samedi 30 novembre 2024

Les commerçants ambulants, quartier de Robien à Saint-Brieuc. Titine de Cesson

 

 

Le poisson est tout à fait le type de produits qui se prête bien à la vente occasionnelle dans un quartier.

Dans les années 50, une certaine Titine, vendeuse ambulante de poissons, était connue à Cesson, en ville et à Robien. C'était un personnage haut en couleurs qui a marqué les esprits. Certains la désignent comme "Un monument", d'autres "Une légende" !

De son vrai nom elle se nommait Augustine Boulaire, mariée Buffard

 

Ci-dessous, "Sous la Tour, à Plérin, retour de pêche", carte postale ancienne, 

archives municipales de St Brieuc 8Fi147.


Qui était Augustine Boulaire ?

Augustine Joséphine Marie Boulaire est née le 17 janvier 1910 à Cesson. Au moment de sa naissance, son père n'est pas présent car il est en mer. C'est la grand-mère maternelle qui vient faire la déclaration. L'absence de sa signature est notifiée par les services de l'état civil en raison de son illettrisme. 


Elle se marie avec Eugène Buffard le 12 février 1931 à Saint-Brieuc, le couple aura 3 enfants.

Mention du mariage sur l'acte de naissance d'Eugène Buffard

Le couple habitait au Valais (Cesson) dans les années 30.

 

Ci-dessous, recensement de 1931 Le Valais en St Brieuc, vue 742


Plus tard, on trouve une adresse plus précise au 157 rue de la Corniche à Cesson mais c'est celle de "Titine Baza". 

Augustine est décédée à l’âge de 65 ans le 17 mars 1975. 

Il faut noter que le patronyme Boulaire est fortement représenté dans les hameaux de Cesson. Par exemple en 1931, on en recense 8 à La Mardelle, 10 au Tertre de la Croix, 3 à La Douve, 4 au Chemin du Valais et 21 dans la rue du Valais. Au total 46 Boulaire, dont 3 Augustine Boulaire ! 

Maison (de Titine Baza) au 157 rue de la Corniche à Cesson.

Des souvenirs

Dominique Rault, de St Brieuc qui habitait en ville l’a connue : « Une brave femme qui avait le coeur sur la main... et pas la langue dans la poche. Quand elle avait quelque chose à dire à quelqu'un, elle ne "tournait pas autour du pot". Sa charrette était peinte en vert.

Elle vendait ses maquereaux sous le porche de la chapelle Saint-Guillaume. L'âne connaissait par coeur la route du retour vers Cesson, car parfois la journée avait été longue et usante..."

Certains croient de souvenir qu’ils l’ont vu se battre avec une autre femme de pêcheur, une véritable scène d’un album d’Astérix mais dont l’exactitude est encore à vérifier !

Huguette Kerbarh, née Colin, de la rue Fardel, se souvient plutôt que les poissonnières s’arrosaient les bottes avec des jets d’eau au moment du nettoyage des étals. Elle a aussi le souvenir précis de Titine pesant son poisson avec une balance romaine, « avant de l’envelopper dans du papier journal », ajoute Daniel son frère. Enfin, petit détail qui a son importance, "Elle présentait toujours ses maquereaux dans une corbeille en osier où les poissons prenaient une belle forme recourbée."

Monique Tanghe précise qu'il ne faut pas la confondre avec "Titine Baza" qu'elle a connue quand elle habitait le Valais entre 54 et 60. Titine Baza vendait des maquereaux devant les Nouvelles Galeries (appelé aussi le bazard) avec son bardot qui tirait la charrette.

Yann Gicquel raconte dans le forum des habitants de Cesson que "Si c’est la même Titine que j’ai connue ( j’ai appris qu’il y en avait deux), je l’ai vu se battre avec ma tante Marie Buffard. Mon oncle se prénommait François et  ils habitaient route de la corniche, à une maison l’une de l’autre.
Titine a été la première à avoir un triporteur scooter
."

Claudie Rault habitait rue Jean Bart à Saint Michel à partir de 1956 : "Titine passait pour vendre les maquereaux péchés par son mari. Elle était corpulente et criait " au maquereau, maqueriau frais ". Elle avait une charrette tirée par un  pauvre petit âne chétif. Plein de gens de la rue se précipitaient pour acheter son poisson. Je sortais pour caresser ce pauvre bardot.
Un jour, je devais avoir 4 ou 5 ans, ma tante m'a demandé ce que disait le petit âne. Évidemment, j'ai répondu "au maquereau". L'anecdote est restée dans ma famille et on me l'a régulièrement ressortie plus tard et très longtemps après
".


A Robien, Mary-Noëlle Bourseul, qui habitait rue Cuverville au dessus du dépôt du chemin de fer, se souvient que sa grand-mère lui achetait du poisson à chaque passage.

Christine Quéré venait voir l’été sa grand-mère qui habitait rue Anne de Bretagne. Titine y passait en criant « maquereau-maquereau ». On l’entendait de loin.

Jean-François Garnier, qui habitait rue du Coucou, évoque ses souvenirs de Titine :

"Dans les années 50-60, parmi les marchands ambulants, dans notre coin de la rue du Pré-Chesnay et  du chemin du Coucou, passait toutes les semaines, Titine de Cesson qui  vendait les "maquereaux frais", de "Sous la Tour", s'il vous plait, poisson que son marin-pêcheur de mari ramenait dans son filet.

Titine arpentait le  quartier, assise sur la banquette de sa charrette, tirée par un âne. Sa  corpulence était telle, qu'elle prenait toute la largeur du banc. Les rares  fois que son mari l'accompagnait, il devait se faire tout petit pour  occuper un peu d'espace: faits réels ou souvenirs un peu moqueurs des enfants du quartier ? En tout cas, les poissons étaient frais et on aimait bien Titine de Cesson."

Ci-dessous, photo extraite du livre Saint-Brieuc de ma jeunesse de François Thomas aux éditions du Télégramme, page 56. La photo est légendée ainsi : A Cesson, après la pêche, on allait vendre les poissons au marché, à l'aide de petites charrettes attelées par des ânes.


Yvelyne Boulaire l’a bien connue puisque c’était sa tante (la sœur de son beau-père). C’est elle qui a pu indiquer à quel endroit se trouvait sa tombe à Cesson, une tombe très originale qui représente des voiles de bateaux.

Avec Augustine Buffard (1910-1975) sont enterrés Eugène Buffard, son mari (27 juin 1907 St Brieuc-1992) et Jean-Claude Buffard (1942-1993).

Cimetière de Cesson. Photo R.F 2022

Berthe Hamon, une autre marchande, a également à Cesson une tombe qui se remarque, avec un gros poisson noir.

D'après un commentaire de Pierre Perrin sur ce sujet dans un forum Facebook : Berthe Hamon est née le 18 décembre 1919, décédée le 11 octobre 1985. Son fils Louis ( Loïc) a fait façonner, par Pierre Le Galliou, le maquereau sur la tombe de sa mère.

Christian Lugrezi a connu Berthe Hamon car il étais ami avec son fils :  "Elle allait jusqu'à Saint-Brieuc à pied avec sa carriole vendre ses maquereaux sous le porche de l'église Saint- Guillaume comme plusieurs femmes."

Cimetière de Cesson. Photo R.F 2022

La vente de poisson dans les années 60

D'autres anciens habitants du quartier racontent qu’au début des années 60, il y avait aussi un marchand ambulant de poissons qui criait « maquereaux frais » sur sa drôle de mobylette-triporteur.

En effet, Titine était passée de la charrette au triporteur comme nous l'indique ce fait divers relaté dans Ouest-France du 10 avril 1959 !


Le véhicule de Titine était un Vespa avec une remorque découverte.

Robert Morin se souvient qu'il allait au bal à Bagatelle avec Jean Claude son fils, à 4 dans la benne et 2 dans la cabine.

Modèle de Vespa proche de celui de Titine


D’autres marchands ambulants à Robien

C'est également dans les années 60 qu'un rémouleur s’installe dans la cour de l’immeuble à côté du Square Barillot, rue Edgar Quinet.

Il y avait aussi des personnes qui passaient avec une charrette pour ramasser des peaux de lapins en criant " Peaux de lapins, marchand de chiffons".

 

Le saviez-vous ?

Dans le quartier de Robien, il n’y a pas eu que Titine pour s’approvisionner en poisson. En 1961, on peut se procurer du poisson tous les jours à Robien à la poissonnerie de M et Mme Nachez, 28 rue Aristide Briand. Ce commerce sera repris par M. Crocq dans les années 60.

En 2014, Laurent Trécherel, installé devant le magasin Spar rue Jules Ferry, a proposé une fois par semaine ses produits qui venaient directement de la criée de Saint-Quay-Portrieux.

Poissonnerie ambulante rue Jules Ferry. 2014. Site du C.A.R

 

Le saviez-vous ?

Le 7 octobre 2022, le Maire et plusieurs membres du conseil municipal de Saint-Brieuc étaient à Cesson pour inaugurer le square Rosa Le Mée, dernière vendeuse ambulante de poisson à Cesson.



Si vous avez des documents ou des témoignages à partager à propos de Titine de Cesson ou d'autres commerçants ambulants à Robien, merci d'utiliser le formulaire de contact en haut de page. 

Coiffe de Cesson


Des questions...

 

Un article daté du 24 août 1926 dans Ouest-Eclair fait état d'une certaine Augustine Boulaire qui avait de l'aisance dans le domaine de la navigation puisqu'on la retrouve à la deuxième place des régates du Légué en août 1926 dans la catégorie « canots montés par des femmes ». Marie Boulaire est à la première place… 

Mais est-ce Titine dont il est question dans cet article, on ne peut l'affirmer car les recensements de Cesson montrent qu'il y avait plusieurs Augustine Boulaire ! C'est ce qui peut entrainer des confusions... Une seule est née le 17 janvier 1910...

 

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Sources

Forum du 7 octobre 2021. Comme une bouteille à la mer, Claudie Rault avait lancé une discussion : « Qui a connu Titine, la marchande de maquereaux de Cesson dans les années 50-60 ? ». De nombreuses personnes ont répondu, certains témoignages ont été rassemblés dans cet article.

Forum du 26-27 avril 2022 sur "Tu sais que tu viens de St Brieuc", avec en particulier les contributions de Monique Tanghe, Robert Morin... 

Si vous êtes passionnés par l'histoire de Cesson, n'hésitez pas à vous inscrire dans le groupe Facebook "Cesson et la baie de Saint-Brieuc".

Enquête auprès des services de la ville de Cesson.

Archives départementales en ligne, registres des naissances 1910, vue 11.

Archives municipales, carte postale, Sous la Tour, 8Fi147

Recensement 1931, Buffard à Cesson, vue 742

Ouest-France, accident, 10 avril 1959

Annonces du décès dans Ouest-France du 19, 25 et 26 mars 1975

 

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jeudi 28 novembre 2024

Kervégant, négociant en grains, semences, aliments, boulevard Hoche et rue Guébriant. Saint-Brieuc 1946

 

Papier à en-tête, courrier 1972. Archives municipales

 

Les débuts de l’entreprise Kervégant, 8 boulevard Hoche. 1946 Louis Kervégant

Louis Kervégant (1922-2011) est né le 5 janvier 1922 à Chiré-en-Montreuil dans la Vienne. Il est né dans le Poitou car sa mère est originaire de cette région.  Il est décédé le 12 décembre 2011 à Carnac dans le Morbihan.

Dans un premier temps, Louis Kervégant semble avoir créé une entreprise de transport à Yffiniac, comme le suggère un entrefilet de Ouest-France du 6 février 1946 où il porte plainte pour abus de confiance.


Il crée son entreprise à Saint-Brieuc en août 1946. Il travaille dans les produits du sol, c’est à dire des légumes et des semences

Son magasin et son habitation sont situés au 8 boulevard Hoche qui donne aussi à l'arrière sur le rue Guébriant

Image Google Street.

M. Kervégant possède aussi un magasin de dépôt de 200 mètres carrés édifié sur un terrain de la S.N.C.F. Ses véhicules sont au nombre de 6 comprenant camions, camionnettes et automobiles.

En 1954, Louis Kervégant fait une demande d’adhésion à la société de caution mutuelle des négociants en blé agréés du département des Côtes-du-Nord. Monsieur Le Bigot, négociant bien connu à Saint-Brieuc, est chargé de prendre des renseignements sur la solidité de l’entreprise et des finances de M. Kervégant.

Dans une note de Monsieur Le Bigot, on apprend que l’entreprise est en développement constant et que M. Kervégant parait « sérieux et prudent en affaires ». Ces deux hommes entretiendront des relations de confiance pendant des années.

1961. Carte de voeux adressée à M. Le Bigot. Fonds Le Bigot

Le développement de l’entreprise Kervégant 36 rue Guébriant

Dans les années 60, Louis Kervégant fait localiser son entreprise rue Guébriant, à l'arrière de son habitation où se trouvent des bâtiments de stockage mais aussi des bureaux. Son commerce de produits du sol a pris une telle ampleur qu'il permet d'assurer de l’import-export. 

Sa fabrique produit des aliments pour le bétail et les volailles. M. Kervéguant passe des annonces en avril 1961 en vue de trouver des revendeurs et des dépositaires.

12 août 1972. Ouest-France

Dans une autre annonce du 13 septembre 1973, l’entreprise recherche un magasinier pour silo de céréales et magasin de pommes de terre à Saint-Gérand dans le Morbihan. Le 3 octobre 1973, Ouest-France publie une photo des silos de l'entreprise Kervégant à Saint-Gérand à l'occasion d'un article évoquant le développement de cette commune très bien située au niveau de la gare et près des grands axes routiers.

Ouest-France 3 octobre 1973, les silos Kervégant

 

En 1974, Louis Kervégant  figure sur une liste pour les élections professionnelles à la Chambre de commerce et d'industrie (Ouest-France 13 février 1974). 

Ouest-France 13 février 1974

1975. Courrier de Louis Kervégant à Jean Le Bigot. Archives municipales

A la cessation des activités de l’entreprise Le Bigot en 1980, Louis Kervégant reprendra certains secteurs comme par exemple les exportations de cosses de sarrasin vers le Japon.

 

1980, Alfred Kervégant est associé à l'entreprise

En 1980, l’entreprise change de nom : 
LOUIS ET ALFRED KERVEGANT, société en nom collectif, immatriculée sous le SIREN 319984860. 

Elle restera en activité pendant 6 ans et sera fermée le 1 novembre 1987. Toujours domiciliée au 36 rue Guébriant à SAINT-BRIEUC, elle continue de se spécialiser dans le secteur d'activité du commerce de gros de matières premières agricoles. Elle s'identifie comme « Négociants en Grain ». Alfred Kervégant est associé à son père. Alfred est né en 1956, il est le quatrième enfant de Louis et Anne-Marie Kervégant.

En novembre 1982, Alfred Kervégant se présente aux élections à la Chambre de commerce sur la liste de l’Union Patronale Interprofessionnelle d’Armor U.P.I.A.

En 1986, on retrouve dans la presse les établissements Kervégant au sein d'une fédération, avec une quarantaine de négociants, L'Union des Négociants Bretons, créée en 1985.

On ne trouve plus de trace dans la presse de cette entreprise après 1986, ce qui correspond certainement à la retraite de Louis Kervégant (né en 1922)...

22-23 novembre 1986. Archives Ouest-France


Les traces actuelles des établissements Kervégant 


36 rue Guébriant à Saint-Brieuc, ancienne adresse des établissements Kervégant. Photo 2021.




Le secteur des négociants en produits agricoles et coopératives à Robien.

Repères

Depuis 1894, dans le secteur de la pomme de terre en gros et des coopératives, on avait Le Bigot, rue Jules Ferry. 

A partir de 1899, Laguitton s'est installé boulevard Carnot (jusqu'en 1933).


En 1932 et jusqu’en 1939, on avait Le Bigot, rue Jules Ferry; la Société fermière bretonne, 4 rue Guébriant ; La Briochine (créée en 1936) 5 rue de Robien puis  21 boulevard Carnot et 49 rue Jules Ferry.

Après-guerre, en 48-49, on avait Le Bigot, 6 rue Jules Ferry ; Rio Charles, 35 rue Jules Ferry ; Société fermière bretonne, J. Deschamps, 4 rue Guébriant, Kervégant 8 boulevard Hoche (en 1946); La Briochine, 5 rue de Robien puis  21 boulevard Carnot et 49 rue Jules Ferry.

On va assister à la disparition progressive des négociants en grains dans le quartier de Robien entre les années 60 et 80 :
Le Bigot 1980 ;  Rio Charles ?; Société fermière bretonne 1961 ; La Briochine 1961 ; Kervégant 1987.

 

Le saviez-vous ?

Le petit-fils de Louis Kervégant raconte : "Je sais que mon grand-père avait de nombreux contacts commerciaux avec l’étranger dont l’Égypte et la Hollande et qu’il avait des relations d’affaires qui le conduisaient à recevoir à Saint-Brieuc ces personnes" (Echanges de courriers en septembre 2024).

 

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Si vous avez des éléments pour compléter cet article  (photos, témoignages...) merci d'utiliser le formulaire de contact en haut à droite...

 

A lire en complément sur ce blog

Les établissements Le Bigot, cliquer ici

 

Histoires familiales

L'histoire de l'entreprise Kervégant dans le secteur de Saint-Brieuc trouve ses origines à Yffiniac où s'étaient installés les parents de Louis. On en trouve la trace dans les recensements, comme en 1936 où sont mentionnés Joseph Kervégant, chef de famille, né en 1879 à Guern dans le Morbihan ; Maria Proux, née en 1894, son épouse ; Louis, né en 1922 à Chiré ; Paul, né en 1923 à Guern  (décédé en 2017); Annick, née en 1929 à Yffiniac. 

Joseph Kervégant est décédé à Yffiniac le 28 juin 1969.

Recensement 1936 Archives départementales 22


 

La presse locale a mentionné la naissance de Catherine et d'Elisabeth Kervégant à Saint-Brieuc.

Ouest-France 26 février 1947

Ci-dessus, naissance de Catherine Kervégant au 8 boulevard Hoche, annonce dans l'état-civil de Ouest-France le 26 février 1947

Ouest-France 11 février 1948

Ci-dessus, naissance d'Elisabeth Kervégant au 8 boulevard Hoche, annonce dans l'état-civil de Ouest-France le 11 février 1948


Le 17 juillet 1973 Ouest-France a également parlé de la famille Kervégant en rappelant que Louis Kervégant était le fils du premier directeur et fondateur de l'école libre de garçons de Clégérec dans le Morbihan en 1923..

Louis Kervégant, troisième en partant de la droite sur la photo

 
Louis Kervégant

Sources

Archives municipales,18Z 420 fonds Le Bigot, photos et 18Z440 papier en tête.

Articles de Ouest-France : 27 février 1952, 23 janvier 1953, 8 avril 1961, annonce manutentionnaires 18 août 1972, élections 9 novembre 1982 ; Ouest-France 21 décembre 2011, annonce du décès...

Courriers échangés en septembre 2024 avec Louis Kervégant, le petit-fils de Louis Kervégant, fondateur de l'entreprise.

Généanet, cimetière Carnac, cliquer ici

Site Généanet, fiche sur Joseph Marie Kervégant, cliquer ici

 

 

 

vendredi 15 novembre 2024

Marthe Mouton, née Calphas (1893-1984), épouse Camille Mouton, doyenne des forains en Bretagne


Marthe Mouton, née Calphas à l'âge de 100 ans. Photo Lorenzo Annick

Marthe Mouton, née Calphas, longtemps nommée « la doyenne des forains de Bretagne », vivra jusqu’à l’âge de 101 ans. Nous évoquons ici ses origines et sa vie. Cette lecture peut être complétée par un autre article sur "Romain Mouton, appelé Le père Mouton", ici et l'article actualisé récemment : "La famille Mouton, forains en Bretagne", ici.


La famille Calphas

Athanase Calphas (1837-1915) est né le 10 janvier 1837 en Turquie, il émige en Belgique puis arrive en France et s'installe à Paris où il pratique la photographie, une tradition qui sera suivie par trois de ses fils : Alcibiade, Alexandre et Ferdinand.

Son fils, Alcibiade Calphas, est né à Chrysopolis en Turquie le 16 juin 1863. Chrysopolis est alors sur la rive orientale de Constantinople (la ville est appelée Istambul de nos jours). Il exerce dans le domaine de la photographie et fréquente le milieu des forains de Paris. A Paris, il rencontre Anne Marie Perrine Richeux, née à Chateauneuf (Ille-et-Vilaine) le 8 août 1861. Avant leur mariage, ils vont avoir deux enfants : Émilie Yvonne, née le 1er avril  1881 à Paris 14e arrondissement et Marthe née le 17 septembre 1883  dans le 14e arrondissement de Paris. Alcibiade épouse Anne-Marie Richeux le 5 juin 1906 à Saint-Servan et il reconnait les deux enfants lors de cet acte de mariage. 

Acte de mariage 1906 Saint-Servan. Archives départementales d'Ille-et-Vilaine

Signatures mariage Calphas-Richeux 1906


Émilie et Marthe vont connaître une vie sur la route, allant d’une foire à l’autre. Leurs parents se mettent à leur compte en exerçant la photographie en tant qu'itinérant. C'est l'histoire de Marthe, mariée avec Camille Mouton, qui est développée dans cet article...

Un autre fils d'Athanase Calphas, Ferdinand Mathieu, né le 11 avril 1865 à Anvers (Belgique), va exercer comme photographe itinérant dans l'ouest de la France (Normandie, Mayenne...). En 1906, il se fixe à Ernée en Mayenne (notice complète ici).

Son fils, Georges Calphas, né le 9 septembre 1893 à Mézidon dans le Calvados, va également exercer comme photographe. Un évènement va changer sa vie : lors d’une attaque par les gaz pendant la guerre de 1914-1918, il donne volontairement son masque à l'un de ses hommes et il est grièvement brûlé aux yeux, ce qui lui fera perdre la vue. Pour sa bravoure et son abnégation, il reçoit la Croix de guerre et la médaille militaire. Le 24 juillet 1920, Georges Calphas se marie avec Marceline Renoulin, née au Lude (Sarthe) le 9 septembre 1893, orpheline ayant grandi à Ernée. C’est là qu’ils se sont rencontrés, ont vécu  dans leur jeunesse et que 50 ans plus tard, ils fêtent leurs noces d’or.

Noces d'or Georges Calphas 11 août 1970 Ouest-France



La famille Calphas à Saint-Brieuc
Pour les parents Calphas la route s’arrête au moment de la guerre 14-18 quand les chevaux sont réquisitionnés. M. Calphas se met brocanteur 25 rue de Gouédic à Saint-Brieuc et vend des poneys pour promener les enfants. Alcibiade Calphas serait décédé en décembre 1920 à Saint-Brieuc selon certaines sources mais on ne trouve aucune trace dans les registres de décès entre 1919 et 1922 !
Calphas rue de Gouëdic 4 décembre 1919 Ouest-Eclair

Marthe est séparée de son mari, Camille Mouton, parti servir son pays dans les tranchées pendant la guerre 14-18. Avec ses trois enfants, elle campe sur la place Dugusclin de Saint-Brieuc et essaie de vivre avec quelques francs par jour.

La soeur de Marthe, Émilie, prend aussi ses attaches à Saint-Brieuc où elle se marie avec Ernest Morice le 17 mai 1916.

1916 Registre des mariages Saint-Brieuc Vue 54

Signatures des témoins au mariage. 1916

Mention de Marthe Calphas demeurent sur la place Duguesclin à Saint-Brieuc en 1916

Marthe Mouton, née Calphas (1883-1984)

Marthe Calphas voyage sur les routes de Bretagne avec ses parents, allant de fête foraine en fête foraine. C'est là qu'elle rencontre
Camille Mouton, sur la place à Carhaix, entre les manèges et les roulottes. 

Elle se marie avec lui le 25 novembre 1909 à Rosporden dans le Finistère. Camille François Mouton est né le 2 juin 1886 à Guingamp (et décédé le 24 mai 1970 à Tréguier), dans les Côtes-d'Armor. 

Camille Mouton. Registre des naissances Guingamp 1886. Vue 346. Mention de mariage avec Marthe Calphas. Archives départementales

La famille Mouton est bien connue dans le monde forain : Camille est confiseur et tient aussi une loterie foraine. Le père de Camille était Abel-Edouard Mouton (né en 1863), artiste dramatique puis marchand forain de 1893 à 1909.

Camille Mouton va vivre à une époque où les jeunes passeront de nombreuses années dans l'armée et à la guerre. Tout d'abord il est appelé à faire son service militaire en septembre 1907. Il y reste jusqu'en septembre 1909. Il est rappelé par le décret de mobilisation du 1er août 1914 et entre dans le Deuxième régiment de cavalerie légère à Pontoise. Il est évacué le 5 décembre 1916 et passe dans l'armée territoriale comme père de 4 enfants le 28 octobre 1917. Il repart aux armées le 13 octobre 1918 et enfin, il est envoyé en congé illimité de démobilisation le 29 janvier 1919 où il se retire à Saint-Brieuc pour retrouver sa famille. Il est réformé temporaire et l’État lui verse une pension de 10% en raison de sa santé dégradée après ses années de guerre. Il est totalement libéré de ses obligations militaires le 16 décembre 1930 comme père de 6 enfants.
 

Camille Mouton, états de service, registre matricule 1906. site Grand Mémorial

 

Après leur séparation, de force, pendant la guerre 14-18, Marthe et Camille quittent Saint-Brieuc, où la famille était restée pendant quatre années sans circuler. Marthe Calphas et son mari Camille Mouton reprennent la route ; ils parcourent le Finistère (Carhaix, Landivisiau...), le Morbihan (Pontivy...) et une partie des Côtes-du-Nord (Loudéac...) de Pâques à la Saint-Martin, avec leur confiserie ambulante. Marthe évoque ainsi les fêtes de Carhaix sur le Champ-de-Bataille à la Belle époque : "De grands arbres, gigantesques, ceinturaient la place. Je vendais mes berlingots. Rémy donnait toujours du théâtre. Un cheval faisait tourner le manège de Descamps. Ah ! ces chevaux de bois ! Et le piano mécanique. Quelle poésie ne se dégageait-elle pas de ce rustre ensemble."(Ouest-France 12 mars 1970).

En 1957, Ouest-France dresse le portrait de cette famille qui fait rêver les petits et les grands depuis plusieurs générations : "La famille Mouton représente aux yeux des plus de 50 ans, ces confiseurs nés que nos yeux d'enfants admiraient en leur échoppe du quai de Brest au milieu des sucreries alléchantes, de leurs nougats tentateurs, de leurs délicieux berlingots. Et c'est avec la joie tempérée par la fuite du temps que nous avons retrouvé Mme Camille Mouton, à cette même place, près de ses enfants et petits-enfants, cinquante ans après." La conclusion de l'article est un véritable hommage : "Les mérites de la famille Mouton résident dans cette solidarité, cette constance et ce bel esprit de famille...".

La famille Mouton devant leur confiserie du quai Jean Moulin à Chateaulin. Camille Mouton à gauche. 31 août 1957 Ouest-France



Le couple Marthe-Camille a eu six enfants dont Édouard (1910 à Chateaulin-1995), Georges-Camille (1912-1999), Paulette (1917 à Pontivy-2013) et René (13 mars 1922 à Rosporden-2014). Trois d’entre eux ont continué le voyage, deux sont devenus sédentaires (un à Landerneau et l’autre à Paris). 

De son côté, Marc, appelé Marceau, né le 7 mars 1915 à Pontivy, a été mobilisé en 1939 où il intègre la 25e Division d'Infanterie Motorisée. Pendant ce qu'on a appelé "la Bataille de France", il est tué à Malancourt dans la Meuse le 15 juin 1940. 

Base Mémoire des Hommes.

Paulette est née à Saint-Brieuc et elle a exercé dans la confiserie. Elle est décédée à Morlaix le 21 avril 2013.
 

Le couple Mouton-Calphas fait l’objet d’articles dans Ouest-France à plusieurs reprises. 

Mme et M. Camille Mouton. 2 juillet 1965 Ouest-France
 

Tout d’abord Le 2 juillet 1965, la page de Ouest-France à Guingamp interroge M et Mme Camille Mouton, "un couple sympathique", en retraite mais qui continue de vivre le pardon de Guingamp avec les enfants qui ont pris la succession : "Les Vatrin, Hoffmann, Buffard, Mouton sont des noms sans lesquels il n’y aurait pas de fête foraine. Ils y viennent depuis des dizaines d’années et ont acquis le droit de se dire Guingampais". Ses parents tenaient le Théâtre Mouton qui donnait pendant un mois (le cinéma n’existait pas encore) de remarquables représentations dont se souviennent encore d’anciens Guingampais. Camille Mouton fut placé en nourrice à Saint-Agathon et fit ses études à l’école primaire supérieure de Guingamp. Il participa à la guerre 14-18 et se vit décerner la Croix de guerre et la médaille de Verdun.

Mme et M. Camille Mouton devant leur roulotte. 2 juillet 1965 Ouest-France

 

En 1966, au moment de la fête foraine de Morlaix, on trouve la famille Mouton avec ses installations qui regroupent une loterie, un stand de tir et une confiserie. Sur la photo Marthe Mouton est à droite.

"Le consortium Mouton (loterie, confiserie, tir)" 6 octobre 1966 Ouest-France Morlaix

Le 26 novembre 1969 dans la page de Concarneau, leurs noces de diamant sont célébrées à Concarneau, ce qui vaut une superbe photo de famille devant la roulotte !

"Tous deux ont le sourire, simple et tranquille, celui qui vient du coeur."

"Pour raconter cette aventure des gens du voyage arrivés presque au terme du soir de la longue et harassante journée, il faudrait la plume du poète, celle du vieux Max : "Ménage ton manège, manège ton ménage. Mets des ménagements au déménagement". Le père Mouton  a su faire l'un et l'autre, ce qui veut dire que le ménage est bon...Pas de falbala, pas de bruit, hier pour la fête chez les Moutons, le soleil était là, glorieux. C'était sans doute le plus bel ornement de ces noces de diamant..."

Camille Mouton et Marthe dans la roulotte. 26 novembre 1969 Ouest-France


Ensuite, Marthe Mouton est recherchée par les journalistes locaux qui veulent à tout prix rencontrer et photographier la doyenne des forains de Bretagne ! 

12 mars 1970 à Carhaix. Ouest-France

 Le 12 mars 1970, dans la page de Carhaix de Ouest-France :
« Une caravane aux couleurs chatoyantes que l’on devine entretenue avec le plus grand soin se distingue au milieu du parc abondamment garni en cette veille des grandes foires de mars sur la place du Champ-de-Bataille. Toujours coquette à 87 ans, accueillante à souhait, Mme Mouton reçoit le visiteur avec une franchise particulière. Elle vous fait pénétrer dans son domicile, un deux pièces à bonne température. Une place existe pour chaque chose et chaque chose est à sa place. M. Camille Mouton vous accueille avec un sourire « large comme ça » et sans plus attendre vous retrace les étapes de sa carrière peu banale. « Mes parents étaient des saltimbanques. Vous savez, ces hommes qui faisaient du théâtre sur la place, à la lueur des lampes à pétrole ». Mais bientôt, le théâtre forain qui eut ses heures de gloire ne fit plus recette. Il fallut, déjà à cette époque, se recycler, se reconvertir. "C’est ainsi que je devins marchand de berlingots. Un seul métier ne suffisant pas pour nourrir huit bouches, on monta une loterie".
 

12 mars 1970 à Carhaix. Ouest-France

Le 2 avril 1970, dans la page de Loudéac de Ouest-France, Camille Mouton est interrogé, il est alors âgé de 84 ans. 

La famille Mouton à Loudéac. 2 avril 1970 Ouest-France
 

Rappelant qu’il compte beaucoup d’amis à Loudéac, M. Mouton ajoute : "Je connais aussi fort bien les rivières loudéaciennes, j’y ai pêché une fois jusqu’à 120 truites !".  

Il poursuit sur la modernisation du matériel : "Notre principal travail, c’est le montage ! Ce n’est pas un travail de forçat mais il faut le faire et avoir la technique. Autrement, question de jeux, c’est la loterie principalement. Après elle, il y a les manèges enfantins, le tir, la confiserie…". Avec leurs caravanes, ils effectuent pas moins de 2000 kilomètres par an, uniquement sur les routes de Bretagne. 

Madame Mouton poursuit : "Mes parents étaient forains quand je suis née. Ils rayonnaient dans les environs de Paris et en Normandie à l’époque. Mais je suis en Bretagne depuis l’âge de 7 ans".
 

La famille Mouton à Loudéac. Dans l'atelier, on bosse ! 2 avril 1970 Ouest-France

En 1976, alors qu'elle atteint ses 93 ans, Marthe Mouton ne rechigne pas à raconter son histoire (c'est ce qui a servi à rédiger en partie cet article).


Camille Mouton, son mari, décède en 1980. En 1981, Marthe Mouton est photographiée aux Fêtes de la Sainte-Barbe à Callac.

Marthe Mouton 25 juillet 1981 Ouest-France


En 1982, Ouest-France se pose la question : Mme Camille Mouton est-elle la doyenne des foraines en Bretagne ? Dans cet article, elle raconte comment elle est venue pour la première fois avec ses parents forains aux fêtes de Chateauneuf-du-Fou en 1893 ! Le journaliste est étonné de sa vitalité et ajoute qu'elle a toujours le mot pour rire...


 

Marthe Mouton 31 août 1982 Ouest-France

En novembre 1984, la doyenne des forains décède dans sa 101e année sur la place du Champ-de-foire à Carhaix.


La doyenne des forains est partie mais la famille Mouton continue de faire les beaux jours des fêtes foraines en Bretagne...

 

A suivre

La famille Mouton, industriels forains en Bretagne, cliquer ici

Histoire de Romain Mouton(1850 Lafrançaise-1941 Saint-Brieuc), cliquer ici

 

Sources
Nombreux articles de Ouest-France et du Télégramme

Archives départementales des Côtes d'Armor, d'Ille-et-Vilaine, du Morbihan et du Finistère.

Site Généanet, Alcibiade Calphas, cliquer ici

Site portrait sépia, des photographes en France, cliquer ici

Photo en couleurs de Marthe Calphas dans "Profession Forains", Lorenzo Annick Paris-Éditions Charles MASSIN-1985; publiée sur le site de Joseph LOHOU(décembre 2009-février 2017)
 

Registre matricule Camille Mouton sur le site Grand mémorial, cliquer ici

Notice sur Athanase Calphas, photographe, cliquer ici

 

A suivre, d'autres familles d'industriels forains 

en Bretagne :

 

La famille Audroin, cliquer ici

La famille Chira, cliquer ici

La famille Coéffic, cliquer ici

La famille Descamps, cliquer ici

La famille Drouet, cliquer ici

La famille Greneux, cliquer ici

La famille Hoffmann, cliquer ici

La famille Mouton, cliquer ici

L'histoire de Romain Mouton, appelé le Père Mouton, cliquer ici

L'histoire de la famille Tricoire, cliquer ici 

L'histoire de la famille Figuier, cliquer ici

L'histoire de la famille Watrin, cliquer ici 

 

Si vous avez des documents ou des témoignages à apporter sur les familles d'industriels forains de Bretagne, merci d'utiliser le formulaire de contact en haut de page.

 

Pour lire l'article sur les Fêtes foraines à Robien et dans le secteur de Saint-Brieuc, cliquer ici


L'histoire du quartier de Robien à Saint-Brieuc. Sommaire

Le quartier de Robien à Saint-Brieuc s’est vraiment peuplé il n’y a pas plus d’un siècle, mais son histoire présente de multiples intérêts ...