dimanche 22 octobre 2023

Georges Mahuzier (1934-2014), chimiste et biologiste, universitaire, né à Saint-Brieuc


Georges Mahuzier est né à Saint-Brieuc en 1934. Il a vécu son enfance dans le quartier de Robien où son père a tenu une pharmacie de 1938 à 1945. Par la suite, il a effectué une brillante carrière comme professeur de chimie à la faculté de Pharmacie de Châtenay-Malabry, université Paris XI,  jusqu'en 2001 où il prit sa retraite. Il était membre de l'Académie nationale de pharmacie.

Acte de naissance Georges Mahuzier. 1915 Saint-Brieuc Vue 135. Archives départementales

 
Origines familiales à Saint-Brieuc

Le premier de la famille Mahuzier à s'implanter à Saint-Brieuc est Georges René Mahuzier (1877-1931). Né en Corrèze, il va se marier à Saint-Brieuc le 18 mai 1904 avec avec Marie Désury, une native de la ville. Georges Mahuzier exerce dans le domaine des finances publiques, comme son père qui était percepteur des contributions directes. Il mène une belle carrière dans les impôts et devient Receveur général des contributions directes à Rennes.

Georges René Mahuzier (1877-1931)


La pharmacie Mahuzier

Son fils, Yves Georges Mahuzier (1905-1945) est né le 30 juin 1905 à Saint-Brieuc. Yves Mahuzier se marie à Plestin-les-Grèves le 15 octobre 1932 avec Odette Cotrel. Le couple va avoir deux enfants, Georges et Josette.  
Yves Mahuzier ouvre une première officine à Saint-Brieuc, dès 1934 où dans le journal Ouest-Eclair on trouve la trace de "Danet et Mahuzier, pharmaciens". La pharmacie Danet se trouvait dans la rue Saint-Guillaume...

Puis en 1938, il ouvre sa pharmacie au 2 rue Jules Ferry dans le quartier de Robien. Une première annonce indique cette adresse dans l’édition de Ouest-Eclair du 30 avril 1938. 

Pharmacie Mahuzier 28 août 1938 Ouest-Eclair


Quelques années plus tard, la pharmacie se déplace d’une centaine de mètres pour aller au numéro 41, à l’angle de la rue Jules Ferry et du boulevard Hoche. La famille Mahuzier composée de deux enfants, Georges et Josette, habite à proximité de l’officine, au 60 boulevard Hoche. Hélas, alors qu'il n'a que 40 ans,
Yves Mahuzier décède le jeudi 13 décembre 1945. La cérémonie se déroule à l'église de Robien et Yves Mahuzier est inhumé au cimetière Saint-Michel à St Brieuc. 

L'ancienne pharmacie Mahuzier au 41 rue Jules Ferry, photo prise en 1984.



Georges Mahuzier (1934-2014)
Orphelin de père, Georges entend poursuivre la tradition paternelle. Il passe d’abord ses deux bacs en 1951 et 1952 à Saint-Brieuc.

Résultats du bac à Saint-Brieuc 29 juin 1951 Ouest-France

Georges Mahuzier commence ses études de Pharmacie en 1953 à la Faculté à Rennes avant de préparer l’internat des Hôpitaux de Paris. Il est reçu en 1957 comme interne des hôpitaux de la Seine et travaille
à l’hôpital de Perray-Vaucluse sous la direction du Professeur Malangeau grâce auquel il acquit en 4 ans une formation complète de biologiste. 

Le professeur Malongeau
 

Interrompant sa carrière, il effectue 36 mois de service militaire en Algérie. 

A son retour en 1963 il est nommé sur concours, chef de laboratoire, à l’hôpital psychiatrique de Villejuif, il y restera jusqu’en 1970.

Hôpital psychiatrique de Villejuif


En 1971, il devient biologiste adjoint et en 1972 il succède au Professeur Malangeau en tant que Chef de service et effectue le reste de sa carrière à ce poste.
En parallèle, dès 1964, il s’engage dans une carrière universitaire de chimiste qui sera couronnée de succès. Il rédige différents ouvrages forts utiles pour les étudiants et les professionnels. Il est reconnu comme un spécialiste au niveau national du dosage des médicaments.

 
En 1972 il est nommé chargé de cours, puis Maître de conférence à l’université de Paris XI.
Agrégé à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Beyrouth,  il y enseigne la chimie de 1973 à 1975.
Revenu en France en 1975, il est nommé Maitre de Conférence agrégé à la Faculté de Pharmacie de Châtenay-Malabry qui est considérée comme la plus grande faculté de pharmacie en Europe. Il encadre les travaux de nombreux étudiants et favorise la coopération scientifique avec l’Espagne, le Vietnam.

Après une carrière exceptionnelle il prend sa retraite en 2001. Un de ses anciens élèves, en conclusion de l'hommage qu'il lui rend, le décrit ainsi : "De tout ce parcours se dégage une personnalité riche, attachante, ancré dans le réel au travers de ses fonctions de Biologiste, d’enseignant, de chercheur préoccupé du devenir de ses élèves".

 
Vie familiale

Sur le plan personnel, avec son épouse Catherine, Georges Mahuzier aura trois enfants Cerise et Bruyère, et Yves (1971-2005). La famille aimait se ressourcer sur l’Ile de Bréhat. C'est sur cette île des Côtes d'Armor qu'il décède accidentellement le 10 juillet 2014. Une annonce de son décès a été publiée le 27 septembre 2014 dans le journal Le Figaro.

Annonce Le Figaro

Son corps repose au cimetière Saint-Michel à Saint-Brieuc avec ses parents et son fils Yves.

Cimetière Saint-Michel à Saint-Brieuc.


Si vous avez des commentaires, des témoignages ou des documents sur la famille Mahuzier, merci d'utiliser le formulaire de contact.

 

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A lire sur ce blog pour prolonger

Les pharmacies du quartier de Robien, cliquer ici

 

Sources 

Généanet, fiche sur Mahuzier père né en 1877, cliquer ici

Généanet, fiche sur Georges Mahuzier, né en 1905, cliquer ici

Avis d'obsèques de Georges, universitaire, né en 1934, ici

Discours d'hommage à Georges Mahuzier, prononcé en 2016, cliquer ici 

Discours d'hommage au Professeur Malangeau par Georges Mahuzier, 2009, cliquer ici

Albert Mahuzier, explorateur, cousin de Georges, site cliquer ici

 

vendredi 20 octobre 2023

Etesse Frères, transporteurs, boulevard Carnot à Saint-Brieuc. Années 60

 

Anciens garages de l'entreprise Etesse. Photo R. Fortat

On sait peu de choses de l’entreprise de transports-déménagements des frères Etesse qui a fonctionné au milieu des années 60 dans le quartier de Robien à Saint-Brieuc. Leur garage se trouvait entre le boulevard Carnot et la rue François Ménez. Les deux entrées et sorties étaient possibles.
Au dessus d'une porte du garage, on pouvait lire : 

ETESSE Frères 

Transports Déménagements Entrepôts 

 

Sur l'autre entrée du bâtiment on pouvait voir que l'entreprise avait deux entrepôts, à Saint-Brieuc et à Paris.

Anciens garages de l'entreprise Etesse. Photo R. Fortat

Le 6 octobre 1966, l’entreprise fait parler d’elle dans Ouest-France. Au garage Boschet dans la zone industrielle rue Chaptal se déroule une présentation de nouveau modèles de camions : « Le clou de cette exposition fut la présentation par les Transports Etesse Frères de Saint-Brieuc, d’un semi-remorque Dorsey et de son tracteur Volvo, matériel poids-lourd très moderne, unique dans l’Ouest… Cet ensemble est destiné à transporter des fers de grandes longueurs, de la région parisienne à des entreprises métallurgiques et des quincailleries de la région.». Voilà qui indique une spécificité des transports Etesse en lien avec la métallurgie…

Transports Etesse Ouest-France 6 octobre 1966
 
Le 23 août 1967, l’entreprise Etesse fait de nouveau parler d’elle dans Ouest-France après la perte de contrôle d’un conducteur de cette société qui transportait 15 tonnes d’œufs.

Transports Etesse Ouest-France 23 août 1967



Si vous avez des remarques à partager ou des renseignements à communiquer sur l'entreprise Etesse, merci d'utiliser le formulaire de contact. 

  

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A lire dans ce blog sur d'autres entreprises de déménagement (et transports) Ricard autocars, Le Brun, cars Manche-Océan , Famille Reux , Henri Demoulin

 

Sources

Archives de Ouest-France 

 

dimanche 15 octobre 2023

Le commerce dans le quartier de Robien à Saint-Brieuc en 1938-1939

 


La galerie commerciale de Robien. Rues Jean Jaurès et Aristide Briand


 

L'année 1938-1939, c’est le boom des épiceries car la population est en augmentation. Un nouveau modèle commercial est proposé à Robien avec un ensemble de commerces, très rapprochés, avec une unité architecturale. Cette galerie commerciale de quartier est très attractive. Dans la liste qui suit, on y retrouve l' alimentation, Carpier, produits « Unico », rue Aristide Briand ; la boucherie, Marie, 28 rue Aristide Briand et la boulangerie, Turquet, 21 rue Jean Jaurès. La première pharmacie s'installe dans la rue Jules Ferry.

 


Alimentation

Bougeard Mlle, 34 rue Luzel

Briand, 105 rue Jules Ferry

Carpier, produits « Unico », rue Aristide Briand

Carré, veuve Ange Carré, 47 rue abbé Garnier

Corman, 60 rue Jules Ferry

Gascogne, rue Jules Ferry

Gicquel, le Carpont

Landais, 11 rue Jules Ferry

Magadur, 22 rue de Robien

Le 22 rue de Robien, ancienne épicerie

Maro, 90 rue Jules Ferry

Milonnet, 31 rue Anne de Bretagne

Morel, le Carpont 

Nouvel Berthe, économique, 17 rue Jules Ferry (en 1936)

Philippe, boulevard Hoche

Société économique, Raymond et Suzanne Vaucaret,19 rue Jules Ferry

Thomas Jean, 26 rue de Trégueux

Union économique briochine, boulevard Carnot



 

 

Beurre-Oeufs-Volaille

Jean Gabon, marchand de beurre et de volailles, 31 rue Jules Ferry.
Un fait divers impliquant Jean Gabon, commerçant à Robien, nous donne deux petites indications intéressantes : M. Gabon vendait ses produits sur le marché de Pontivy chaque lundi et il possédait une Torpédo !

Jean Gabon 5 mai 1937 Ouest-Eclair

Boucher

Loridon Albert, 9 rue Jules Ferry (en 1936)

Bazin Francis et Madeleine, 46 rue Jules Ferry

M et Mme Bazin, bouchers

 

Communier, rue Jules Ferry

Marie, 28 rue Aristide Briand 

Rault Marc, la Croix Perron

 

Marc Rault, boucher

 

Charcutier

Hubert, rue Jules Ferry

 

Chicorée

Ernest Jugan et Simone Bertrand habitent boulevard Carnot. Simone Bertrand tient une boutique de l'enseigne Chicorée Williot au 29 boulevard Carnot.

 

Williot, facture. Archives municipales 3 L 142

 

Boulanger

Lorvellec, rue Jean Jaurès

Rabin, 17 boulevard Carnot

Turquet, 21 rue Jean Jaurès 

 

Annonce publiée en 1935 dans le bulletin paroissial de Robien

 

 

Bureau de Tabac

Des habitants de Robien font une pétition en 1936 pour obtenir la création de deux bureaux de tabac, l'un dans la rue Luzel et l'autre au bout de la rue Jules Ferry en allant vers Ploufragan, "l'accroissement considérable de la population et l'extension, non moins considérable, de l'agglomération dans le quartier de Robien semblent justifier pleinement les demandes des intéressés..."

Tabac à Robien 15 mars 1936 Ouest-Eclair

 

 

Cafetiers

Auffray, rue Jules Ferry

Bougeard François, 10 rue Jules Ferry

Boulain Pierre, 3 rue Jules Ferry

Briand Joseph, 99 rue Jules Ferry

Café-restaurant de Robien, rue Jules Ferry

Callanec Charles, rue abbé Garnier

Caro, rue Luzel (nouveau)

Garel, veuve, Croix Perron

Hellio Yves, 2 rue Jules Ferry

Hillion L, 60 rue Luzel

Jouan Pierre, 28 Jules Ferry

Lainé Aimé, 33 boulevard Carnot

Mme Le Coq, Au bon coin, 3 boulevard Carnot

Le Dily Mlle, 14 Luzel

Lorent-Benoist, boulevard Carnot (nouveau)

Magadur Mme, rue Jules Ferry

Maro, rue Jules Ferry

Montfort, 12 Luzel (nouveau propriétaire)

Morvan JM veuve, 26 rue abbé Garnier

Péron Jean, boulevard Carnot

Rault Marc Croix Perron

Rouxel veuve, rue Robien

Steunou Yves, 6 rue Luzel

Thomas J L, Croix Perron

Tréhorel Louis, boulevard Carnot 

 

Annonce publiée en 1934 dans le bulletin paroissial de Robien

 

 

Coiffeur

Eugène Glo, 29 boulevard Carnot 

Le Croguenec Joseph, 37 rue Jules Ferry (en 1936)

Henri Marie, 15 rue Jules Ferry (en 1936)

 

Salon de coiffure 29 bld Carnot


 

Conserves (fabricants)

Conserveries de Bordeaux, boulevard Carnot

Saupiquet, rue Luzel

 

Cycles

Dadin, rue Jules Ferry (et vendeur de pneus Michelin)

 

Garages

Lassalle, rue Jules Ferry

Ranjouan, 6 boulevard Hoche

 

Matériaux de construction

Robert, boulevard Carnot

 

Menuisier

Collet F, boulevard Carnot

Lemoine, rue Jules Ferry (Grand pont)

 


Pharmacie

Mahuzier, 2 rue Jules Ferry, en 1938 l'adresse indiquée est le 2 de la rue Jules Ferry puis l'officine est déplacée à l'angle de la rue Jules Ferry et du boulevard Hoche.

 

Pommes de terre en gros

Laguitton, boulevard Carnot

Le Bigot, 31 boulevard Carnot

Société fermière bretonne, 4 rue Guébriant

 

Restaurant

Jouéo, Mme, Hotel-restaurant « Tout va bien », rue Jules Ferry (nouveau !)

 

 

Paroles d'habitants

Les premiers habitants de la cité H.B.M fréquentaient la galerie commerciale de la rue Jean Jaurès.  Lucienne Le Guével se souvient : « Il y avait une supérette, une poissonnerie, une boulangerie, des boucheries, une épicerie, un bureau de tabac. »

Cité dans le journal Ouest-France du 21 novembre 1996

 

 

Si vous avez des remarques, des documents ou des témoignages sur les commerces à Robien, merci d'utiliser le formulaire de contact en haut de page.

 

 

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Autres articles à consulter 

 

Le lotissement Habitat à Bon Marché, la cité des cheminots, cliquer ici 

Les bars sont classés par rues et on retrouve les articles les concernant à partir du sommaire

L'activité commerciale du quartier est détaillée par décennie à partir du sommaire. 

  

 

Sources

Annuaire 1938-39, sélection des métiers. Archives municipales

 

 

 

dimanche 1 octobre 2023

L'habitat ouvrier à Robien, les baraques du Tertre Marie-Dondaine à Saint-Brieuc

 

Nous sommes à la fin des années 20 et dans la partie sud-ouest du quartier de Robien, il reste un terrain que les gens ont appelé « Le Tertre Marie-Dondaine ». Il est à peine habité et se situe entre les rues Luzel et Zola. Un secteur que l’on appelle « la rue des essences », où sont concentrés nombre de dépôts de carburants. Ce n’est pas l’endroit où les entrepreneurs vont se précipiter pour construire les nouveaux lotissements qui commencent à pousser un peu partout à Robien. Dans le secteur du Pré-Chesnay qui borde le Tertre au nord, quelques maisons sortent de terre. L’usine Glémot s’installe à proximité ainsi qu’une scierie qui occupe une bonne partie du bas de la butte. Sur le haut du tertre, on trouve une quinzaine d’habitations ainsi que des gens du voyage en caravanes ou dans des constructions légères. 

 

Les premiers habitations sur le Tertre Marie-Dondaine

Qui a construit les premières habitations sur le Tertre ? Ce serait M. Robert, le propriétaire de la scierie installée sur le Tertre qui aurait construit sur le même modèle les baraques pour loger ses premiers ouvriers. On peut donc considérer que  c'est une sorte de petit lotissement, comme il en existe dans le quartier de Robien, bâtis par des employeurs pour leurs ouvriers (Cheminots, Forges-et Laminoirs...). Les baraques en bois du tertre ont donc d'abord été étaient louées pour un prix modique aux employés de la scierie, et ces derniers ont été remplacés par d'autres personnes après quelques années. 

Un permis de construire de l'entreprise Nivet, de Robien, déposé le 4 janvier 1926, pourrait être le plus ancien document qui évoque une construction de baraque sur le Tertre (ou juste à côté). L'entreprise Nivet effectue ces travaux pour le compte de Mlle Hinault, "Chemin du Tertre Dondaine". La baraque fait trois mètres sur trois, avec une fenêtre sur le côté et une porte en façade, un wc sur le côté. La seule restriction à l'implantation de cette baraque sur le Tertre réside dans la mention "sur un terrain appartenant à M. Oisel, chemin du Tertre Dondaine" car des terrains de M. Oisel se situaient dans ce qui est la rue du Pré-Chesnay de nos jours, donc pas tout à fait sur le Tertre... Il est d'ailleurs précisé que "dès que les canalisations d'eau et d'égout seront prolongés jusqu'à sa demeure, Mlle Hinault devra l'y faire relier par des branchements spéciaux". Cette remarque montre bien que ce n'est pas tout à fait sur le Tertre où les habitants n'avaient pas de branchement d'eau...

Mlle Hinault 1926. Permis 2T9 Archives municipales

 

Nivet 10 mai 1925 Ouest-Eclair

Ces baraques figurent bien dans des documents officiels, comme ci-dessous sur ce plan de 1935 sur la densité des habitations à Saint-Brieuc. Chaque baraque est représentée avec précision sur le plan.

Plan 1935, densité de la population. Archives municipales 5Fi188



Portraits d'habitants du Tertre

Aucun de ces travailleurs pauvres n’avait  d’attaches à Saint-Brieuc, tous avaient été attirés par le travail qu’on pouvait trouver en ville dans les années 30. Leurs revenus ne leur permettaient pas de prétendre à mieux et, le temps passant, les habitants se sont habitués à vivre là, puis d’autres sont venus les remplacer.

Prenons un premier exemple, celui de la famille Herviou : Jeanne est venue du Finistère où elle était ouvrière agricole ;  Yves, le père de famille, avait trouvé un travail comme manœuvre à la menuiserie Robert, sur le Tertre. Après, Yves Herviou a été embauché aux Forges-et-Laminoirs puis dans l’entreprise de construction Jouan et Zocchetti. Jeanne travaillera dans une crèmerie.

Mme Herviou en 1991 devant sa baraque sur le Tertre. Ouest-France mai 1991

Un autre exemple, avec quelques similitudes, est donné par Claude Corack : « Mon père était un immigré yougoslave. Ma mère ne parlait que le breton et ne maîtrisait pas le français. Elle avait travaillé à partir de 7 ans dans les fermes des environs de Guingamp et n’avait jamais fréquenté l’école. Elle travailla ensuite à St Brieuc aux Forges-et-Laminoirs. C’est là qu’elle rencontra son futur mari qui travaillait dans cette usine. Ils s’installèrent sur le tertre, n’ayant trouvé que ce refuge pour les accueillir avec les nombreux enfants nés de mariages différents. »

Famille Corack, sur la droite une des baraques. Photo Claude Corack

Dans les deux cas, nous avons à faire à des travailleurs pauvres sans qualifications et à des déracinés. Parmi les chefs de familles recensés sur le Tertre, nous avons ainsi Joseph Herviou, employé à la scierie Robert, Jean David, employé aux Forges-et-Laminoirs, Eugène Le Bert, mécanicien ; Edouard Gombert, manœuvre, Pierre Le Beuvant, manœuvre ; Benoit Minier, cimentier.

Ce sont des personnes qui veulent vivre de leur travail et qui ne demandent aucune aide, ni à l’état, ni à la municipalité. Ces habitants s’organisent entre eux. Ainsi, ils défrichaient cette mauvaise terre pour s’y installer, ils récupéraient des matériaux pour construire les enclos de leurs animaux et  leurs petites dépendances. Ils ont même réussi à faire pousser du blé.

 

Des habitations rudimentaires

Claude Corack a écrit ses souvenirs pour que l’on n’oublie pas ces habitants du tertre. Il nous donne une description précise des habitations et de la vie dans ces baraques : « J’ai vécu difficilement sur ce caillou abandonné jusqu’en 1959, dans une baraque en bois de quatre mètres sur neuf environ, couverte de tôles sans aucun confort, sans eau, sans électricité, sans toilette. Les murs composés de planches disjointes par le temps, laissaient passer la bise du nord. Deux pièces d’environ quinze mètres carrés, chacune séparée par une cloison en bois percé d’une ouverture permettant le passage de l’une à l’autre ; je partageais cet espace avec mes parents et mes nombreux frères et sœurs. Six personnes cohabitaient… Deux fenêtres de six grands carreaux chacune autorisaient la lumière du jour à pénétrer à l’intérieur. Parfois un vieux manteau servait de double rideau lorsqu’il n’était pas nécessaire comme couverture sur un lit. 

        Intérieur de la baraque de la famille Corack lors d’une fête. A gauche, porte de communication.

 

Une porte permettait l’accès à ce gite sommaire que l’on gagnait de l’extérieur en grimpant quatre marches en ciment. 

Famille Corack. On voit bien les marches d'accès à la baraque.

Un fourneau servait à cuire les aliments et chauffait le logis, l’hiver comme l’été. Le soir, une lampe à pétrole allumée tardivement par soucis d’économie, donnait naissance à des jeux d’ombres étonnants. La nuit le fourneau s’éteignait, il faisait souvent très froid. Les mois d’hiver, il était courant de casser la glace formée sur la réserve d’eau contenue dans nos seaux. Mon père se levait le premier, allumait le foyer qui enfumait toute la maison et mettait de l’eau à bouillir pour faire le café. Ensuite, dehors, il procédait à sa toilette, torse nu… Dehors, une cour entourée de piquets en bois et grillagée, permettait de parquer quelques poules, parfois un cochon et, toujours, des lapins. Ce petit monde complétait, avec les pigeons, l’univers de la famille…Il y eut même, à une certaine époque, un âne gagné par mon père à une loterie. »

La famille Corack, dans la cour avec les poules et lapins.

 

Les habitants du tertre à partir de 1940 et après 1954.

La liste des habitants du Tertre a été établie par des habitants de celui-ci, Claude Corack et sa sœur Paule, cette liste a ensuite été rectifiée ou complétée par Mme Herviou.

Les baraques du tertre, agrandissement d'une photo aérienne des années 40. Archives municipales.

 
 
Habitants du Tertre de 1940 à 1947

Une distinction est faite entre "les baraques", en bois, construite par le patron de la scierie et "les habitations", en dur et électrifiées, comme celle du contremaitre de la scierie M. Roy.

Baraque n°1 : Famille CORACK Paul le père, Henriette la mère, Eliane. Marguerite. Lebourhis Claude, Henri, Ernest. De 1947 à 1959 : Paul et Henriette et leurs enfants Claude, Henri, Ernest, Paule

Baraque n°2 : Famille LEBERT Eugène, le père ; Agnès, la mère et Jean et Eugène, les 2 enfants.

Baraque n°3 : Madame LEBAIL puis Nathalie BEAUGARD et sa fille

Baraque n° 4 : M et Mme CHAUVIN

Baraque n°5 : M et Mme CORSON (puis M et Mme Ménec et leurs deux enfants)

Baraque n°6 : ?

Baraque n°7 : M. ALANO dit BOUBOULE

Baraque n°8 : M et Mme Rot

Baraque n°9 : M Joseph HERVIOU et Marie Herviou et leurs filles Marguerite, Janine, leur fils Pierre.Le chef de famille est manoeuvre à la scierie Robert.

Habitation n°10 : Benoit Minier « le père Minier »

Habitation 11 : Monsieur Barbé

Baraque n°12 : Mme PASQUIER et sa fille

Baraque n°13 : Mme PIGNARD dite PINARD (Une femme baptisée « la mère Pinard).

Habitation en dur n°14 : M et Mme ROY et leurs 3 enfants, Jean Yves, Loïc et une fille.

Habitation n°15 : M et Mme COGUIC et leurs enfants dont Jacky et Claude.

Et dans l’ancien transformateur, M. Bodur. 

Les relations n'étaient pas toujours au beau fixe comme on peut le constater dans cet article du 14 octobre 1941 où Mme Blivet a donné des coups de sabots à Mme Nicolas qui a été blessée. Cette dernière a déposé plainte...

Tertre Marie-Dondaine. Ouest-Eclair 1941

 
11 février 1941 Ouest-Eclair

Habitants du Tertre après 1954

Liste nominative dressée de mémoire par Paule Corack :

Baraque n°1 : Famille CORACK ;
 Baraque n°2 : Famille LEBERT puis Famille LHERMITE ;
 Baraque n°3 : Famille Novak. Chauvin. Cosse ; 
Baraque n°4 : Famille LAUTRU Albert ;
 Baraque n°5 : Famille LAUTRU (Yveline née en octobre 54) ;
 Baraque n°6 : Famille ALANO ;
 Baraque n°7 : Famille CRENN ;
 Baraque n°9 : Famille HERVIOU ;
 Habitation n°10 : Famille REUX ;
 Baraque n°11 : Famille DUBOIS ;
 Baraque n°12 : Famille PASQUIER ;
 Baraque n°13 : Famille PIGNARD ;
 Habitation n°14 : Famille ROY puis Henri Corack et Julienne le Tyran ; Habitation n°15 : Famille COGUIC ; Ancien transformateur Famille BODUR.
Dans la presse locale, on trouve d'autres noms de familles dont les enfants sont nés au Tertre : Germaine Sheibel, avril 1952, Patricia Dubuisson août 1954, Lucien Chauvin septembre 1956...

Proches de la rue Luzel, construction de maisons nouvelles en dur, avec eau et électricité, en 1955 Famille MILLET 
et en 1964 Famille MARQUER.


Famille Corack, vue de la façade en bois. A droite de la porte, la bassine pour se laver à l'extérieur

 

Les gens du voyage, la famille Blivet

Sur le Tertre Marie-Dondaine, il y avait quinze baraques mais aussi des caravanes et des constructions légères des gens du voyage, dont la famille Blivet.  

Auguste Blivet, le père, est né le 5 septembre 1900 à Saint-Brieuc, il était rémouleur de son état mais faisait aussi des petits boulots. Dans les années 20, il est dans la région de Lorient. Un triste fait divers, publié dans Ouest-Eclair le 28 décembre 1926, montre à quel point il était dans le dénuement : "C'est un maçon, Auguste Blivet, 27 ans, habitant une roulotte, qui fut tenté par les choux d'un cultivateur voisin. il en pris six. C'est un pauvre hère, malade, père de trois enfants, qui plus est en chômage. Le tribunal le condamne à 15 jours de prison".

Arrivé à Saint-Brieuc, Auguste Blivet partait du Tertre pour parcourir les Côtes-du-Nord et aiguiser les faux des paysans, les ciseaux et couteaux des fermières. Son épouse, Germaine Clochefer (1893-1987), est née le 19 novembre 1893 à Saint-Germain-de-Coulommiers, avant de se marier elle exerce la profession de foraine et acrobate et son père est artiste de cirque. Elle était appelée "Palmyre".(Fiche sur Généanet, cliquer ici)

Auguste Blivet. Acte de naissance 5 septembre 1900 Saint-Brieuc

Ils se sont mariés à Dinan le 22 octobre 1923.

Auguste et Germaine Blivet ont acheté le terrain en haut du Tertre en 1927. Ils ne souhaitaient plus vivre dans leur roulotte et parcourir les routes toute l’année. Dans le recensement de 1936, 7 enfants sont inscrits, Claude, acrobate, né en 1919 à Dinan ; Marcel, né en 1924 à Lorient comme François en 1925, Auguste en 1927 ; Désiré est né en 1929 à Saint-Brieuc comme Germaine en 1931 et Élie en 1933. Plus tardivement, on trouve l'annonce d'autres naissances dans la presse : Françoise Blivet, avril 1948 ; Violette Blivet, mai 1951.

Claude Corack se souvient qu’un tournage de France 3 Bretagne a été diffusé sur ce personnage dans les années 1960. « Pour la petite histoire du Tertre Marie-Dondaine, Auguste nous faisait un exercice de cirque, rien que pour les mômes du tertre. Il était enchainé et réussissait à s'extraire de ses chaines. Ensuite, torse nu, il s'allongeait sur le sol, un bohémien plaçait sur son torse un gros morceau de granit, un autre prenait une masse et cognait pour fendre en deux cette pierre ».

Marcel Blivet est né en 1924 à Lorient, il n’avait que trois ans quand ses parents se sont installés sur le Tertre. Marcel ira à l’école du quartier, l’école Guébriant.

Au début des années 90, il y avait trois caravanes en haut du Tertre. La plupart des Blivet sont partis, il faut dire qu’ils étaient nombreux, Marcel Blivet a eu 16 enfants ! Seuls sont restés dans les caravanes sa fille, son fils, deux de ses frères et les neveux et nièces.

Les trois caravanes ont dû bouger un tout petit peu plus loin pour tenir compte des projets de l’époque de la municipalité, le reste du tertre ayant été alors complètement rasé des baraques. Avec la famille Blivet, la Ville a procédé à un échange de terrains et il a été question à un moment de construire une petite maison, ce qui aurait ravi Mme Blivet, prête à troquer sa caravane pour une habitation de plain-pied. « En tout cas, maison ou pas, hors de question qu’on aille dans une H.L.M ! A notre âge, on ne bougera plus d’ici », déclara M. Blivet au journaliste de Ouest-France qui l’interrogeait en mai 1991.

 

M et Mme Blivet en 1991 dans leur caravane sur le Tertre. Ouest-France mai 1991


Portrait de Marcel Blivet dans Ouest-France. 1995

 
Marcel Blivet et son épouse (décédée le 1er août 1987 à l'âge de 93 ans) reposent au cimetière de l'Ouest à Saint-Brieuc. On reconnait facilement la tombe familiale car c'est un monument de marbre qui abrite différents objets et souvenirs, à la manière des "gens du voyage".
 

Tombeau de la famille Blivet. Cimetière de l'Ouest à Saint-Brieuc. Photo RF 2021

 

Une micro société bien organisée

Les habitants du Tertre recueillaient l’eau de pluie pour leurs besoins quotidiens. Un point d’eau collectif existait mais à quelques centaines de mètres de là. En ce qui concerne les nombreux enfants du quartier, ils fréquentaient l’école publique Guébriant et pour les plus croyants, l’église de Robien. Il y avait aussi de bons côtés à habiter sur le tertre, les terrains regorgeaient d’arbres fruitiers  et à la belle saison tous les enfants y étaient perchés.

 

Parole d’habitant

Mme Herviou : « Quand j’étais à l’école rue Hoche, on revenait par le chemin du Coucou. Il n’y avait que des jardins dans ce coin là. Sur le tertre, quand j’étais jeune, on allait rue Luzel pour chercher l’eau. »

 

 

Claude Corack  témoigne d’une vie difficile dans les années d’après-guerre  mais également d’une vie où des exemples de solidarité sont à souligner : « Le Tertre Marie-Dondaine reflétait la vie. Certes une pauvre vie pour les gueux qui demeuraient en ces lieux mais il faut le dire cette partie du quartier de Robien en Saint-Brieuc était  très vivante.

Le  tertre était bien vivant, tout comme il l’était, quant mon père servait d’interprète au sein du camp de transit de prisonniers de guerre de Robien. Les baraquements de ce camp étaient placés à l’emplacement de la salle des fêtes actuelle. Il ramenait souvent à la maison des gens plus pauvres que nous puisqu’ils avaient perdu leur liberté. Devant un verre de vin et plusieurs parfois, ils entonnaient des chansons qui les rapprochaient de leur pays. C’était pour la plupart des slaves et je garde en oreille leur voix grave. »

Les habitants du tertre vivaient à proximité de l’usine Glémot, et le patron de l’usine n’était pas indifférent à leur sort. « Monsieur Glémot, patron de cette usine, ému par notre détresse et notre pauvreté, avait donné comme consigne à son contremaitre de nous doter de sandales et de les échanger dès qu’elles étaient usées. Les gosses du tertre ont profité très souvent de cette largesse ».

 

 

Parole d’habitant

Claude Corack : « Sur le tertre les services sociaux ne venaient pas, la police non plus ! »

 

 

L’évolution du Tertre-Marie Dondaine

 

Claude Corack explique ainsi l'évolution du Tertre :

"Il y a eu deux périodes différentes pour les habitants du Tertre : l’une allant de 1940 à 1956 et une autre moins difficile, après cette date car la ville  a mis à disposition un point d’eau potable sous la forme d’un robinet accessible à tous. Avant cette installation il fallait recueillir l’eau de pluie pour les besoins quotidiens. D’autre part il y a eu une nouvelle maison en dur, en partie basse électrifiée, ce qui entraînera des modifications sensibles notamment sur l’accès au tertre. Enfin, les premiers habitants ont été remplacés par d’autres, non fortunés mais qui n’avaient pas connu la misère totale. Certaines baraques ont été vendues, par exemple M. Riou en a acheté une et il louait à notre famille. Certaines maisons ont été isolées pour protéger du froid, dans les années 60 ». 

Les baraques du tertre, dessin de Jean-Pierre Marquer. 1979

 

Mme Jeanne Herviou a été la dernière habitante du Tertre au début des années 90. Elle aura habité cinquante-sept ans dans sa baraque, tout en haut du Tertre, au milieu de son lilas, de son jardin-potager. Elle vivait seule les dernières années mais pas sans la visite de ses quatre filles, de ses onze petits-enfants et deux arrière-petits-enfants. 

Mme Herviou raconte que, jusqu’au bout, elle s’est honorée à régler consciencieusement sa location de 30 francs par trimestre qu’elle versait à la Ville. Cela pose la question de l'appartenance de ces baraques. La ville en avait-elle racheté ? On sait par ailleurs qu'au décès du propriétaire de la scierie qui avait fait construire ces baraques, c'est sa femme, Mme Robert, qui venait chercher les loyers. 

Mme Herviou, la dernière habitante du Tertre en discussion avec les élus avant son relogement.

Les descendants de la famille Blivet habitent toujours sur une partie du Tertre sur un terrain dont l’accès principal a longtemps été la rue François Merlet.
 
Invités par le Comité de quartier de Robien à se retrouver en juillet 2019, des habitants du Tertre ont répondu à l'appel.
 
Mme Marquer, son fils Jean-Pierre, Paule Corack, M. Lautru...

 

 

Sources 

Histoire du Tertre Marie Dondaine. Claude Corack 

Nombreuses correspondances avec Claude Corack en 2019 et 2020.

Entretien avec Jeanine Lautru (née Herviou) le 12 juin 2019. 

Permis 2T9, Mlle Hinault 1926 Archives municipales.

Plan 1935, densité de la population. Archives municipales 5Fi188

Recensement 1936. Archives départementales.

Souvenirs de Marie et Marcel Blivet, recueillis dans un article de Ouest-France, 3 mai 1991

Portrait de Mme Herviou, dans un article de Ouest-France, 3 mai 1991


 

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Les habitants du tertre, de nouveau réunis en juin 2019, ici

La scierie Robert sur le tertre, ici


 

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