dimanche 4 janvier 2026

Le lotissement des cheminots rue Cuverville, quartier de Robien à Saint-Brieuc

 

Au début des années 1900, les maisons de cheminots de la rue Cuverville formaient un petit lotissement le long de la rue qui surplombait la voie ferrée. Les cheminots n'étaient qu'à quelques minutes à pied de leur lieu de travail. 

Une maison de cheminots de la rue Cuverville surplombant la voie ferré. Photo RF


Les premières maisons
 
Toutes les maisons de cheminots sont construites sur des terrains appartenant à la compagnie des chemins de fer de l’État.
Dans le recensement de la rue Cuverville en 1911, on dénombre déjà 7 familles de cheminots. 
 
Dans les années 20, plusieurs permis de construire sont déposés. On remarquera que plusieurs techniques de construction sont utilisées (bois ou fibrociment). Les dimensions restent très modestes dans tous les cas, la plus petite fait dix-huit mètres carrés et la plus grande, une quarantaine de mètres carrés.

M. Albert Piqueau, ferblantier aux chemins de fer de l’Etat, fait une demande de permis de construire le 10 mars 1926 (2T9) pour édifier « un petit chalet en bois de 2 pièces sur un terrain des chemins de fer de l’État, 18 rue Cuverville. »

Archives municipales. 2T9

 

Archives municipales 2T9


Archives municipales 2T9

Le 14 mai 19272 avril 1928, M Ménagé, chauffeur aux chemins de fer de l’État à St Brieuc, habitant 10 rue Jules Ferry, sollicite l’autorisation "de faire édifier une maison en bois à bon marché... Cette construction sera effectuée par la maison Gesbert et compagnie de Pont-de-Gennes, Montfort dans la Sarthe." (2T11). La maison sera au numéro 10 rue Cuverville.


Ménagé 2T11 archives municipales

 
Ménagé 2T11 archives municipales

Le 2 avril 1928, M. Yves Brouder, employé aux chemins de fer de l’Etat à St Brieuc, habitant 10 rue Jules Ferry, sollicite l’autorisation de construire « une petite habitation de trois pièces, en fibrociment, rue Cuverville ». Le terrain appartenant aux chemins de fer est devenu la propriété de M. Brouder par adjudication. (2T9)

 

Archives municipales 2T9


Archives municipales 2T9


M. Picault, habitant 8 rue Notre-Dame, effectue une demande le 2 avril 1928 afin de construire « une maison en bois » rue Cuverville.


Archives municipales. 2T12


Archives municipales 2T12

 

 
Le lotissement est complet !
 
En 1936, on trouve quinze familles de cheminots, logées dans les petites maisons SNCF. 
Elles sont alors situées aux numéros 2, 4, 6, 8, 12, 14, 16, 18, 20, 22, 24, 26, 28, 30 et 32. 
 
Les noms de famille de ces employés des chemins de fer sont : Mallet, Foutel, Denis, Cléach, Lemoine, Réhaut, Le Ster, Le Hénaff, Ollivier, Le Gueut, Marric, Richer, Méléard, Frabolot…
 
 

La photo aérienne ci-dessous dévoile, au premier plan, une douzaine de ces maisons de cheminots le long de la rue Cuverville dans les années 40.

Photo aérienne années 40-50, Archives départementales.
 

 

Ventes des maisons au 14 et 28.

En juillet 1955, la S.N.C.F met en vente un baraquement au 14 rue Cuverville de 6 mètres sur 11 comprenant 3 pièces et un cellier avec une couverture en tôle ondulée.
 

L’opération est renouvelée en juin 1957 avec le baraquement du numéro 28 comprenant une cuisine, 1 chambre, 1 débarras et une toiture en carton bitumé. Le baraquement du numéro 30 est aussi mis en vente et comprend une entrée, une cuisine, 3 chambres, 1 grenier, doubles parois en bois, plafond et parquet en sapin, toiture en tuiles mécaniques. Démontage et enlèvement aux frais de l’acquéreur.
(Ouest-France 4 juillet 1955 et 17 juin 1957)

 
Annonce SNCF 17 juin 1957 Ouest-France

 

Le lotissement s'en va...

Yvonne Michel était une ancienne cheminote, elle est arrivée un peu après 1945 dans la rue Cuverville. Tout le monde était locataire de la S.N.C.F mais elle a eu la chance de pouvoir acheter le terrain de sa maison mais s’est battue longtemps pour y parvenir. Sa maison et celle de Joseph Prigent ont été les deux dernières à tenir debout.


Les pavillons jumeaux en pré-fabriqué sont la propriété de la S.N.C.F. Ils ont été agrandis et rénovés.
 

Robert Picault habitait à l’intersection de la rue Luzel, c’était un ancien mécanicien des chemins de fer. Il a connu les derniers temps des locomotives à vapeur. A la retraite, il n’a pas pu acheter le terrain sur lequel sa maison est bâtie et à sa mort la maison a été démolie, c’était la règle.

Plusieurs maisons inhabitées se sont écroulées dans les années 90 faute d'entretien et de consolidation, le fait de ne pas pouvoir devenir y était pour beaucoup. Ces petites maisons ont alors presque complètement disparu du paysage.

De nouvelles maisons poussent sur les emplacements libérés après voir été vendus.

L’annonce du décès de Joseph Legueut, à l’âge de 86 ans, est publiée le 7 janvier 1971, la cérémonie se déroule en l’église Sainte-Anne de Robien. On découvre dans l'annonce que ce retraité de la S.N.C.F habitait dans une baraque de cheminots au 22 rue Cuverville depuis les années 30. C'était un ancien combattant de 14-18 qui avait reçu la Médaille militaire et la Croix de guerre. 


La disparition de l'avant dernière maison

  

En mai 2010, l'outil Google Street proposait encore une vue de la maison de cheminots du 6 rue Cuverville avec un peu plus loin celle aux volets bleus au numéro 8.

 
Maison au 6 rue Cuverville. Image Google Street

En avril 2019, il ne restait que les fondations au numéro 6 !

 
Maison au 6 rue Cuverville. Image Google Street

Et en décembre 2020, plus rien ! Elle aurait disparu vers 2016...

 

Emplacement de l'ancienne maison au 6 rue Cuverville. Image Google Street

 

Le lotissement des cheminots aujourd'hui

 
De toutes ces maisons du lotissement, il n'en reste plus qu’une seule !


La dernière maison de cheminots du lotissement de la rue Cuverville. Photo RF

 

 

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Autres articles à consulter

Dans la rubrique "Habitat ouvrier à Robien et les lotissements ouvriers" :
 

 

Autres articles à consulter sur Les cheminots, la gare, la S.N.C.F
La Société Française et Entrepôts Frigorifiques (S.T.E.F), cliquer ici

Les cheminots de la paroisse de Robien et le syndicalisme catholique, cliquer ici

Les Résistants cheminots du quartier de Robien en 39-45, cliquer ici

La Cité des Cheminots", boulevard Paul Doumer, cliquer ici

Le lotissements des cheminots, rue Cuverville, cliquer ici 

Au nord de Robien, traverser la voie ferrée (ponts, passerelle), cliquer ici

Sources

Recensement 1911 et 1936, archives départementales
 
Photo aérienne, Fonds Henrard, Archives départementales, cote 26 Fi 358
 
Archives municipales, permis de construire 2T9, 2T12




samedi 3 janvier 2026

Les origines du quartier du Tertre Notre-Dame à Saint-Brieuc



Les origines lointaines du site sur lequel s'est développé le quartier du Tertre Notre-Dame

Saint-Brieuc possède plusieurs points hauts, appelés tertres : le Tertre aux lièvres  au dessus du Gouédic, le Tertre Aubé (proche de Rohannec), le Tertre Marie-Dondaine, dans le quartier de Robien. Pour sa part, le tertre Notre-Dame était appelé autrefois le Tertre Buette (ou Tertre Buet) ou Tertre-Bué. On trouve aussi le terme de "Tertre de Beata".

Cadastre 1814, archives départementales. 3P283

En 1690 le Tertre Buette est mentionné dans un document indiquant qu'un lieu-dit appelé la Caquinerie, se trouvait près du Tertre Buette. Les Caquins étaient des descendants des lépreux du Moyen-Age. Ils étaient isolés de la population et protégés par l’Église. La rue actuelle de la Caquinerie rappelle cette origine. On y a construit un abattoir, une construction, décidée en 1879 et terminée après de longs débats en 1884.

La Caquinerie, Le Tertre Notre-Dame, carte postale ancienne.

La statue de la Vierge. 1866

Dans les derniers mois de l’année 1865, une épidémie de choléra se répand dans la ville de Saint-Brieuc. Avec l’accord de la famille Le Pomellec, propriétaire du terrain, le chanoine Onfroy-Kermoalquin décide d’élever une statue de la Vierge au sommet de ce qui était alors appelé « Le Tertre Buette ». Le vendredi 2 février 1866, la statue est érigée. C’est une œuvre du sculpteur de Saint-Brieuc Pierre-Marie Ogé. Le 8 septembre 1867, cette statue est solennellement consacrée par Monseigneur David, évêque de Saint-Brieuc et Tréguier. La procession jusqu’à la Vierge du tertre s’est déroulée jusqu’au milieu des années 70.

Le Tertre dans les années 1910-1920 : Notre-Dame des Choux !
André Briand (né en 1909) et Joseph Lavenant (né en 1910) sont nés sur le Tertre. Ils racontent cette histoire du Tertre Notre-Dame un article de Ouest-France du 14 mars 1995. C’est l’histoire d’un coin de campagne qui surplombait la vallée du Gouët et que l’on appelait Notre-Dame des Choux ! Il n’y avait alors que la ferme de la famille Briand et des champs. Les terres appartenaient aux familles de Villeféron, Le Pommelec, du Guiny… A 12 ans André Briand commence à livrer les légumes de l’exploitation familiale aux Halles. 

Le projet bien caché du lotissement Tertre Notre-Dame. 1935

Roger Renaud père avait un projet en tête pour développer ce petit coin de Saint-Brieuc et il mit tout en place pour réaliser son rêve. Tout d'abord il lui fallait racheter les terres du Tertre. Son fils raconte dans un article de Ouest-France en 1995 que lorsque les gens lui demandaient pourquoi il voulait ces terres, il répondait qu’il souhaitait y mettre des biquettes. Mais l’homme avait une toute autre idée celle d’édifier un nouveau quartier à cet emplacement. La famille Renaud se construit une maison imposante avec un belvédère. Dans le quartier on l’appelait "Le château Renaud".

La maison de la famille Renaud sur le Tertre. Image Google 2025

En 1935, après une délibération du Conseil municipal, il réalise les travaux de viabilité nécessaires pour bâtir un lotissement sur les 10 hectares achetés. Ouest-Eclair publie une première photo du début des travaux dans son édition du 28 février 1936.

Travaux au tertre 28 février 1936 Ouest-Eclair
Avec son entreprise de bâtiment M. Renaud a de quoi répondre à la demande. Il installe aussi les bureaux de sa société (OTRA) à côté de la maison familiale. Les trois fils prendront la suite au décès de leur père dans les années 70.

Annonce de l'entreprise Renaud 9 septembre 1950 Ouest-France

Le Tertre Notre-Dame dans les années 30

Une entreprise s’est installée sur le Tertre en 1938, au 20 boulevard Arago. Il s’agit de l’entreprise Sauer, spécialisée dans les pinceaux qui deviendra l’entreprise Raphaël. Michel Sauer, qui est resté vivre sur le Tertre rue Auguste-Pavie, raconte cette histoire en 1995 pour Ouest-France. En 1949, il entre dans l’entreprise familiale où travaillent une quarantaine de personnes, avec en plus cinq ouvrières travaillant à domicile. La société se développe et déménage au bord de la route express en 1967.


Un acte héroïque pendant l'Occupation

En 1940, alors que la ville de Saint-Brieuc est occupée par les troupes allemandes, Mme Briand dépose un drapeau tricolore sur le haut de la statue de la Vierge du Tertre. Son fils André se souvient de cet acte patriotique : « Ce jour-là elle a bien failli se faire embarquer par les Allemands » déclare-t-il à Ouest-France le 14 mars 1995.

Un article de Ouest-France, daté du 9 septembre 1948, rappelle ce fait de résistance : les habitants du quartier du tertre à la Vierge (Tertre Notre-Dame) « n’ont pas hésité pendant l’Occupation à aller prier la Vierge et à planter à ses pieds, le jour de sa fête le 8 septembre, le drapeau tricolore, même sous les yeux de l’occupant... »

Le développement du Tertre Notre-Dame, les lotissements. Années 40 et 50

D’après un article de Ouest-France du 4 janvier 1958, on apprend que les premières familles à habiter le Tertre sont les familles Briand et Le Restif. Après on a la famille Morcet, le père Feutren, facteur, appelé familièrement "Le Roi du Tertre", les familles Louis Poisson et Lefaucheur, d’autres encore comme M. Mathurin Bertho en 1940.

Le 3 décembre 1946 Ouest-France publie une photo qui fait belle impression avec ces "maisons modernes du Tertre à la Vierge".

Ouest-France dans son édition du 29 juin 1949 informe que le conseil municipal a donné l'autorisation de construire trois immeubles sur le tertre qui seront vendus en appartements.

Ci-dessous, on découvre un plan d'un café-restaurant au Tertre-Notre-Dame réalisé par l'architecte Jean Fauny. Le projet n'est pas daté mais pourrait se situer dans les années 30-40. (Archives départementales 142J 213/343)


 

Dans les années 50, on trouve de quoi se ravitailler sur le Tertre : cafés, alimentation, boulangeries, épiceries, pâtisserie, boucherie… mais les habitants souhaitent alors voir s’installer un médecin, un bureau de tabac et un pharmacien. Les habitants disposent d’une fontaine. On dit ici que c’est « de l’eau excellente pour les enfants et les malades, de l’eau filtrée par les rochers, de l’eau minérale».


Le 3 janvier 1951, on peut voir dans Ouest-France une intéressante photo montrant le développement du quartier.
Le 4 janvier 1958, le quartier est mis en valeur dans Ouest-France avec deux grandes photos et un reportage complet qui fait le tour des souhaits des habitants en ce début d'année.

En 1961, la question qui se pose est celle de l'escalier qui pourrait permettre aux habitants d'accéder plus facilement au Tertre. Le sentier qu'on appelait "La grimpette" est beaucoup trop dangereux par temps de pluie pour la population toujours plus nombreuse qui l'emprunte. ( dans Ouest-France du 19 septembre 1961).

Le Pardon de Notre-Dame de la Fontaine, années 40 et 50

Le 9 septembre 1949, Ouest-France publie un article sur le Pardon de Notre-dame-de-la-Fontaine. On y apprend que le Tertre est décoré par les habitants sous la direction de M. Briand "avec des branches, des fleurs, des guirlandes bleu et blanc et un arc de triomphe". Pour l'occasion, la Vierge a son drapeau tricolore à croix de Lorraine qui fut hissé dès la Libération.

L'année suivante, le 9 septembre 1950, Ouest-France publie un nouvel article sur le Pardon de Notre-dame-de-la-Fontaine conduit par le chanoine Auffray, curé-doyen de Saint-Michel.

Le 9 septembre 1954, deux photos dans Ouest-France pour illustrer le pardon avec de nombreuses fillettes portant des bannières, encadrées par les congrégations religieuses.



Le 11 septembre 1956, une photo de Ouest-France montre la foule au moment du Pardon de Notre-dame-de-la-fontaine.

Des habitants du Tertre Notre-Dame dans la presse

M. Le Tintinnier, habitant de la rue Colbert, est présent le 7 mars 1957 dans Ouest-France où il répond à des questions sur le jardinage...


M. Roger Guégan, habitant de la rue Arago, est interrogé le 21 octobre 1959 dans Ouest-France au sujet du Bricol-Club-Briochin ...


Des enfants du Tertre sont pris en photo en train de danser dans l'édition du 29 juin 1965 de Ouest-France pour les feux de la Saint-Jean.

Le 25 août 2009, Jean-Jacques Renaud évoque les origines du quartier, son développement et ses transformations.

Toujours le 25 août 2009, c'est au tour de Jean Flageul, né en 1935, de parler de la Guerre 39-45, des processions...

Le développement du Tertre Notre-Dame, les lotissements. Années 60
Yvonne et Joseph Carlo sont les deux premiers habitants de la rue Auguste-Pavie. En 1966 ils se sont installés dans la maison que Joseph a construite lui-même, il en avait les compétences : 37 ans employé en menuiserie dans l’entreprise Renaud. Autour de leur maison il n’y a à l’époque que des maraichers qui cultivent. Dans les années 80, ils construisent une deuxième maison boulevard Arago. (D’après un article du 14 mars 1995)

Documents

Le projet de lotissement de M. Renaud est présenté au Conseil municipal de 1935 pour un vote.

 

Documents sur les origines du quartier du Tertre Notre-Dame

Un article du 12 septembre 1912 nous apporte de nombreux renseignements historique sur les origines de la statue du Tertre et en fin d'article sur le paysage que l'on pouvait observer il y a plus d'un siècle...




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Sources de cet article mis en ligne en décembre 2025 par Richard Fortat

Archives départementales, cadastre

Archives de Ouest-France

Bernadette Lemarchand 2019, blog, cliquer ici

Pierre-Marie-François Ogé, cliquer ici

Compte-rendu du Conseil municipal. Documents en ligne sur le site des Archives municipales


L'histoire du quartier de Robien à Saint-Brieuc. Sommaire

Le quartier de Robien à Saint-Brieuc s’est vraiment peuplé il n’y a pas plus d’un siècle, mais son histoire présente de multiples intérêts ...