1914, elle est nommée dans son premier poste à l’école des garçons de Saint-Nicolas-du-Pélem le 26 octobre 1914 (48 élèves). L’Inspecteur note à l’issue de son rapport "Débuts qui me paraissent fort bons". 
Rapport d'inspection 1917

Puis, elle demande sa mutation Plounévez-Quintin afin de rejoindre son père âgé qui est le directeur de l’école. Elle arrive dans cette école le 14 septembre 1918. Ensuite elle sort du département en octobre 1920 pour aller à Guipel en Ille-et-Vilaine. En 1922, elle fait une demande pour revenir dans les Côtes-du-Nord afin de sa rapprocher de son mari qui est établi à Saint-Quay. Elle est nommée à Planguenoual dans la circonscription de Lamballe le 6 mars 1922. Après une visite de l’inspecteur le 15 mars 1922, le rapport dressé est élogieux : "Madame Choron, de tenue soignée, est une maitresse très vivante, intelligente, ingénieuse dans ses procédés d’enseignement, qui a le don d’intéresser et de faire travailler méthodiquement les jeunes intelligences."
En octobre 1922, elle est nommée à Trévenais en Lantic. 

Bilan de carrière provisoire en 1922

Mais un congé d’une année lui est accordé à dater du 1er janvier 1923 car elle n’arrive pas à s’occuper en même temps de ses deux tout jeunes enfants.

Mme Choron 22 décembre 1922, demande de congés.

En janvier 1924 la situation n’a pas évolué et le 1er octobre elle est nommée à Pléguien, un poste qu’elle se voit contrainte de refuser pour des raisons de transports et pour ne pas laisser ses deux petits enfants âgés de deux et trois ans, Suzanne et Henri. Un nouveau congé sans traitement est accordé jusqu’au 30 septembre 1926 mais le sera en fait de 1923 à 1935 car elle n’obtiendra jamais le poste qu’elle attendait à  Saint-Quay-Portrieux…En 1935 elle a à charge trois enfants de 15 ans, 13 ans  et  20 mois. Ce dernier ne marche pas encore, accuse un retard et demande des soins particuliers. Madame Choron demande sa réintégration dans l’enseignement sur Saint-Brieuc ou à proximité si possible. L’inspecteur invoquant les longues années sans pratique pédagogique n’accorde qu’un retour dans le corps des suppléants effectuant des remplacements de courtes durées (courrier du 17 novembre 1936). Les suppléances s’enchainent de 1936 à 1938 : à Cesson à Saint-Brieuc à l’Ecole Berthelot, à l’école Carnot…

Mme Choron 1937 école Carnot à Robien

Le premier rapport d’inspection, est rédigé après une visite à l’école de Filles de Saint-Brieuc Berthelot, le 3 février 1937. Mme Choron, en tant que suppléante, est gratifiée d’un onze sur vingt.
Le 20 septembre1937, nouveau poste, à l’école de Binic, la Ville Garel.
Entre 1936 et 1937, Mme Choron aura cumulé 190 jours de travail dans le cadre de ses suppléances.

Le 18 février 1938, l’inspecteur lui met un treize sur vingt, dans une classe unique avec 25 élèves. Il écrit : « Mme Choron poursuit sa réadaptation à la pratique de l’enseignement et les résultats qu’elle a obtenus sont loin d’être négligeables. »
En 1940, les temps sont durs, et Mme Choron se sent obligée d’en parler à son inspecteur. Alors qu’elle se trouve encore en poste à Binic, elle souhaite fortement un poste de suppléante au Légué ou à Saint-Brieuc. Et elle invoque les raisons suivantes : « Mon mari mobilisé et mes ressources  réduites à mon seul traitement ; deux enfants en classe de première au lycée et au collège ; un petit garçon de 4 ans dont vous connaissez l’état. Cette situation m’oblige à rentrer au moins le soir, ce que les moyens actuels de transport ne me permettent pas de faire… A défaut de Saint-Brieuc ou du Légué, j’accepterais Pordic d’où je pourrais rentrer à pied ou à bicyclette. »

Bilan des suppléances de Mme Choron 1936-1937


Finalement c’est en octobre 1941 que Mme Choron est nommée, à titre provisoire à l’école de filles du Légué. Le 7 janvier 1942, c’est sa dernière inspection dans une classe de 33 filles au Légué.

Enfin, Mme Choron va passer devant une commission départementale de réforme le 9 juillet 1942. On décèle des "troubles cardiaques" à Mme Choron et la commission émet un avis favorable pour sa retraite. Ainsi se termine cette carrière qui n’aura pas été un long fleuve tranquille.

L'accident
 

Une quinzaine d’années plus tard, la famille Choron est victime d’un grave accident en octobre 1957, sur la route entre Lamballe et Saint-Brieuc. Fernand est au volant de sa « Versailles », son épouse à ses côtés et leur fils André à l’arrière. Après un dépassement hasardeux, la voiture percute avec violence le camion et s’engouffre sous lui. La presse évoque dans un premier temps des fractures multiples et la nécessité de rester en observation à la clinique du docteur Cadet à Saint-Brieuc pour M et Mme Choron. Mais quelques jours plus tard, Marcelle Choron va malheureusement décéder. Elle est inhumée le 26 octobre 1957 au cimetière Saint-Michel de Saint-Brieuc.

La pisciculture du Trieux à Plouisy

Pisciculture du Trieux 5 août 1959 Ouest-France


Petit retour en arrière pour préciser qu’en plus de ses activités de peintre, Fernand Choron va acheter la Pisciculture
du Trieux dans les années 50 (ou peut-être avant ?). Elle se situe à Plésidy, sur la route qui mène de Guingamp à Corlay, à 15 kilomètres de Guingamp, en bordure du Trieux. 

Pisciculture du Trieux, Plésidy


Pisciculture du Trieux, Plésidy

En 1953, un jugement du Tribunal de simple police de Bourbriac condamne Fernand Choron à verser des dommages et intérêts à l’association de Pêche et de Pisciculture du Trieux.


En janvier 1954 la procédure suit son cours et Fernand Choron va songer à céder son affaire.
En 1959 (ou déjà un peu avant ?), la pisciculture change de mains et le propriétaire est M. Andrieux. C'est l'occasion pour le nouveau propriétaire de présenter son travail à un journaliste de Ouest-France qui publie un long article avec deux photos dans l'édition du 5 août 1959.




Fernand Choron continue de se passionner pour les poissons de rivière. En 1966, il est le vice-président de la société de pêche à la ligne du Trieux et le président du concours de pêche annuel.

Le deuxième mariage
Quelques années après le décès de son épouse, Fernand Choron contracte un deuxième mariage avec Jeanine Marie Angèle PHILIPPE  le 4 octobre 1960 à Saint-Quay-Portrieux. Jeanine est née à Plésidy (22) le 23 juillet 1942. (Acte numéro 36)
Le père de Jeanine Philippe travaillait à la pisciculture de Plésidy et c’est là que Fernand Choron avait vu pour la première fois Jeanine Philippe.
Une fois mariés, les Choron vont s’établir dans le Morbihan, à Cléguer près de Lorient, où Ferdinand va exercer le métier  de pisciculteur (et non d’ostréiculteur comme il sera indiqué dans la presse en 1980). 

Pisciculture de Fernand Choron à Clerguer. Photo de famille

Le couple va avoir deux enfants : Claude Marie André Choron, né à Quimper (29) le 7 décembre 1962 et Bernard René Paul Choron, né à Quimper (29) le 5 avril 1965.

A la fin du mois de décembre 1980, Ouest-France, dans son édition de Lorient, publie deux articles relatant un drame. Il s’agit du décès le 25 décembre 1980 de Jeanine Choron à l’âge de 38 ans, et des deux enfants du couple. Fernand Choron est alors âgé de 86 ans. Les deux enfants décédés sont Claude, âgé de 18 ans et Bernard âgé de 15 ans.
L’article ne cache pas que l’hypothèse d’un empoissonnement des deux enfants est vraisemblable, suivi du suicide de la mère, et ce le lendemain du réveillon de Noël. La mère et les deux fils portaient des traces de piqures. « Les enquêteurs ont trouvé un testament, un important courrier rédigé à l’intention de la famille, du médecin, des locataires ; des chèques étaient préparés pour régler un certain nombre d’affaires ainsi que les frais d’obsèques. Ce sont là les signes évidents d’une détermination mûrie longuement et minutieuse… On savait que madame Choron  était dépressive, sans en connaître les raisons…». (Ouest-France 27 et 29 décembre 1980).
Après cette tragédie, Fernand Choron reste malgré tout à Lorient et c’est là qu’il décède le 12 juillet 1992, à l'âge de 97 ans.

Sources
Archives départementales de l’Oise, 1894, CHORON Fernand,  registres matricules Compiègne N°905.
Archives départementales 22, dossier personnel Marcelle Choron 1T1449
Archives départementales 22, état civil Saint-Quay-Portrieux, 1922, naissance Henri Choron
Ouest-Eclair 9 janvier 1931, annonce ; 20 février 1933, théâtre ; 5 mars 1936, 16 mars 1936 annonces rue Glais-Bizouin.
Jeu de l’oie des commerçants de Saint-Brieuc, 1931, archives municipales.
Ouest-France, 21 mars 1953, jugement pisciculture ; 21 octobre 1957, accident ; 26 octobre 1957, avis d’obsèques Marcelle Choron ; 7 février 1966, 27 et 29 décembre 1980 édition de Lorient, décès de la mère et des deux enfants ; 13 février 2006, avis d’obsèques Henri Choron.
Photos des piscicultures et photos familiales fournies en avril et mai 2024 par Anne-Marie Hot, nièce de Fernand Choron et filleule d’Henri Choron.



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