vendredi 1 août 2025

Les bistrots de la rue Luzel dans le quartier de Robien à Saint-Brieuc


La rue Luzel a eu de nombreux cafés et restaurants dont les noms sont resté dans les mémoires comme Les Trois Marchands, le bar de Lulu, le Café Hamon puis Chez Boulma, et Chez Josiane.
Déjà en 1896, route du Carpont, en partant du chemin de fer et en allant vers le Carpont, on a Guillaume Gariloup (ou Garilloux?), aubergiste ; Aimée Hamon veuve Dily, débitante; Jean Marie Vrot, aubergiste ; Pierre-Marie Lecoq, débitant.
Comme pour le boulevard Carnot, en 1901, dans le recensement de la population on apprend le nom de trois propriétaires de débits de boissons et d'un aubergiste dans la rue du Carpont (au bout de la rue Luzel) mais il est difficile de les situer car les lieux ont beaucoup changé. Les propriétaires mentionnés sont donc les suivants : au numéro 95 Louise Viémont (veuve) née Balavoine, débitante de boissons, au numéro 97 Guillaume Garilloux, aubergiste et Marie-Françoise Le Dily (veuve) née Hamon, débitante de boissons.

En 1906, il est question de Jeanne-Marie Robert (veuve) née Eono, débitante de boissons et de Pierre Le Coq, débitant.
Pour rester à une époque plus récente, nous partons du rond-point au bout du boulevard Carnot pour descendre en direction de Ploufragan. Le début de la rue pose un problème car, au numéro 4, à l'emplacement de l'immeuble moderne de la SBAFER il faudrait trouver une photo des lieux avant cette construction des années 70.

LE CAFÉ STENOU, LE CAFÉ HAMON, CHEZ BOULMA, La Belle Issue, L’Émeraude, 6 rue Luzel
En 1906 au numéro 6, Joséphine Carrée (née Hingant), née en 1876 à Lanouée, était inscrite comme débitante dans le recensement. Les deux filles Louise et Anne sont nées à Saint-Brieuc en 1904 et 1906.
Plus tard, dans les recensements de 1931 et 1936, au même endroit, on trouve Yves et Françoise Stenou exerçant la profession de cafetiers.
En 1946, Berthe Michel, née Stenou, était la propriétaire du café.
Le café-restaurant Hamon existait dans les années 40, toujours au numéro 6 de la rue Luzel, sur la droite, en venant de la Croix-Mathias. On trouve encore la trace d'un café Hamon à la fin des années 50, années 60 et 70 (le 20 janvier 1968, réunion des retraités des PTT de la CGT au café Hamon, annonce Ouest-France ; réunion du Vélo-sport briochin, 19 novembre 1977...). La famille Hamon avait une clientèle importante des ouvriers du quartier mais elle faisait aussi pension et hôtel pour les gens de passage (la gare n'était pas loin).
Au café Hamon,19 septembre 1960 Ouest-France
C'est de nos jours un grand bâtiment blanc de 3 étages, dont le rez-de-chaussée était occupé par le café-restaurant. Dans les années 2020, on pouvait encore voir peu distinctement les inscriptions "Café-restaurant".
6 rue Luzel à St Brieuc
Dans les années 1987-1988, un café-concert s'est installé, il s'appelait La Belle Issue (article complet en cliquant ici).
Enfin, un bar s'est de nouveau installé sous le nom de L’Émeraude, il était tenu par Salah et Violette Boulma qui tenaient avant le Café Robinson. L'ouverture de L’Émeraude a eu lieu le samedi 21 octobre 1989. L'établissement était aussi connu sous le nom de "Chez Boulma". 
Né en Algérie française, Salah Boulma est arrivé en France à 13-14 ans en 1953, il a fini par atterrir à Saint-Brieuc en 1957 pour participer à la construction du pont d'Armor. C'est à Saint-Brieuc qu'il rencontre par hasard sa future épouse devant le magasin de chaussures Boulbain. Le 1er août 1960, à 22 ans, il épouse Violette Pichon à la mairie de Saint-Brieuc. Violette Pichon est née à Dreux en 1938. De leur union sont nés Pascal en 1961 puis Véronique en 1974. Habitant Plérin depuis 1969, le couple a tenu plusieurs établissements : Le café Robinson, rue de Beauregard en 1976, l’Émeraude à Saint-Brieuc en 1991 et enfin l'Eclipse à Saint-Laurent-de-la-mer jusqu'en 2000. (D'après un article de Fabienne Richard dans l'édition de Ouest-France du 29 septembre 2013 et un autre du 11 août 2025).
Salah Boulma devant la mairie de Saint-Brieuc. Photo Ouest-France 2013

Le patron de l’Émeraude servait de bons coucous. il y avait aussi des allées de boules. Les Boulma sont  ensuite partis à Saint-Laurent-sur-Mer où ils ont ouvert L'Eclipse.
L’Émeraude 21 octobre 1989 Ouest-France

M et Mme Boulma lors de leurs noces d'Or, 2 août 2020 Le Télégramme

Noces de palissandre,Plérin,11 août 2025 Ouest-France

LE CAFÉ LE NOUVEL, LE CAFÉ MARCHAND puis LES TROIS MARCHANDS 12 rue Luzel
Au numéro 12, en 1906, Marguerite Stenou, née Glo, née en 1875 à Saint-Donan, est inscrite comme débitante. Son mari est Yves Stenou, né en 1876 à Cohiniac.
Dans les années 30, Jean et Célestine Le Nouvel étaient installés comme cabaretiers au 12 rue Luzel (recensements de 1931 et 1936).
Puis après 1945, en 1947 précisément, l'établissement a été repris par M et Mme Le Marchand. Ils avaient travaillé auparavant à Guingamp. Ils ont appelé le bar-restaurant « Les trois marchands ».  Les 3 Marchands ce sont les trois enfants de la famille, Léone, son frère et sa sœur. Cette histoire familiale est racontée par Léone Le Marchand dans l’édition du Télégramme du 26 janvier 2001.
Bar Les trois marchands 26 janvier 2001 Le Télégramme, article de Pierre Fenard
Elle n’avait que 6 ans quand ses parents ont pris la tête de cet établissement. : « C’était l’époque des Forges-et-Laminoirs ou des deux brosseries du boulevard Laennec : ici c’était la zone industrielle de Saint-Brieuc. Le café était entouré d’usines et les ouvriers venaient réchauffer leurs gamelles, le midi, sur la gazinière de maman. Ils n’avaient pas beaucoup de sous et ne pouvaient pas s’offrir le restaurant. Mais ils se parlaient, se rencontraient au détour d’une table en formica et connaissaient la valeur des petites choses : « Les ouvriers du laminoir, ils avaient toujours chaud. Ils nous cuisaient des pommes de terre dans la cendre et ils nous les apportaient, le midi, dans leurs tabliers. » 
Café Le Marchand, rue Luzel, 29 avril 1955 Ouest-France
La propriétaire en 1961 est Mme Yvonne Roland, son établissement est immatriculé au registre du commerce depuis le 22 mars 1961. A la disparition de ses parents, Léone (Kerrirzin), la fille de la maison, reprend l'affaire le 8 juillet 1980, avec son mari Gérard, après avoir passé une quinzaine d’années en Haute-Savoie. Elle ne change rien, le comptoir a bien 45 ans ! 
Gérard et Léone Le Marchand. Le Télégramme 9 mars 2001
En 2001, « Le formica habille toujours le comptoir, les tables restent celles d’un vrai bistrot, un bistrot de quartier. Chaque midi une trentaine d’ouvriers du coin viennent immanquablement déjeuner, sûrs de retrouver les habitués… Michel l’ancien boucher du quartier vient aiguiser les couteaux de Léone à l’heure du déjeune ». Le petit cordonnier installé en face du café, près du jeu de boules de chez Hamon.
Le café accueille le 4 mai 2001 un Bistrot de l’histoire pour retracer un siècle d’histoire de Robien. Pierre Fenard coordonne l’opération avec Christian Bougeard, et de nombreux témoins sont invités à partager leurs souvenirs sur la gare, les Forges-et-Laminoirs, les luttes contre la guerre d’Indochine…
L’établissement ferme le 16 juillet 2002.
12 rue Luzel; Les trois marchands

ANECDOTE
Claude Corack se souvient que son père qui travaillait comme chauffeur de four aux Forges-et-Laminoirs Vaucouleur allait régulièrement au café Le Marchand à la fin des années 40. Il se souvient des réunions syndicales de la CGT qui se tenaient dans ce café.

Un bar au numéro 14
Marie-Louise Le Dily veuve, née Hamon, est inscrite comme débitante en 1906.

Un bar au numéro 57
Pierre et Marie Lecoq sont inscrits comme débitants en 1906.

LE CAFÉ DUDAL, CHEZ JOSIANE au numéro 60.
Photo Ouest-France 28 août 2010
Un bar-épicerie est créé en 1896 à l’angle des rues Cuvervile et Luzel, mais l'adresse est celle du 60 rue Luzel. Josiane Dudal (née L’Hôtellier) a été la dernière propriétaire alors que son arrière-grand-père avait acheté cette échoppe en 1896. 
Louis Hillion et son épouse Marie, dans les années 30 (recensement de 1936), puis Tonton Pierre, l’oncle de Josiane qui est resté derrière le comptoir de 1942 à 1957, Mme Lelévrier et M et Mme Quenesson lui ont succédé. 
En mai 1969, Josiane L'Hôtellier a repris l’affaire. Avant les apéros de voisins organisés dans le quartier, un repas fin juin avait lieu devant le café. « Chez Josiane » a fermé en août 2010.
Texte de l'article du 24 octobre 1996 à lire ci-dessous

Article du 24 octobre 1996 Ouest-France

Le café-épicerie du coin.  

Josiane L'Hôtellier tient depuis 27 ans un des derniers café-épiceries de Saint-Brieuc, situé à l'angle des rues Cuverville et Luzel. On y croise les femmes du quartier qui font quelques courses, les hommes qui préfèrent discuter au bar et Josiane aux commandes.

Chez Josiane, on assiste parfois à des tours de magie. Des allumettes qui flambent rien qu'en se frottant sur un revers de veste, des tours de passe-passe avec un doigt qui amuse tout le monde. Que l'on vienne le matin, le midi ou en milieu d'après-midi, il y a toujours deux ou trois clients fidèles pour faire rire Josiane. Josiane qui gère ce café depuis l'âge de 23 ans doit alors jongler entre les blagues de ces clients de bar et la caisse de son épicerie. ¿ Je passe mon temps à courir entre les deux ! » Pourtant Josiane ne cherche pas à rivaliser avec les grandes surfaces. "J'essaye de dépanner le mieux possible les habitants du quartier avec des produits courants. » Quand Josiane n'est ni au café, ni à l'épicerie, elle n'est sûrement pas très loin. Essayez le jardin, dans la cour !


Ouest-France. 29 Août 2010

Article du 29 août 2010.  Ouest-France

A Robien, la fin d'une institution datant de 1896

L'histoire

C'était une institution dans le quartier. L'un de ces estaminets qui voient défiler des générations. Le bar-épicerie de la rue Luzel, quartier de Robien, baisse définitivement le rideau le 31 août, faute de repreneur après le départ en retraite de Josiane L'Hôtellier, la tenancière depuis 42 ans.

Mardi, les brèves de comptoir résonneront pour la dernière fois dans le bar du Pré-Chesnay, devenu depuis Chez Josiane. Une échoppe achetée en 1896 par son arrière-grand-mère, puis transformée en épicerie bar où le cidre est incontournable.

Une lignée familiale

Quelques années plus tard et pendant une quinzaine d'années, Mme Hillion en devient la tenancière. Puis il y eut Tonton Pierre, l'oncle de Josiane. Il passe 15 ans derrière le comptoir, de 1942 à 1957. À son départ, Mme Lelévrier, M. et Mme Quenesson se succèdent. Le 8 mai 1969, Josiane reprend le bistrot alimentation.

À l'époque, le quartier de Robien est un quartier industriel. Les ouvriers et autres clients affluent nombreux. « J'ai aimé cette période, jusqu'à la fin des années 1970. C'était vivant. Depuis, les clients se font de plus en plus rares. »

Le bar de la rue Luzel était devenu un véritable lieu de rencontre et de vie pour les gens du quartier. Qui des habitués n'a pas pris un p'tit verre sur le zinc de l'échoppe pour papoter avec Josiane ou d'autres clients ?

A l'instar d'Yves, un fidèle client qui regrette la fermeture. « J'aimais bien venir ici. J'y rencontrais toujours les mêmes personnes et surtout la gentillesse de Josiane avec qui j'adorais discuter. Ça m'occupait. Où vais-je aller maintenant ? »

C'est non sans un brin de nostalgie que Josiane, à 64 ans, décide de prendre une retraite bien méritée. Elle remercie « tous ses clients qui n'ont parfois pas hésité à donner un coup de main au moment où elle a été confrontée à la maladie. »

En 2010, sur la rue Luzel avec l'enseigne BAR Alimentation. Image Google


En 2010, avec l'enseigne BAR. Image Google

En 2020. 60 Rue Luzel


ANECDOTE
Claude Corack se souvient qu'un peu plus haut que le café DUDAL sur la droite, après la rue du Pré Chesnay, il y avait une ferme avec quelques vaches. Le fermier menait ses vaches sur le Tertre dans l'ancienne scierie pour se nourrir des herbes. Tout ça c'était à la fin des années 40...

 
CHEZ CARRO puis CHEZ ROUALLAN et plus tard CHEZ THÉO, au 61
Au 61 rue Luzel, il y avait déjà dans les années 40 un bar-épicerie-restaurant que l'on l'appelait "Chez Carro". Le fils Carro est devenu ensuite patron d'une petite menuiserie sur le tertre Marie-Dondaine, en bordure de la rue Luzel.
Au début des années 60, le bar a changé de nom pour s'appeler "Chez Rouallan". On y rentrait sur le côté et le bar occupait tout ce côté du rez-de-chaussée de cette grande maison en granit, juste avant le pont. Plus tard, on a appelé ce bar "Chez Théo". Théo a repris ensuite le "Bar de l'espérance".
61 rue Luzel. Photo RF


ANECDOTE
Roger Gicquel dont la mère tenait le bar juste à côté de "Chez Carro" se souvient qu'au début des années 60, il y avait une télé dans la famille Carro. 
Les enfants du voisinage venaient voir les grands événements, c'est ainsi que Roger se souvient d'avoir vu le combat d'Henri Corack pour un championnat de France. "C'était un peu l'idole du quartier !"
LE BAR DES DEUX PONTS, CHEZ GICQUEL, au 65 rue luzel
Au 65 rue Luzel, après le pont en allant vers Ploufragan, c'était un bar-épicerie appelé "Le bar des deux ponts". Il était tenu par François Pécheux dans les années 30 (recensement de 1936) et jusqu'au début des années 60. 
La photo ci-dessous montre le bar avant la construction du Pont de chemin de fer au-dessus de la rue Luzel.
Photo archives départementales. Fonds Henrard
 
Ensuite, vers 1965, c'est Francine Gicquel qui a repris l'affaire mais avant elle tenait déjà un bistrot sur le même côté de la rue, un peu plus haut en allant vers le Carpont. Son mari avait une entreprise où il vendait du cidre. On y trouvait un peu de tout, de l'épicerie, de la charcuterie, des pointes, des casseroles, des cigarettes etc. Les gens disaient c'est "Le petit Mammouth" (du nom d'une chaine de grandes surfaces de l'époque). Le bar faisait aussi resto ouvrier. Beaucoup de cheminots s'y retrouvaient et les gens du quartier y faisaient aussi leurs courses. Les ouvriers de l'usine Sambre et Meuse représentaient aussi une clientèle assidue.
65 rue Luzel



ANECDOTE
Roger Gicquel, le fils de la maison se souvient :
"Quand les gens parlaient du bar de mes parents, on disait "Le bar des deux Ponts" et au début des années 50 sur le pont, c'était écrit avec du goudron "Pont Henri Martin" du nom d'un militant communiste, opposé à la Guerre d'Indochine...
C'était un bar qui marchait très bien, il faut dire qu'à cette époque les ouvriers ne savaient pas rentrer chez eux sans boire un coup au bistrot !
Les gens prenaient "à l'ardoise". Ils avaient un compte ouvert et tous les 5 mois, ils venaient régler. Il fallait faire des additions à n'en plus finir...Le bar faisait aussi restaurant et quand les gens avaient leurs congés on organisait "les têtes de veaux". Ces grands repas étaient très arrosés, ça buvait beaucoup et mon père, Roger, devait remettre de l'ordre. Il fallait souvent raccompagner les clients chez eux."

LE BAR DE LULU
Rue Luzel, il se dit qu'il y avait aussi "Le bar de Lulu" qui a quitté le quartier en 1965 et s’est installée aux Villages. Il reste à le localiser...
 
Paroles d'habitants
 
Souvenirs des années 50, de Lucien Pally, un ancien habitant de la rue Luzel :
« De Sambre et Meuse à l’entrepôt de chemin de fer où œuvraient 450 apprentis, de l’usine Glémot qui fabriquait des sandales en caoutchouc, aux cimenteries Gaudu, des brosseries Bullier aux célèbres conserveries Saupiquet, toutes les fabriques laissaient échapper, chaque midi, des flots de travailleurs qui se pressaient dans les cafés du quartier »

 
Retour à la maison (le sommaire) ICI

Si vous avez des commentaires ou des documents sur l'histoire de Robien (bistrots ou autres), vous pouvez utiliser le formulaire de contact en haut à droite de la page, en laissant votre adresse mail pour que je puisse vous répondre.

 
Sources

Archives municipales, dossier de presse des années 1996 et 1998 avec des articles de Ouest-France.

Archives départementales en ligne. Recensement de la population 1901, 1906, 1911, 1936.
Archives départementales en ligne. Fonds Henrard. 26 Fi 358
Site internet, greffe du tribunal de commerce.

Merci à toutes les personnes qui ont apporté des précisions sur les bars de la rue Luzel : Alain Le Flohic, Josiane L'Hôtellier, Roger Gicquel, Claude Corack, Gérard Huet et Guy Flageul  Entretiens réalisés en mai, juin et décembre 2020



 

 

 

mardi 10 juin 2025

Marie Bouguereau-Botrel (1873-1937). Légion d'Honneur 1931

Marie Bouguereau. 1925 

Mme Bouguereau-Botrel est une personne du quartier de Robien dont la vie mérite d’être mise en valeur. Avec son mari, M. Gaston Bouguereau, né en 1869 au Mans, agent d’assurance et conseiller municipal, elle habitait la maison du 49 de la rue Luzel.

Acte de naissance Marie Botrel. Archives de la Sarthe


Une carrière exemplaire

Marie-Ange-Françoise Botrel est née le 4 août 1873 au Mans. Elle se marie avec Gaston Bouguereau le 10 septembre 1895 au Mans d’où ils sont originaires tous les deux. 

En 1907, on trouve une première trace dans les archives de la Croix-Rouge de Saint-Brieuc de la présence de Mme Bouguereau-Botrel lorsqu'elle devient infirmière diplômée. "Déjà vingt infirmières ont obtenu leur diplôme, certifié par le comité central". 

Registre contenant les archives de la Croix-Rouge de Saint-Brieuc

 
Première page du registre ouvert le 23 février 1887. Archives départementales


Mention de Mme Bouguereau

En 1908, Mme Bouguereau est citée dans le bulletin de la société de secours aux blessés militaires : Le dimanche 2 août 1908 est organisé une grande fête sportive à Saint-Brieuc et sous une tente, décorée du drapeau de la Croix-Rouge, se tiennent prêtes de nombreuses personnes du service médical dont  Mme Bouguereau-Botrel.

Lors de l'assemblée générale du comité de la Croix-Rouge de Saint-Brieuc, elle intègre "les 24 membres devant composer le Conseil des Dames". (Registre des archives de la Croix-Rouge, page 44)

 

Pendant toute la guerre 14-18 

Archives de la Croix-Rouge de Saint-Brieuc. Archives 22

Madame Bouguereau va rendre de grands services à Saint-Brieuc pendant la Première guerre mondiale. Elle sera particulièrement active au sein de l'Hôpital complémentaire numéro 7 et va se dévouer sans compter, malgré une santé fragile, à toutes les œuvres de guerre. Son action peut être mesurée à la lecture des archives de la section de la Croix-Rouge de Saint-Brieuc pendant toute cette période.

Le 24 mars 1920, un bilan est dressé (page 209) : "Au moment de la mobilisation, le comité de Saint-Brieuc avait pour mission le fonctionnement de deux hôpitaux auxiliaires, l’un inscrit en première série, l’autre en deuxième, ainsi que d’une infirmerie de la gare.
L’infirmerie de la gare installée dans les bâtiments de la gare était prête à fonctionner dès le quatrième jour de la mobilisation
. (page 212). Le personnel est composé de M. Le Docteur du Bois Saint-Seurin, vice-président du comité, médecin chef ; de M le commandant le Vallois, administrateur ; de Mme Bouguereau, vice-présidente, surveillante générale qui avait sous sa direction cinq infirmières diplômées  auxquelles venaient se joindre pour les ravitaillements des infirmières de l’hôpital annexe 3…

Archives de la Croix-Rouge de Saint-Brieuc. Archives 22

Le premier train de blessés est arrivé en gare de Saint-Brieuc le 25 août 1914 à 4h26 du matin (600 hommes venant de Maubeuge). Pendant les cinq années qu’ont duré les hostilités, le nombre de blessés évacués sur Saint-Brieuc a été de 20 000 français, 762 Belges et 786 Allemands.
…Médecins, administrateur, surveillante générale, infirmières et brancardières se sont dépensés sans compter de jour comme de nuit pour ravitailler les blessés, les recevoir, les transporter dans les voitures d’ambulances qui les conduisaient dans les hôpitaux de la ville
". 

Madame Bouguereau se sera occupée des grandes choses comme des petites. Ainsi lorsque le café doit être servi aux permissionnaires du front qui arrivent en gare, les dames infirmières en sont chargées. Le Président de la Croix-Rouge et Mme Bouguereau vont visiter les commerçants et hôteliers et ils obtiennent la garantie d’avoir chaque mois 27 kilos de café (page 195).

Elle sait aussi reconnaitre les mérites des personnes qui travaillent dans son domaine. Ainsi tient-elle à ce que Mlle Bulhière, dévouée responsable du dispensaire, soit félicitée pour son action. (page 207)


 

Après la guerre

La paix revenue, Madame Bouguereau prend la direction du Foyer du Soldat dès sa création. Puis elle est successivement vice-présidente de la Société de secours aux Blessés militaires (Croix-Rouge), animatrice de l’école d’infirmières.

On lui confie plus tard la direction de l’école d’infirmières à l’Hospice de Saint-Brieuc pour la préparation au diplôme d’état et elle devient administratrice du Bureau de Bienfaisance.

Le registre des archives de la Croix-Rouge détaille ces différentes missions :

Page 214 : « À l’heure actuelle, bien que la guerre soit terminée depuis dix-huit mois, une de nos infirmières les plus distinguées, Madame Bouguereau, Vice-présidente de notre comité, continue chaque jour de donner aux blessés, du centre de Réforme de Saint-Brieuc, les soins les plus dévoués et les plus éclairés. »

Le Président du comité explique qu’à la fin de la guerre c’est la lutte contre la tuberculose qui devient une priorité pour la Croix-Rouge au sein de « l’œuvre antituberculeuse ».
Existant depuis 1904, un dispensaire situé rue Renan prolongée demande à être intégré officiellement pour cette lutte en juin 1919.

Au sein du comité de la Croix-Rouge, elle a toujours bénéficié d'une grande confiance, pour preuve lors de l'assemblée générale du 21 septembre 1915, c'est elle qui avait obtenu le plus de voix à l'élection du comité des dames et elle avait été élue pour 5 ans. (page 153, registre de la Croix-Rouge

En mars 1920, au moment du renouvellement des membres, Mme Bouguereau est réélue dans ses fonctions de vice-présidente de la Croix-Rouge jusqu’en 1925. Elle est aussi membre de cinq commissions : dispensaire, propagande, matériel et lingerie, fêtes et Foyer du soldat.(Page 220)

Commissions Croix-Rouge 1920. Archives 22

Après l’élection des responsables, le comité se réunit le 19 juin 1925 sous la présidence de M. Perrio pour le comité des Hommes et de Madame de Verchère pour le comité des Dames. Madame Bouguereau reste à la vice-présidence qu’elle partage avec deux autres dames, mais elle se recentre sur une seule commission, celle du dispensaire.

Élection Croix-Rouge 1925. Archives 22


Le 13 août 1928, un long communiqué détaille la procédure pour que des jeunes filles entreprennent de devenir infirmière et le sens de cette mission. Les futures candidates doivent s'adresser à Mme Bouguereau en tant que
vice-présidente de la Société de secours aux Blessés militaires (Croix-Rouge) et Présidente de l’école d’infirmières.


13 août 1928 Ouest-Eclair

Le 15 mars 1929 Madame Bouguereau est réélue à son poste de vice-présidente. Elle s’occupe toujours du dispensaire et en plus du Foyer du soldat.(Page 247)

Élection Croix-Rouge 1929. Archives 22

Un très bel hommage lui est rendu dans un discours du Président de la Croix-Rouge de Saint-Brieuc en 1930 : « Nous avons de brillantes recrues : Mme Bouguereau s’est révélée tout de suite de haute valeur et ses devoirs de composition ont fait l’étonnement du jury. Dans ce temps d’avant-guerre, elle s’est formée pour les grands services qu’elle rendrait à la Croix-Rouge dans les années qui devaient donner aux infirmières bien formées une si tragique raison d’être". ( pages 255 et 256)
 

Les distinctions

Mme Bouguereau-Botrel va recevoir différentes distinctions au cours de sa carrière. Notons en particulier :

Médaille de Bronze de la Reconnaissance française, en octobre 1919 (La Dépêche de Brest du 6 octobre 1919 et Ouest-Eclair du 2 octobre 1919)

2 octobre 1919 Ouest-Eclair

Médaille d'honneur des épidémies (médaille d'argent), par décision ministérielle du 30 septembre 1919. Publication le 1er janvier 1920 dans le Bulletin de la société française de secours aux blessés militaires. 

1er janvier 1920

Brevet de Capacité professionnel d'infirmière, publication dans le
bulletin de la société française de secours aux blessés militaires du 1er janvier 1925.

Pour ses "28 années de collaboration dévouée aux œuvres d’assistance et d’hygiène publique", elle est nommée au grade de Chevalier de la Légion d’Honneur en 1931. La publication en est faite au Journal Officiel du 17 mai 1931. Mais le Maire de Saint-Brieuc va lui rendre hommage public exceptionnel, d'autant plus qu'un ministre est présent. Cela va se produire le jour de l'inauguration de la nouvelle Chambre de Commerce et de la Gare d'Etat de Saint-Brieuc le 17 mai 1931. M de Chappedelaine, ministre de la Marine Marchande fait partie des invités. Après l'inauguration de la Gare, Ouest-Eclair dans son édition du 18 mai 1931, évoque ainsi la remise de médaille à Mme Bouguereau par M. Henri Servain (1857-août 1931): "Une touchante cérémonie a lieu ensuite. Mme Bouguereau, la femme de bien, l'infirmière si dévouée, va recevoir la distinction qu'elle a mérité par le dévouement dont elle a toujours fait preuve. Dans une courte allocution, M. Servain rappelle les qualités de coeur de celle qui, pendant les hostilités, fut l'âme de l'infirmerie de la gare et qui se dépensa toujours pour le Foyer du Soldat et pour toutes les oeuvres auxquelles elle collaborait. Puis M. le Sénateur-Maire accroche sur le corsage de Mme Bouguereau la croix de chevalier de la Légion d'Honneur. La foule applaudit chaleureusement."

Mme Bouguereau-Botrel. Légion d'honneur 1931.

 Inauguration de la gare 18 mai 1931 Ouest-Eclair

 

La place de Mme Bouguereau dans les manifestations publiques.

Dès 1924, on peut noter la présence de Mme Bouguereau dans différentes manifestations officielles se tenant à Saint-Brieuc : A l'assemblée générale des cheminots mutualistes "Remarqué aux places d'honneur : M et Mme Bouguereau" (23 mai 1924 Ouest-Eclair)... "Sur l'estrade aux places d'honneur avaient pris part : M et Mme Bouguereau".

23 mai 1924 Ouest-Eclair

6 août 1924 Ouest-Eclair


La disparition de Mme Bouguereau-Botrel. 1937
Mme Bouguereau-Botrel décède en juin 1937 à l’âge de 63 ans.

Mme Bouguereau-Botrel 10 juin 1937 Ouest-Eclair

Recensement rue Luzel à Saint-Brieuc, famille Bouguereau-Botrel.

L'avis de décès et un article nécrologique paraissent le même jour dans Ouest-Eclair.

10 juin 1937 Ouest-Eclair

Son décès provoque beaucoup d’émotion et Ouest-Eclair publie le 10 juin un portrait posthume, retraçant la carrière de Mme Bouguereau-Botrel, et exprimant le sentiment commun de reconnaissance : "La défunte était la providence des déshérités, particulièrement dans le quartier de Robien. Le milieu des employés de chemin de fer éprouva, lui aussi, ses qualités inlassables de dévouement. Bref, c’est une femme de grand cœur qui disparaît emportant avec elle les regrets unanimes.

C’est l’abbé Lhotellier, recteur de Robien qui procède à la levée du corps le 11 juin à l’église Sainte-Anne-de-Robien.

Dans le cortège qui mène au cimetière, derrière le char recouvert de gerbes et de fleurs, on note la présence de très nombreuses personnalités du monde religieux,  civil et militaire : des enfants du Bureau de Bienfaisance, une délégation de soldats du 71e, le Maire M. Brilleaud et ses adjoints, les médecins de l’hospice, les directeurs d’établissements scolaires, des délégations de la gendarmerie, de la police, des pompiers…
Au cimetière, M. Fromentin, président de la Fédération des retraités de chemin de fer prend la parole car Mme Bouguereau était leur bienfaitrice, Mme Étienne s’exprime aussi au nom de l’Association pour le Suffrage des Femmes de France, ce qui laisse à penser que Mme Bougereau-Botrel devait militer pour que les femmes puissent avoir accès au vote, au moins était-elle de ce courant de pensée.


Gaston Bouguereau

Gaston Bouguereau 56 ans, en 1925
Gaston Bouguereau aura occupé la place de conseiller municipal à Saint-Brieuc. Il est souvent cité dans la presse en tant que rapporteur de la commission des finances.

17 novembre 1929 Ouest-Eclair

Il décède en octobre 1938 à l’âge de 68 ans, peu de temps après son épouse. Les obsèques ont lieu le 12 octobre 1938 à l’église de Robien.

12 octobre 1938 Ouest-Eclair

Le saviez-vous ?

Une biographie de 52 pages de Mme Bouguereau-Botrel a été éditée à l'imprimerie Moderne de Saint-Brieuc, en 1938.


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Sources

Photographie de M et Mme Bouguereau transmise par Cédric TREHOREL en juin 2025. Le couple assistait au mariage du couple Guernion à Hillion dans les Côtes-du-Nord en 1925 et M Bouguereau était un des témoins. La plupart des personnes d'Hillion ont été identifiées, seul le couple (assez distingué) au premier rang, ne l'est pas. Nous en sommes arrivés à penser que cela pourrait bien être M et Mme Bouguereau...

Ouest-Eclair : 19 mai 1931, 11 septembre 1933, 10 juin 1937, 12 juin 1937, 12 octobre 1938.

Archives du Mans, acte de naissance de Marie Anne Françoise Botrel, vue 162, acte 703.(image ci-dessous)

Recherches dans le Bulletin de la société de secours aux blessés militaires. 

Archives départementales des Côtes d'Armor. Dossier contenant les archives de la Croix-Rouge de Saint-Brieuc. 1J250

Recensement de 1931 et 1936 à Saint-Brieuc, Archives 22

Site Généanet, famille Botrel, cliquer ici

L'histoire de Mme Étienne, militante pour le droit de vote des femmes, est à retrouver dans ce blog en cliquant ici


 

 

L'histoire du quartier de Robien à Saint-Brieuc. Sommaire

Le quartier de Robien à Saint-Brieuc s’est vraiment peuplé il n’y a pas plus d’un siècle, mais son histoire présente de multiples intérêts ...