dimanche 15 décembre 2024

Jean Thomas, industriel, chiffonnier boulevard Carnot, Saint-Brieuc 1918-1955

 

Entreprise J.Thomas. Intérieur de l'atelier de récupération et tri des chiffons au Légué. L'illustration 1926

Jean Thomas est un marchand en gros de chiffons, installé dans le quartier de Robien, un peu avant 1920, au 14 rue Jules Ferry. A cet emplacement se trouvent différents bâtiments au fond d’une cour pavée. La Société Économique de Rennes y occupe d’autres bâtiments. Cette société a pris la suite des établissements Nicolas (négociants en vin).

L'entrée du 14 rue Jules Ferry sur la gauche de la photo

 

M. Jean Thomas s’occupait de la récupération, du triage et de la fourniture aux industries susceptibles de les utiliser, des chiffons, cordages, peaux, métaux, crins bruts, soies de porc, caoutchouc, os et déchets de toutes sortes.

 

La famille de Jean Thomas

Jean Mathurin Thomas est né le 16 mai 1887 à Lanfains (22). Il est le fils de feu Jean Marie et de Marie Louise Bresset, exerçant alors la profession de chiffonnière à Lanfains.

Il se marie le 6 juillet 1912 à Dourdan avec Thérèse Victoire Marceau (née à Dourdan en 1891). Ils ont eu un fils Albert, né à Alençon en 1913 et une fille, Marie, née à Saint-Brieuc en 1920.

Un second mariage a été contracté à Saint-Brieuc le 22 octobre 1938 avec Marcelle Berthier.

 

Les débuts de Jean Thomas comme chiffonnier

Les débuts de M. Thomas dans le métier sont racontés par un journaliste de L’illustration économique et Financière :

« M.Thomas s’installa à Saint-Brieuc en 1918, riche de l’expérience qu’il avait acquise, tant à Paris qu’en Normandie avant la guerre. En peu de temps, il sut imposer sur les places étrangères la qualité de la marque T.M dont il avait fait choix. Bientôt ses ateliers du Boulevard Carnot apparurent insuffisants et il en fit édifier d’autres au Légué. Esprit pratique s’il en est, M. Thomas dressa lui-même ses plans, harmonisant ingénieusement la disposition de ses bâtiments avec celle des lieux et dirigea la construction de son outillage. On peut dire que ses installations sont modèles et que l’effort de chacun est réduit au minimum ».

Le portrait est élogieux !

Chargement des ballots de chiffons dans un camion au Légué. L'illustration 1926

 

La suite de l’article décrit les procédés utilisés par les équipes de M. Thomas au Légué pour parvenir à la plus grande efficacité. Nul doute que les mêmes méthodes devaient être employées dans son atelier du quartier Robien : soin extrême apporté à la différenciation des catégories de chiffons, presse des chiffons triés pour constituer des balles chargées plus tard dans des camions, trains ou bateaux.

En 1926, la production annuelle de M.Thomas atteint les 10 000 tonnes en tenant compte des ferrailles et il emploie 200 ouvrières dont les plus jeunes sont formées au métier à partir de 13 ans.

 

 

La récupération, un secteur important de l’économie à Saint-Brieuc


En s’installant à Saint-Brieuc, Jean Thomas s’est inscrit dans une longue tradition de chiffonniers locaux. Les plus célèbres étaient la famille Presle.

Les établissements Presle de St Brieuc comptaient parmi les plus importants dans ce domaine dans l’hexagone et leur rayon d’action s’étendait dans tout l’Ouest de la France.

Ils furent fondés en 1858 par Auguste Gontrand, auquel succéda Presle et Gontrand. Ensuite Eugène Presle fonda les Établissements Presle et les confia plus tard à ses deux fils Émile et Louis. Les établissements comportaient de vastes magasins et ateliers à Saint-Brieuc, Vannes, Quimper, Dinan et Lannion.

Un grand atelier Presle se trouvait boulevard Charner et sa proximité était une bonne raison pour que des femmes du quartier de Robien y travaillent. 


Presle boulevard Charner. L'Illustration 1926.

 

Dans les années 1920, la production annuelle dépassait les 8 000 tonnes, soit 25 tonnes de matières diverses par jour expédiées en France et à l’étranger (chiffres de 1926).

 

Presle 1944. Dossier 3 L 147. Archives municipales.

 

C’est d’ailleurs M. Émile Presle qui était le président d’honneur la réunion annuelle du syndicat des Chiffonniers et Ramasseurs des Côtes-du-Nord le 10 juillet 1948 à Saint-Brieuc. M.Presle offrit le champagne à tous les présents. L’assemblée fut suivie d’un banquet d’une soixantaine de couverts à l’Hôtel de la Croix-Rouge « où un déjeuner copieux, arrosé de forts bons vins et cidre fut servi impeccablement. » (Ouest-France 17 juillet 1948)

 

1944. Familles Presle, Le Bigot et Gaudu. Fonds Le Bigot-Gaudu. Archives municipales


On retrouve plusieurs personnes de la famille Presle sur cette photo. Elle a été prise en avril 1944 au château de Grénieux de Saint-Brandan, propriété de Mme de Callac. L'identification des personnes a été facilitée par les notes prises par Jean Le Bigot.

1. Lucie Le Bigot-Presle ; 2.Simone Presle. 1922-1986, mariée avec Jean-Claude Gaudu, une fille Monique née en 1951 ;  3.Émile Presle (1894-1960) ; 4.Yvonne Presle, née Bouguen, épouse d’Emile ; 5.Henri Presle ; 6.Jacques Noël Le Bigot ; 7.Augustine Le Bigot, née Thomas ; 8.Marie-Thérèse Le Bigot, épouse Ferdinand Meuric ; 9.Denise Presle (épouse Le Coq)


  


Un vol en 1928

L'édition du 26 mars 1928 de La Dépêche de Brest s'arrête longuement sur un vol commis aux établissements Thomas. On y trouve des informations intéressantes sur cette entreprise, par exemple sur le type de peaux récoltées : taupes, loutres, écureuils, hermines, putois.

Le voleur avait eu la mauvaise idée de vouloir revendre certaines peaux à la maison Presle. Mais le commissariat fut immédiatement averti et l'individu arrêté... Un autre vol aura lieu en 1937 et sera journalisé (voir en fin d'article).

 

Vol chez Thomas. La Dépêche de Brest 26 mars 1928

L’évolution de l’entreprise dans le quartier. Années 30

M. Thomas est resté dans le quartier de Robien mais déjà avant la Seconde guerre mondiale, il trouve d’autres locaux de l’autre côté de la rue Jules Ferry au numéro 21 et habite à cette même adresse. 

Au début des années 30, son fils Albert, travaillait avec lui comme on le voit mentionné dans le recensement de 1931.

 

Recensement 1931. Archives départementales

 

On trouve la preuve de sa présence à cette adresse par les recensements de 1931 et 1936, et jusqu’en 1955 où il figure dans l’annuaire téléphonique.


Dans les années 30, Jean et Thérèse Thomas mettent en avant leur fabrique de fourrures, présentée comme la seule de la région. Elle se fait connaitre en passant des annonces dans la presse locale.

Le nom de leur société est La Pelleterie de Bretagne. Une marque a même été déposée, il s'agit de « Poilkidur ». Un magasin des fourrures Poilkidur commercialisait ces produits place du Martray à Saint-Brieuc.

La mode est alors aux accessoires en renard, avec des cols et cravates en tous genres : martres, fouines et putois.

 

Annonce Pelleterie de Bretagne, 19 septembre 1931. Ouest-Eclair

 

Annonce passée dans l'Annuaire téléphonique des Côtes-du-Nord 1934.

 
Annonce Poilkidur, marque des établissements Thomas à St Brieuc.

 

Une autre Pelleterie de Bretagne existe à Lannion mais le lien entre celle de St Brieuc et celle de Lannion n'est pas établi d'après les archives découvertes à ce jour...

25 septembre 1927. Ouest-Eclair


1er novembre 1928. Ouest-Eclair

 


L’entreprise Thomas pendant la Guerre 39-45

L’observation de quelques factures conservées aux archives municipales de la ville de Saint-Brieuc ne nous disent pas tout, loin de là, de l’activité de l’entreprise Thomas pendant la guerre 39-45. Mais malgré tout on peut en tirer quelques remarques.

Tout d’abord, le papier à en-tête renseigne sur le fait que l’entreprise s’occupait de la récupération de chiffons d’essuyage pour les machines, de vieux métaux, de vieilles matières et déchets divers pour les industries ainsi que de peaux en tous genres. D’autre part, elle pouvait réaliser la démolition d’usines et certainement récupérer des matériaux intéressants suite à cette démolition.

 

 

La première facture de chiffons de janvier 1940 montre que les ballots de chiffons pesaient  50 ou 100 kilos.

 

Thomas 1940. Facture. Archives municipales 3L 137

 

L’autre facture de janvier 1940 est spécifique aux métaux : surtout des ferrailles mais aussi en moindre quantité zinc, fonte, cuivre jaune, tôle à découper, essieux. 

 

1940. Facture. Archives municipales 3L 137

 

La fin de l’entreprise. Années 50

On sait peu de choses sur les dernières années de l'entreprise Thomas. 

L'année 1951 est marquée par un drame. Un article de Ouest-France du 8 juillet 1951 nous apprend que, malheureusement, M. Andrieux, 27 ans, fut jugé responsable d’un accident mortel. Le 17 avril, alors qu’il était au volant de la camionnette de son patron M.Thomas, il accrocha le vélo de Pierre Mahé, âgé de 20 ans, ouvrier aux Forges-et-Laminoirs.

 

M. Thomas est resté au moins jusqu'en 1958, date d'annonces passées dans Ouest-France au 21 rue Jules Ferry (6 octobre, 22 octobre, vente de tôles ondulées). 



 

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Si vous avez des éléments pour compléter cet article  (photos, témoignages...) merci d'utiliser le formulaire de contact en haut à droite...
 
 
Ouest-Eclair. Accident. 30 mars 1926

 
 
 

Anecdote

 

Les chiffonniers attirent parfois la convoitise des voleurs. C'est ce que nous allons voir avec cette histoire qui se déroule en mars 1937, elle est relatée dans Ouest-Eclair : deux jeunes de Saint-Brieuc décident de se procurer un peu d’argent en commettant un vol. Ils escaladent le mur de deux mètres de haut du chiffonnier Eugène Méheut, rue Jules Ferry et font une provision de 12 kilos de plomb qu’ils vont scier. Ainsi espèrent-ils que les matériaux transformés ne seront pas reconnus. Jules S. donne un faux nom et se présente ensuite chez M. Thomas qui exerce le même métier que M. Méheut pour lui revendre le larcin.

« Seulement, M. Méheut s’était aperçu du vol et avait alerté ses collègues briochins. Un coup de téléphone de M. Thomas l’avertit qu’un jeune citoyen était au magasin, proposant du plomb. Le plaignant reconnut son bien et alerta la police qui obtint des aveux ».

Le tribunal condamna Jules S. à 25 francs d’amende et acquitta son complice qui n’ayant pas participé à la transaction avait choisi de dire au tribunal qu’il était chez sa mère ce soir-là.  

(D’après l’article de Ouest-Eclair du 12 mars 1937)

 

 

Sources

 

Etat civil, registre des naissances de Lanfains avec mention des deux mariages. Année 1887, vue 116. Archives départementales en ligne, cliquer ici. 

Ouest-Eclair, articles du 30 mars 1926 (accident), 17 juillet 1948 (congrès), 8 juillet 1951 (accident Andrieux), 2 novembre 1951 (vol). 

Ouest-France :  8 juillet 1951, 6 octobre 1958, 22 octobre 1958.

 

Annuaires téléphoniques des Côtes-du-nord 1934 (annonce). Archives départementales.


Recensements 1931 et 1936. Archives départementales.

 

Factures de 1940. Dossier 3L 137. Archives municipales

Facture Presle de 1944. Dossier 3L 147. Archives municipales

 

Deux photos sont extraites de L’illustration économique et financière, supplément au numéro du 18 septembre 1926.

 

Généanet, fiche sur Jean Thomas, cliquer ici 


Registre matricule, cliquer ici


 

L’histoire des chiffonniers du XXe siècle, et de leur manière de trier et de recycler, nous ramène à ce début de XXIe siècle où les concepts d’économie circulaire est d’actualité.

La concentration autrefois de nombreux chiffonniers industriels dans le quartier de Robien trouve aujourd'hui un héritage naturel dans l'engagement de ses habitants à en faire un Eco-Quartier vivant.

 

 

Chiffonniers, fourreurs, marchands de peaux. Quartier de Robien

Repères

 

1920. Chiffonnier : Mennou Albert, 29 boulevard Carnot

 

1932-1936. Fourreurs : La Pelleterie de Bretagne, Jean et Thérèse Thomas, 13 bis rue Jules Ferry

 

1932-1936. Peaux : Eugène Méheut, 33 bis rue Jules Ferry


1932-1936. Peaux : Pradat, 7 boulevard Hoche 

 

1948-1949. Récupération de peaux : Méheut, 81 rue Jules Ferry ; Pradat, 47 rue Jules Ferry ; Thomas, 21 rue Jules Ferry, Presle rue Luzel

 

1955. Chiffons : Thomas Jean,  21 rue Jules Ferry

 

1955.  Récupération de peaux : Pradat, peaux brutes, 47 rue Jules Ferry

 

1973. Récupération de chiffons et peaux : Méheut E,  35 rue Jules Ferry ; Pradat, 47 rue Jules Ferry

 

 


 

 


dimanche 8 décembre 2024

Jean Le Bigot, Vice-consul du Danemark à Saint-Brieuc 1960

 


 

Jean Robert Le Bigot est né à Saint-Brieuc le 5 mai 1915, il habitant rue Lesage à Saint-Brieuc, s'est marié en 1943 avec Françoise Coutret et il est décédé le 11 novembre 2003 à Saint-Brieuc.

Jean Le Bigot était connu dans sa ville natale comme négociant en grains, rue Jules Ferry, dans le quartier de Robien. Il travaillait avec Jacques, son frère et avait pris la succession de l'entreprise familiale en 1956. Peu après cette date, il a assuré une fonction diplomatique que beaucoup de gens ignorent.

Jean Le Bigot,  a pris ses fonctions de Vice-consul du Danemark à Saint-Brieuc, par décret du Ministère des Affaires étrangères, le 23 février 1960. 

 


 

Les raisons de l’attribution de cette fonction diplomatique à M. Le Bigot

Les critères qui président au choix d'un vice-consul sont le statut social des intéressés, la connaissance qu'ils ont du pays dont ils assurent la représentation et le réseau de relations dont ils disposent.

Il faut aussi savoir qu’un Vice-consul ne bénéficie ni d’un budget ni d’une rémunération. Par contre, il obtiendra la totalité du remboursement de ses dépenses administratives, avec les justificatifs, mais cela oblige l’intéressé à faire l'avance des frais.

Tenant compte de ces critères, M. Le Bigot, par la présence de son établissement au port du Légué, est très bien placé pour être en contact avec de nombreux marins danois. On voit d’ailleurs que dans les différents rapports annuels, envoyés par M. Le Bigot à l’Ambassadeur du Danemark, figure un état détaillé de tous les navires danois ayant accosté dans les ports du Légué, de Dahouet, de Tréguier et de Paimpol.

Les mouvements sont importants, ainsi on note par exemple que pour l’année 1963, 19 navires danois ont touché le Port du Légué.


 

Des renseignements doivent être fournis sur les importations et les exportations. C’est un domaine qu’il connaît très bien. Plus occasionnellement,  M. Le Bigot se charge de régler différentes formalités pour des marins. Ainsi M. Le Bigot s’occupe de prendre des billets de train pour deux marins, Palle Petersen et Erik Sorensen en juin 1967. Cet exemple illustre bien la contrainte imposée au Vice-consul qui doit engager des frais pour se faire rembourser plus tard.

Par ailleurs, le réseau relationnel de Jean Le Bigot est très étendu sur Saint-Brieuc et au-delà car il est issu d’une vieille famille briochine. Ajoutons enfin que son expérience du commerce européen fait de lui une personne tout à fait à même d’exercer une telle fonction.

Ajoutons enfin que St Brieuc est rattaché au Consulat de Nantes avec à sa tête Henry Villandre, une vieille connaissance de la famille Le Bigot.

Extrait d'un courrier adressé le 11 avril 1960 par Henry Villandre à Jean Le Bigot :

"Permettez moi, Monsieur le Vice-consul, de vous dire tout le plaisir que j'ai eu d'apprendre votre nomination... Votre nom me rappelle une famille, et singulièrement Madame Le Bigot, votre grand-mère ainsi que Monsieur René Le Bigot, dont j'ai gardé de très fidèles et vivants souvenirs".

 


Les taches du Vice-consul du Danemark à Saint-Brieuc

Le Vice-consul est chargé de s’occuper des ressortissants danois fixés en France ou ayant quitté le territoire français dans son secteur géographique, mais il faut avouer que ce dernier cas est très rare. Pour honorer sa tache, il fait le lien entre les services de la Préfecture et le Consul du Danemark en France.

 


M. Le Bigot intervient ainsi en novembre 1964 pour un marin danois accidenté sur un bateau chargé de charbon, le « Scantic ». Bent Nymann est hospitalisé à Saint-Brieuc et c'est à Jean Le Bigot qu'il revient d'assurer son rapatriement en train vers le Danemark.

On peut aussi demander à M. Le Bigot de recueillir les votes, lors des élections danoises, au Vice-Consulat de Saint-Brieuc, comme cela s’est passé en novembre 1966.

M Le Bigot est dans le groupe organisateur chargé de recevoir une délégation venue avec l’équipe de boxe amateur danoise. M Le Bigot est à l’accueil des Danois à 23h30 en gare de Saint-Brieuc et en fait le compte-rendu au Consul : « Les organisateurs avaient tenu à ce qu’une aubade, d’un groupe folklorique composé de quelques binious, bombardes et d’une Bretonne en costume régional, fut donnée lorsque les Danois mirent pied à terre à la gare de Saint-Brieuc. ». M Le Bigot offre ensuite le Champagne aux cadres de la délégation dans le hall de l’hôtel qui leur est réservé. Un toast est porté au Roi et à la Reine, et à la prospérité du peuple Danois. La soirée n’est pas terminée pour M Le Bigot qui doit se rendre à Guingamp car le directeur de l’équipe danoise a laissé sa caméra dans le train !

Le 5 avril 1964, se déroule le match international de boxe France-Danemark, à la salle de Robien, auquel assiste en particulier le chef du cabinet du Ministre des Sports Herzog. 

Les boxeurs danois ne remportèrent que deux combats sur dix mais l'ambiance était assurée dans la salle de Robien !

 

1964. Rencontre de boxe France-Danemark à St Brieuc

 

Pour parfaire sa connaissance du pays, M Le Bigot reçoit régulièrement des revues sur l’état politique, économique et social du Danemark. Il est mis au courant de la composition des  gouvernements, des émissions de monnaies commémoratives et même des conditions de voyages au Groënland ! 

Les évènements liés à la famille royale sont également très suivis par le corps diplomatique. Il faut dire que les liens entre les deux pays sont très étroits avec le mariage, le 10 juin 1967, du Comte Henri de Laborde de Monpezat avec la Princesse héritière Margrethe du Danemark (Reine du Danemark à partir du 14 janvier 1972).

 


Certains moments de la vie d’un Vice-consul ne sont pas du tout déplaisants comme cette invitation à se rendre à la Réunions des agents consulaires à Copenhague en juin 1964.
Le programme est le suivant :

Dimanche 14 juin, réception à l’Hôtel de Ville de Copenhague ;

Lundi 15 juin, conférence, déjeuner, conférence, banquet offert par le gouvernement ;

Mardi 16 juin, exposé sur l’agriculture et film, visite d’entreprises et « pour les femmes » visites de la Manufacture royale de Porcelaines ; déjeuner offert par les brasseries Carlsberg, Tuborg… Soirée donnée par Leurs Majestés le Roi et la Reine au château de Christiansborg ;

Mercredi 17 juin, excursion dans l’île de Seeland, visite d’exploitations agricoles, et « pour les dames » visite du château de Kronborg. Au retour présentation des dernières créations des fourreurs danois ;  Jeudi 18 juin : conférence sur la culture danoise, film, déjeuner offert au Palace hôtel, « pour les dames » un défilé de mannequins l’après-midi.

Précisons que M et Mme Le Bigot se sont rendus au Danemark en bénéficiant des services de l'entreprise de voyage Flageul.

 

1967. Documents pour le voyage au Danemark de M et Mme Le Bigot. Fonds Le Bigot

 


Documents 

1960. Document officiel de la nomination de Jean Le Bigot comme Vice-consul. Fonds Le Bigot

 

1963. État des navires ayant accosté au port du Légué. Document envoyé au Consulat du Danemark

 

1967. Courrier de Jean Le Bigot adressé à l'Ambassade du Danemark à Paris.

Si vous avez des remarques, des documents ou des témoignages sur l'entreprise Le Bigot et Jean Le Bigot, merci d'utiliser le formulaire de contact en haut de page.

 

 

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A lire sur ce blog

L'entreprise Le Bigot, 1894-1959, cliquer ici

L'entreprise Le Bigot, 1960-1980, cliquer ici

Sources

Fonds Le Bigot. Dossier 18 Z 465. Archives municipales.

 


 

 

 

 

samedi 30 novembre 2024

Les commerçants ambulants, quartier de Robien à Saint-Brieuc. Titine de Cesson

 

 

Le poisson est tout à fait le type de produits qui se prête bien à la vente occasionnelle dans un quartier.

Dans les années 50, une certaine Titine, vendeuse ambulante de poissons, était connue à Cesson, en ville et à Robien. C'était un personnage haut en couleurs qui a marqué les esprits. Certains la désignent comme "Un monument", d'autres "Une légende" !

De son vrai nom elle se nommait Augustine Boulaire, mariée Buffard

 

Ci-dessous, "Sous la Tour, à Plérin, retour de pêche", carte postale ancienne, 

archives municipales de St Brieuc 8Fi147.


Qui était Augustine Boulaire ?

Augustine Joséphine Marie Boulaire est née le 17 janvier 1910 à Cesson. Au moment de sa naissance, son père n'est pas présent car il est en mer. C'est la grand-mère maternelle qui vient faire la déclaration. L'absence de sa signature est notifiée par les services de l'état civil en raison de son illettrisme. 


Elle se marie avec Eugène Buffard le 12 février 1931 à Saint-Brieuc, le couple aura 3 enfants.

Mention du mariage sur l'acte de naissance d'Eugène Buffard

Le couple habitait au Valais (Cesson) dans les années 30.

 

Ci-dessous, recensement de 1931 Le Valais en St Brieuc, vue 742


Plus tard, on trouve une adresse plus précise au 157 rue de la Corniche à Cesson mais c'est celle de "Titine Baza". 

Augustine est décédée à l’âge de 65 ans le 17 mars 1975. 

Il faut noter que le patronyme Boulaire est fortement représenté dans les hameaux de Cesson. Par exemple en 1931, on en recense 8 à La Mardelle, 10 au Tertre de la Croix, 3 à La Douve, 4 au Chemin du Valais et 21 dans la rue du Valais. Au total 46 Boulaire, dont 3 Augustine Boulaire ! 

Maison (de Titine Baza) au 157 rue de la Corniche à Cesson.

Des souvenirs

Dominique Rault, de St Brieuc qui habitait en ville l’a connue : « Une brave femme qui avait le coeur sur la main... et pas la langue dans la poche. Quand elle avait quelque chose à dire à quelqu'un, elle ne "tournait pas autour du pot". Sa charrette était peinte en vert.

Elle vendait ses maquereaux sous le porche de la chapelle Saint-Guillaume. L'âne connaissait par coeur la route du retour vers Cesson, car parfois la journée avait été longue et usante..."

Certains croient de souvenir qu’ils l’ont vu se battre avec une autre femme de pêcheur, une véritable scène d’un album d’Astérix mais dont l’exactitude est encore à vérifier !

Huguette Kerbarh, née Colin, de la rue Fardel, se souvient plutôt que les poissonnières s’arrosaient les bottes avec des jets d’eau au moment du nettoyage des étals. Elle a aussi le souvenir précis de Titine pesant son poisson avec une balance romaine, « avant de l’envelopper dans du papier journal », ajoute Daniel son frère. Enfin, petit détail qui a son importance, "Elle présentait toujours ses maquereaux dans une corbeille en osier où les poissons prenaient une belle forme recourbée."

Monique Tanghe précise qu'il ne faut pas la confondre avec "Titine Baza" qu'elle a connue quand elle habitait le Valais entre 54 et 60. Titine Baza vendait des maquereaux devant les Nouvelles Galeries (appelé aussi le bazard) avec son bardot qui tirait la charrette.

Yann Gicquel raconte dans le forum des habitants de Cesson que "Si c’est la même Titine que j’ai connue ( j’ai appris qu’il y en avait deux), je l’ai vu se battre avec ma tante Marie Buffard. Mon oncle se prénommait François et  ils habitaient route de la corniche, à une maison l’une de l’autre.
Titine a été la première à avoir un triporteur scooter
."

Claudie Rault habitait rue Jean Bart à Saint Michel à partir de 1956 : "Titine passait pour vendre les maquereaux péchés par son mari. Elle était corpulente et criait " au maquereau, maqueriau frais ". Elle avait une charrette tirée par un  pauvre petit âne chétif. Plein de gens de la rue se précipitaient pour acheter son poisson. Je sortais pour caresser ce pauvre bardot.
Un jour, je devais avoir 4 ou 5 ans, ma tante m'a demandé ce que disait le petit âne. Évidemment, j'ai répondu "au maquereau". L'anecdote est restée dans ma famille et on me l'a régulièrement ressortie plus tard et très longtemps après
".


A Robien, Mary-Noëlle Bourseul, qui habitait rue Cuverville au dessus du dépôt du chemin de fer, se souvient que sa grand-mère lui achetait du poisson à chaque passage.

Christine Quéré venait voir l’été sa grand-mère qui habitait rue Anne de Bretagne. Titine y passait en criant « maquereau-maquereau ». On l’entendait de loin.

Jean-François Garnier, qui habitait rue du Coucou, évoque ses souvenirs de Titine :

"Dans les années 50-60, parmi les marchands ambulants, dans notre coin de la rue du Pré-Chesnay et  du chemin du Coucou, passait toutes les semaines, Titine de Cesson qui  vendait les "maquereaux frais", de "Sous la Tour", s'il vous plait, poisson que son marin-pêcheur de mari ramenait dans son filet.

Titine arpentait le  quartier, assise sur la banquette de sa charrette, tirée par un âne. Sa  corpulence était telle, qu'elle prenait toute la largeur du banc. Les rares  fois que son mari l'accompagnait, il devait se faire tout petit pour  occuper un peu d'espace: faits réels ou souvenirs un peu moqueurs des enfants du quartier ? En tout cas, les poissons étaient frais et on aimait bien Titine de Cesson."

Ci-dessous, photo extraite du livre Saint-Brieuc de ma jeunesse de François Thomas aux éditions du Télégramme, page 56. La photo est légendée ainsi : A Cesson, après la pêche, on allait vendre les poissons au marché, à l'aide de petites charrettes attelées par des ânes.


Yvelyne Boulaire l’a bien connue puisque c’était sa tante (la sœur de son beau-père). C’est elle qui a pu indiquer à quel endroit se trouvait sa tombe à Cesson, une tombe très originale qui représente des voiles de bateaux.

Avec Augustine Buffard (1910-1975) sont enterrés Eugène Buffard, son mari (27 juin 1907 St Brieuc-1992) et Jean-Claude Buffard (1942-1993).

Cimetière de Cesson. Photo R.F 2022

Berthe Hamon, une autre marchande, a également à Cesson une tombe qui se remarque, avec un gros poisson noir.

D'après un commentaire de Pierre Perrin sur ce sujet dans un forum Facebook : Berthe Hamon est née le 18 décembre 1919, décédée le 11 octobre 1985. Son fils Louis ( Loïc) a fait façonner, par Pierre Le Galliou, le maquereau sur la tombe de sa mère.

Christian Lugrezi a connu Berthe Hamon car il étais ami avec son fils :  "Elle allait jusqu'à Saint-Brieuc à pied avec sa carriole vendre ses maquereaux sous le porche de l'église Saint- Guillaume comme plusieurs femmes."

Cimetière de Cesson. Photo R.F 2022

La vente de poisson dans les années 60

D'autres anciens habitants du quartier racontent qu’au début des années 60, il y avait aussi un marchand ambulant de poissons qui criait « maquereaux frais » sur sa drôle de mobylette-triporteur.

En effet, Titine était passée de la charrette au triporteur comme nous l'indique ce fait divers relaté dans Ouest-France du 10 avril 1959 !


Le véhicule de Titine était un Vespa avec une remorque découverte.

Robert Morin se souvient qu'il allait au bal à Bagatelle avec Jean Claude son fils, à 4 dans la benne et 2 dans la cabine.

Modèle de Vespa proche de celui de Titine


D’autres marchands ambulants à Robien

C'est également dans les années 60 qu'un rémouleur s’installe dans la cour de l’immeuble à côté du Square Barillot, rue Edgar Quinet.

Il y avait aussi des personnes qui passaient avec une charrette pour ramasser des peaux de lapins en criant " Peaux de lapins, marchand de chiffons".

 

Le saviez-vous ?

Dans le quartier de Robien, il n’y a pas eu que Titine pour s’approvisionner en poisson. En 1961, on peut se procurer du poisson tous les jours à Robien à la poissonnerie de M et Mme Nachez, 28 rue Aristide Briand. Ce commerce sera repris par M. Crocq dans les années 60.

En 2014, Laurent Trécherel, installé devant le magasin Spar rue Jules Ferry, a proposé une fois par semaine ses produits qui venaient directement de la criée de Saint-Quay-Portrieux.

Poissonnerie ambulante rue Jules Ferry. 2014. Site du C.A.R

 

Le saviez-vous ?

Le 7 octobre 2022, le Maire et plusieurs membres du conseil municipal de Saint-Brieuc étaient à Cesson pour inaugurer le square Rosa Le Mée, dernière vendeuse ambulante de poisson à Cesson.



Si vous avez des documents ou des témoignages à partager à propos de Titine de Cesson ou d'autres commerçants ambulants à Robien, merci d'utiliser le formulaire de contact en haut de page. 

Coiffe de Cesson


Des questions...

 

Un article daté du 24 août 1926 dans Ouest-Eclair fait état d'une certaine Augustine Boulaire qui avait de l'aisance dans le domaine de la navigation puisqu'on la retrouve à la deuxième place des régates du Légué en août 1926 dans la catégorie « canots montés par des femmes ». Marie Boulaire est à la première place… 

Mais est-ce Titine dont il est question dans cet article, on ne peut l'affirmer car les recensements de Cesson montrent qu'il y avait plusieurs Augustine Boulaire ! C'est ce qui peut entrainer des confusions... Une seule est née le 17 janvier 1910...

 

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Sources

Forum du 7 octobre 2021. Comme une bouteille à la mer, Claudie Rault avait lancé une discussion : « Qui a connu Titine, la marchande de maquereaux de Cesson dans les années 50-60 ? ». De nombreuses personnes ont répondu, certains témoignages ont été rassemblés dans cet article.

Forum du 26-27 avril 2022 sur "Tu sais que tu viens de St Brieuc", avec en particulier les contributions de Monique Tanghe, Robert Morin... 

Si vous êtes passionnés par l'histoire de Cesson, n'hésitez pas à vous inscrire dans le groupe Facebook "Cesson et la baie de Saint-Brieuc".

Enquête auprès des services de la ville de Cesson.

Archives départementales en ligne, registres des naissances 1910, vue 11.

Archives municipales, carte postale, Sous la Tour, 8Fi147

Recensement 1931, Buffard à Cesson, vue 742

Ouest-France, accident, 10 avril 1959

Annonces du décès dans Ouest-France du 19, 25 et 26 mars 1975

 

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