vendredi 7 novembre 2025

Abbé Yves Le Prévost (1927-2022), vicaire de la paroisse de Robien à Saint-Brieuc de 1953 à 1964

 

L'abbé Le Prévost à droite. Photo Le Télégramme 2003

L'abbé Yves Le Prévost est né à St Brieuc en 1927. Il est le fils du colonel Henri Théophile Jean Le Prévost, né en 1896, originaire de Saint-Quay-Portrieux, engagé volontaire en 1914, instructeur à l'école militaire de Saint-Maixent, promu commandant en 1938, il dirigera le 3e bataillon du 71e Régiment d'Infanterie, détaché à Dinan.

Sa mère Mme Marie-Thérèse Le Prévost est née Bolloc'h, originaire de Saint-Brieuc, son père est professeur de mathématiques au Lycée Le Braz et sa mère est commerçante de chaussure rue Saint-Guillaume. Mme Le Prévost exercera des fonctions de conseillère municipale à Dinan. 

La famille Le Prévost est composée de quatre enfants : Michel, Monique, Yves et Joël. Yves Le Prévost sera très marqué par le destin de son frère aîné Michel, jeune Résistant et Scout de France, exécuté en 1944 par les Allemands dans la côte de Sainte-Anne de Quévert, au moment de la Libération de Dinan.

Sur le plan religieux, Yves Le Prévost est le neveu du chanoine Jean Bolloc'h de la paroisse Saint-Sauveur de Dinan, de 1945 au moment de son retour de captivité jusqu'en décembre 1959. L'abbé Bolloc'h sera directeur du grand séminaire à Saint-Brieuc. Évoquant l'éducation donnée par ses parents, Yves Le Prévost parlait d'un "climat familial très naturellement imprégné des valeurs de l’Évangile. On n'a pas conscience de l'air que l'on respire et nous fait vivre... valeurs de droiture, d'attention aux autres et de service gratuit. La fameuse B.A du scoutisme : bonne action quotidienne au service des autres...". (Propos extraits d'un article du Pays de Dinan, année 2010)

Yves Le Prévost fait le séminaire, il est étudiant à Rome pendant sa dernière année  Il est ordonné prêtre le dimanche 20 avril 1952 dans l'église Saint-Sauveur de Dinan et le jeune prêtre chante sa première messe, une semaine plus tard, à Saint-Quay le dimanche 27 avril 1952.

Abbé Yves Le Prévost. 21 avril 1952 Ouest-France

L'abbé Yves Le Prévost est nommé vicaire de la paroisse Sainte-Anne de Robien en août 1953, ce jeune et dynamique vicaire y restera jusqu'en 1964.

Il est décédé dans la nuit du 15 au 16 novembre 2022 à la maison de retraite du Cèdre, à Saint-Brieuc. La cérémonie d'obsèques s'est déroulée le lundi 21 novembre à l'église Saint-Yves, sous la présidence de l'évêque Monseigneur Moutel et en présence d'une foule nombreuse. Un ancien principal du Lycée Saint-Charles, où l'abbé Le Prévost avait été professeur, a rappelé le soucis de l'abbé de trouver sans cesse des solutions aux problèmes posés et le soucis d'écoute des jeunes. Concernant le quartier de Robien, un responsable de La Vaillante a évoqué le travail mené par l'abbé Prévost à Robien, un bâtisseur et un "bâtisseur d'humanité"...

Lundi 21 novembre 2022, obsèques de l'abbé Yves Le Prévost. Photo RF
L'abbé Le Prévost à Robien

L’abbé Le Prévost restera jusqu’en 1964 à Robien et il aura marqué de son empreinte la vie de la paroisse à une époque où elle était en pleine expansion. Il a été la personne qu’il fallait pour être en phase avec la population de ce quartier. Beaucoup reconnaissent qu’il savait fédérer et entraîner les gens dans ses projets.

Les colonies de vacances

Par exemple, l'abbé Le Prévost a été le fer de lance, dès 1961, des colonies de vacances qui se déroulaient à Fouesnant, dans le Finistère. Les locaux sont ceux de l’école des Frères et les jeunes vivent sous des grandes tentes, achetées dans des surplus de l’armée américaine, qui forment un camp pour les garçons et un autre pour les filles. Pendant des années, les filles, encadrées par la directrice de l’école Sainte Bernadette et son équipe d’animatrices, iront à Fouesnant en juillet. Les garçons suivaient au mois d’août, encadrés par les curés, dont l'abbé Le Prévost, et des animateurs. Cette initiative a pu se poursuivre dans le temps avec l'engagement de nombreux bénévoles attachés à cette colonie de vacances propre au quartier de Robien.

Bien des années après, dans un article de Ouest-France du 27 mai 2011, le directeur de la colonie, André Martin, n'oublie pas de rendre hommage au travail réalisé par le vicaire de Robien : « A l'initiative du directeur du patro de l'époque, l'abbé Yves Le Prévost, un terrain a été acheté à Fouesnant et un site d'accueil construit ».

Le départ de la colo de Robien. 16 juillet 1959 Ouest-France
La salle de la Vaillante de Robien

L’abbé Le Prévost lance ce projet d'une salle pour la Vaillante car les activités sportives se déroule en plein air. Une structure métallique est édifiée par des professionnels et l’abbé, aidé de paroissiens, remplit d’agglos l’espace entre les poutrelles. Quand on ne sait pas où est l’abbé, on est presque sûr de le trouver sur son échafaudage !

La salle de La Vaillante en 1971. Photo Ouest-France

L’abbé Le Prévost, arrivé en 1953, n’a pas fait que monter des murs, il a aussi mis beaucoup d’énergie pour la réussite et le développement de cette association. L’abbé Le Prévost se souvient que « après la classe, les gamins se retrouvaient au terrain de jeu et improvisaient des tournois. La salle était ouverte jour et nuit ». 

Quelques dates à retenir sur les étapes de construction :

1955 : réalisation d’une salle de gymnastique et de ping-pong.

1959 : construction de la salle omnisports et équipement de cette salle.

A droite l'abbé Le Prévost avec les jeunes coureurs de La Vaillante.17 janvier 1955

Le cinéma l'Armor-Robien

En 1954, l'activité cinéma du patronage de Robien prend le nom de « Ciné-Vaillante ». En septembre 1954, les collégiens en vacances puis les autres membres actifs du Patronage de la Vaillante de Robien travaillent à la réfection de la salle de patronage. Les travaux sont terminés mi octobre.

Le 11 octobre 1955 Ouest-France fait le point sur le patronage et titre « D’importants travaux sont en cours à la Vaillante de Robien. Les membres et les amis du « patro » construisent un gymnase et agrandissent la salle de spectacle. » L’article se poursuit ainsi : « Le sympathique patro de Robien est devenu un chantier actif où maçons, menuisiers (et bientôt les peintres) travaillent de concert et dans la meilleure harmonie.

Déjà au début de l’hiver, sous l’impulsion de M. Joseph Rault, président de "La Vaillante, et de M. l’abbé Le Prévost, le jeune et dynamique directeur du patronage, ce Comité avait décidé avec l’autorisation bienveillante de M. l’abbé Lemordant, recteur de la paroisse, la création d’une salle de cinéma".

A gauche l'abbé Lemordan, à droite l'abbé Le Prévost. Ouest-France 18 janvier 1956

Ainsi le Cinéma-Armor Robien vit le jour...

L'Armor-Robien, cette vraie salle de cinéma, est achevée en 1956. Elle est plus grande et plus confortable, avec un équipement digne de ce nom, capable de proposer des films avec un son et une image de qualité. L'abbé Le Prévost est pour beaucoup dans cette réalisation. 

Armor-Robien 6 octobre 1961 Ouest-France

Les postes occupés par l'abbé Le Prévost de 1964 à 2003.

L'abbé Le Prévost rejoint ensuite en 1964 la paroisse Saint-Michel de Saint-Brieuc, avant d'être nommé à l'école Saint-Charles en 1967, dont il fut pendant 23 ans sous-directeur, responsable de la vie scolaire et de l'animation pastorale. 

En 1990, il deviendra vicaire de la paroisse de Pléneuf-Saint-Alban-Planguenoual avant de poursuivre en 2003 son ministère pastoral à Quintin « où j'ai déjà répondu à l'appel de diverses activités, notamment en accompagnant la catéchèse des confirmands, et le mouvement chrétien des retraités », confie-t-il. Il aidera aussi dans sa tâche, l'abbé Jean Le Biannic, curé de la paroisse. (Ouest-France, 7 octobre 2003)

L'abbé Le Prévost à droite. Photo Ouest-France 2003

Départ de Quintin d'Yves Le Prévost. Le 6 septembre 2006 Ouest-France

Après son départ de Quintin en 2006, l'infatigable abbé Le Prévost est nommé à la paroisse Notre-Dame-de-l'Espérance à Saint-Brieuc.

Paroles de paroissien

"Yves Le Prévost était particulièrement apprécié des jeunes. Il rayonnait dans la paroisse, sur son scooter, développant "la Vaillante", qui, avec le  COB, était la meilleure équipe de basket-ball de Saint-Brieuc. Le dimanche, il n'hésitait pas à monter dans la tribune de l'église pour sermonner se  sportifs, un peu agités pendant la messe. Il n'avait pas son pareil pour participer à la préparation des kermesses.  Ce fut un grand vicaire ! Si Yves le Prévost était repérable par son scooter, Alexis Collin, plus modestement, l'était par son solex ! Les deux seraient  aujourd'hui "tendance".

                    Témoignage de Jean-François Garnier, juin 2022

A droite l'abbé Le Prévost. 17 janvier 1955

Paroles d'un "drôle de paroissien" 

Témoignage de Claude Corack

« Un abbé nouvellement nommé dans le diocèse de Robien a pris contact avec les enfants du tertre Marie Dondaine. Je veux citer Yves le Prévost qui par la suite est devenu prêtre enseignant au lycée Saint Charles de Saint-Brieuc. Cet abbé m'a redonné la foi. Tout d'abord, il nous a dit simplement qu'il avait besoin de nous et que fréquenter l'église le dimanche était plus facile pour les fils de bourgeois mais que les autres brebis pouvaient prier autrement. Son projet a alors été bien expliqué. Il souhaitait bâtir une salle de patronage à usage multiple dont un cinéma paroissial. Pour appuyer ses arguments, il nous a dit que participer à son action était prier et que cela valait la messe aux yeux du seigneur. La bande de gamins du tertre Marie-Dondaine est allée alors creuser les fondations de cette salle. L'abbé retroussait aussi ses manches et sans soutane brouettait les délivres que l'on enlevait à la pioche. Les fondations faites, des entreprises ont participé ensuite au montage des murs. C'était de mémoire dans les années 1950, en 1954 certainement. Le cinéma a enchanté les gens de Robien… »

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Sources

Entretiens téléphoniques avec l’abbé Le Prévost (93 ans) en avril 2020.

Archives de Ouest-France

Article et photo du Télégramme 7 octobre 2003

Entretien avec Jean-Pierre et Yolande Corouge qui ont fourni des renseignements sur l’histoire des colonies de vacances. 

Site du diocèse de Saint-Brieuc-Tréguier

Le Pays de Dinan année 2010, où un très bel article de Jacques Lair est consacré à Michel Le Prévost, frère de l'abbé Le Prévost. Merci à Loïc-René Vilbert de l'avoir signalé et à Daniel Duros pour la photo de la stèle ci-dessous (à voir presque en haut la côte Sainte-Anne qui monte vers Quévert, sur le côté gauche) .

Michel Le Prévost 1924-1944

Nécrologie Yves Le Prévost. Ouest-France 18 novembre 2022

 

D'autres articles à consulter sur la paroisse Sainte-Anne de Robien à Saint-Brieuc (cliquer sur la ligne)


Mais aussi :
L'histoire de l'abbé Garnier, cliquer ici
L'histoire de l'abbé François Couëspel du Mesnil, cliquer ici
Jean-Yves Calvez, prêtre, philosophe et écrivain, cliquer ici

 

mercredi 5 novembre 2025

Le Tertre Marie-Dondaine dans le quartier de Robien à Saint-Brieuc, un site à découvrir.

Le Tertre Marie Dondaine, dans le quartier de Robien à Saint-Brieuc c’est un site à découvrir, un lieu remarquable sur le plan géographique, un lieu chargé d’histoire, un lieu d’avenir !

Affiche Coccolithes pour la fête organisée sur le Tertre en 2019.

Quelques repères géographiques

Saint-Brieuc possède plusieurs points hauts, appelés Tertres : Le tertre Notre-Dame (appelé autrefois le tertre Buette), le Tertre aux lièvres  au dessus du Gouédic, le Tertre Aubé (proche de Rohannec)... Le Tertre Marie-Dondaine, dans le quartier de Robien est aussi l’un de ces lieux remarquables.

Sur un plan ancien de Saint-Brieuc entre 1814 et 1847, on voit que cette zone ne possède pas de propriétés bâties, elle n’est constituée que de lieux dits qui portent le nom des champs ou des prés avoisinants : Le Pré Chênaie, champ sur les sentiers, les Prés Sots, les Petits prés… Le point le plus haut est évoquée par ce qui est appelé le « Signal du Pré Tison ».

Plan 1814-1847. Archives municipales.
 Dans l’étude des noms de lieux (toponymie), lorsqu’on trouve un Signal, il s’agit le plus souvent d’un point en hauteur qui correspond au « Signal de Cassini ». Un signal indique un lieu qui a servi à faire des mesures cartographiques de l'époque et Cassini est le nom d’une famille de géographes qui, sur quatre générations, se succèderont pour établir une cartographie entière de la France, appelée Carte de Cassini.

D'après l'historien briochin Jean-Baptiste Illio, une pierre rectangulaire, appelée "Signal" aurait servi de repère dès 1715 puis en 1805 pour l’établissement de la première carte topographique de la France, appelée « carte de Cassini ». Chaque borne située sur un point haut matérialise ce qui est appelée « signal de Cassini ».

Quartier de Robien en 1814, dans "Histoire de St Brieuc, J.B Illio"


Ci-dessous, cette carte générale de la France montre les principaux triangles qui servent à la description géométrique de la France, levée par ordre du Roi par Messirs Maraldi et Cassini de Thury, de l'Académie Royale des Sciences. Elle est datée de l'année 1744. (lien sur Gallica en cliquant ici) Le point "T de St Brieux" pourrait être le signal du Pré-Tison.


Plus tard, en 1925, l’évêque préside l’inauguration d’une croix dressée en retrait de la rue du Pré-Chesnay, tout à côté de la borne de Cassini. Mais cette borne disparaitra malheureusement en même temps que la croix au milieu des années 60.

Pourquoi ce nom de Marie-Dondaine ?

Dans un article de Ouest-France, du 31 octobre-1er novembre 1995, le journaliste pose la question à Marcel Blivet, un ancien habitant du tertre. M. Blivet semble être la seule personne à se souvenir de l’origine de ce nom. Il fait remonter cette histoire au temps où ses grands-parents habitaient rue Luzel et où Auguste, son propre père né en 1900, venait jouer sur le tertre : «A cette époque, il y avait une femme ermite qui logeait dans un talus. Elle s’appelait Marie. Comme elle était de forte taille, tous les enfants l’appelaient la Marie-Dondaine. Les parents en avaient fait une sorte de croque-mitaine et interdisaient aux enfants d’y aller ». 

Dans les années 1920, on trouve cette appellation dans plusieurs articles de presse. Par exemple, le journal La Croix des Côtes-du-Nord fait le compte-rendu de la fête patronale du dimanche 26 juillet 1925 et mentionne qu'après la bénédiction "la procession se met en marche vers le tertre bien connu de la Marydondaine". Ce n’est que par une délibération du Conseil municipal du 19 juin 1967 que le nom de Tertre Marie-Dondaine est donné à cet espace.

L’espace naturel se réduit et la population du Tertre augmente

A la fin du XIXe siècle, le quartier change, en partie avec l'arrivée du train et de l’impressionnante usine des Forges-et-Laminoirs. 

En 1884, l'historien Jules Lamare se promène dans les parages et regardant vers le sud il est séduit par le Tertre : « Au-dessus de cette usine, à côté de son réservoir, est le point culminant du versant sur lequel la ville de Saint-Brieuc est assise. On y voit encore la borne qui servit, au commencement de ce siècle, aux opérations du cadastre. De cette hauteur, l’œil embrasse les riches campagnes de Ploufragan, de Trégueux et de Langueux. À droite, on peut suivre le train de Pontivy, longeant le bois des Châtelets, et gravissant les premières pentes qui conduisent aux montagnes du Mené ».

Le Tertre est progressivement habité au début du XXe siècle avec la création de la rue du Pré-Chesnay qui le borde au nord. Cette rue a d’ailleurs coupé le Tertre en deux parties quand elle a été prolongée vers l’ouest. L’usine Glémot, construite en 1934, a également beaucoup changé la physionomie du tertre en occupant un point haut.

Photo aérienne 1946. Annotations RF

Sur le plan géographique le Tertre Marie-Dondaine a été modifié à deux reprises. D'une part quand une petite ligne de chemin de fer a été créée pour relier l'usine Sambre-et-Meuse et d'autre part pendant la Seconde Guerre mondiale où le tertre a été arasé par les troupes américaines qui ont installé des batteries anti-aériennes. De nombreux rochers ont alors disparu.

La photo aérienne ci-dessous montre assez bien qu'il y avait deux parois avec une saignée pour laisser passer la petite ligne de chemin de fer. Par la suite, d'autres terrains au sud de la voie ferrée ont été arasés et c'est ce qui donne cet aspect de falaises de nos jours. Plusieurs bâtiments ont été construits sur ces emplacements, une fois les terrains aplanis. Avant on accédait au Tertre par de petits sentiers en pente douce. L'aspect était vallonné  de la rue Émile Zola en direction du tertre.

Photo aérienne années 40. Archives municipales


"Falaise" créée artificiellement entre la rue Emile Zola et le Tertre Marie-Dondaine

 


Dans l'herbe au pied de cette "falaise", jusqu'en 2022, on trouvait encore des vestiges de la voie ferrée qui passait là. Ces vestiges ont disparu depuis octobre 2022 malheureusement.

Morceau de rail. Photo RF

Morceau de rail. Photo RF

Trace encore visible de la voie ferrée, rue Émile Zola
 

Quelques maisons ont également été construites en partant de la rue Luzel et en remontant sur une cinquantaine de mètres. Une scierie était également présente dans les années 30 et jusqu’à la fin des années 40 mais il n’en reste presque rien. A la même époque, on trouvait une quinzaine d’habitations (dont une dizaine de baraques construites par le propriétaire de la scierie) et aussi des gens du voyage logeant dans des caravanes et dans des constructions légères.

La baraque de la famille Corack sur le tertre. Photo Claude Corack

Les habitants du Tertre recueillaient l’eau de pluie pour leurs besoins quotidiens. Dans les  années 60, la vie était encore difficile mais les habitants du Tertre avaient à disposition un point d’eau potable. Ce robinet, installé par la municipalité, était accessible à tous.  Une nouvelle maison en dur a été bâtie, elle était en partie basse électrifiée. Les premiers habitants ont été remplacés par d’autres qui n’avaient pas connu la misère totale, tous étaient partis au début des années 90.


Les différents projets d’aménagement : le Tertre Marie-Dondaine résiste

Le tertre a été occupé au XXe siècle mais pas par des habitations en dur. Si ce tertre est toujours à l’état naturel c’est parce que les différents projets d’aménagement de cet espace n’ont pas abouti. Pour commencer, en 1965, Édouard Quemper, l'adjoint au Maire de l'époque chargé des sports, prévoit de créer des installations sportives sur le Tertre.

Plan paru dans le journal municipal Le Griffon. 1966 numéro 4.


Puis un projet de groupe scolaire est conçu par la ville de Saint-Brieuc, mais rien ne sera fait...

Projet de groupe scolaire. Plan des archives municipales

Projet de groupe scolaire. Plan des archives municipales

Un plan de la ville de 1980 fait apparaitre une rue Marie-Dondaine qui traverse complètement le Tertre.


 

Les élus en visite. 1985

Au début de l’été 1985, les élus sont conviés par le Comité de quartier de Robien pour effectuer une visite sur le terrain. Le journal Ouest-France fait un compte-rendu et souligne que tertre Marie Dondaine constitue un point noir sur lequel le comité veut des réponses concrètes. Ses responsables affirment : « Le terrain a besoin d’un assainissement complet. Il devient urgent de démolir les cabanes en tôle et de débroussailler. Avant tout, nous demandons le respect de la propreté. Il ne faut plus que le Tertre serve de dépôt d’ordures. Par ailleurs, une partie du terrain qui appartient à la Ville est occupé par des nomades. Nous avons demandé que les services municipaux y apposent des panneaux interdiction de stationner. »

Les élus en visite sur le tertre, Claude Saunier et son équipe. 1985

Sur la photo ci-dessous en 1985, on aperçoit une baraque qui tient encore debout et la caravane de la famille Blivet.

Les élus en visite sur le tertre, sous l'oeil attentif du comité de quartier. 1985
 

Une cabane du Tertre en 1985.

 

Le tertre vidé de ses cabanes

Photo aérienne. Archives municipales

Photo aérienne. Archives municipales

Une opération d'urbanisation. 1987

En 1987, est lancée la création d’une Z.A.C (Zone d’Aménagement Concerté) à vocation de logements, d’activités commerciales et de bureaux. Michel Fraboulet, l'adjoint à l'urbanisme, déclare dans Ouest-France qu'il espère bien alors "redynamiser le quartier et transformer son image de marque par un habitat diversifié...". L'opération immobilière pourrait voir sortir de terre  entre quarante et soixante-dix logements. Des échanges de terres, sans expropriation, ont été réalisés par la municipalité. Devant une cinquantaine d’habitants de Robien, M. Morel, l'architecte de la Ville, présente le projet à la maison de quartier, un projet globalement accepté par le comite de quartier. La concertation fonctionne, tout semble en bonne voie...

Ouest-France 1988.

Mais quelques années plus tard, le projet lancé en 1987 et affiné plus tard, n’arrive pas à se concrétiser. Cette Z.A.C finit par être abrogée au moment de la révision du Plan local d’Urbanisme en 2013.

Maquette du projet de lotissement en 1995. Archives municipales.Photo RF

Maquette du projet de lotissement en 1995. Archives municipales.Photo RF
 

Marie-Dondaine : le tertre sauvage. Ouest-France 31 octobre 1995.

Un nouveau projet de lotissement communal est envisagé en 2016 mais il est aussi abandonné par une décision du Conseil municipal le 22 octobre 2018. Cette décision fait suite à la démarche de labellisation EcoQuartier obtenue fin 2017. Tout ceci a remis progressivement en question le projet initial de lotissement, pour laisser place à un scénario prévoyant la mise en valeur du site, par un espace ouvert et partagé.

Le tertre aujourd’hui : Un milieu naturel bien préservé en ville

Le Tertre, été 2019. Photo RF

Ce qu’on appelle de nos jours le Tertre Marie-Dondaine est en fait une parcelle non construite qui fait près de deux hectares et demi. Ce qui est frappant, c’est ce vaste espace d’herbe qui change de couleur au grès des saisons. L’herbe verte la plupart du temps mais qui se transforme en herbes hautes et jaunies quand vient l’été. Au milieu du terrain, il y a ce bois avec des pommiers, des noisetiers, des pruniers, des ronces et si on regarde de plus près des iris, des orchidées des prés…

Allée d'arbres sur le tertre Marie-Dondaine en automne. Photo RF 2020

Le haut du tertre Marie-Dondaine en automne. Photo RF 2020

Le petit bois du tertre Marie-Dondaine en automne. Photo RF 2020

Et si on se penche encore un peu plus vers la terre, que voit-on ? Des escargots, des limaces, des bourdons, des sauterelles… La biodiversité n’est pas un vain mot sur le Tertre… Depuis 2020, des aménagements ont été effectués en tenant compte de l'aspect naturel du site (présence de moutons, brebis et chèvres, ruches, bancs, reconstructions de murets...) 

Le tertre demain?

Jean Richard, sous le pseudonyme de Marlo, a imaginé des vendanges sur le Tertre en 2054 avec une augmentation de la température moyenne de 4° !

 

Le saviez-vous ?

Les anciens se souviennent des chasseurs de vipères du Tertre Marie-Dondaine. Dans les buissons et les talus de la butte, les plus courageux traquaient les plus venimeuses. Ces chasseurs improvisés les revendaient un prix d’or aux différents pharmaciens de Saint-Brieuc, intéressés par le précieux venin.

Un site à préserver

Ajoutons que, de par sa situation en hauteur, le site du tertre Marie Dondaine offre de nombreux points de vue sur la ville et les communes alentours dans cette partie sud de Saint-Brieuc. Vu d’en haut, le Tertre apparaît comme une curieuse petite tache verte au milieu des maisons et des voies de circulation, à proximité de bâtiments industriels imposants comme ceux de l’usine Manoir Industrie...


Une opportunité pour l’avenir du quartier

Le développement d’un quartier comme Robien ne peut se résumer pour les années à venir au développement de zones à construire. De nombreux logements individuels ou collectifs ont été réalisés et on peut s’en réjouir car ils permettent à une nouvelle population de se loger. Mais un quartier doit aussi préserver des espaces naturels, c’est ce qui sera laissé aux générations futures. Le tertre, c’est un espace de liberté où il pourrait y avoir des jardins partagés, des cabanes dans les arbres pour jouer ou pour lire, un espace de promenade, une petite ferme avec des animaux, des ruches, des pommiers, des œuvres d’art en plein air, une maison en bois comme dans les années 40, une buvette et de quoi faire à manger, des bancs, des lunettes panoramiques pour admirer la vue… Tout est encore à imaginer !


Ci-dessous, quelques images d'un projet d'aménagement du Tertre conçu par Bryan Morin, élève de BTS à l'école d'horticulture de St Ilan (22), sous la direction de ses professeurs Véronique Cadiou et Olivier Samica.

Projet de Bryan Morin, élève au lycée de St Ilan en 2019.

Projet de Bryan Morin, élève au lycée de St Ilan en 2019.

Projet de Bryan Morin, élève au lycée de St Ilan en 2019.

D'autres articles à lire au sujet du Tertre

Rubrique "Le passé ouvrier de Robien":  Les baraques du Tertre Marie-Dondaine ici

Rubrique "La paroisse de Robien", L'histoire du calvaire du Tertre Marie-Dondaine ici

Rubrique "L'habitat à Robien", Logements atypiques (les caravanes) ici

Les habitants du tertre, de nouveau réunis en juin 2019, ici


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Sources

Archives municipales, plan de 1804-1847

Site des Archives municipales en ligne. Collection du journal municipal Le Griffon.

Histoire de la ville de Saint-Brieuc, chapitre XII. Jules Lamare 1884

Histoire condensée et illustrée de notre cité gentille. Alain Le Duizet

Histoire de St Brieuc par J.B Illio, page 190. 1931

Histoire du Tertre Marie Dondaine. M. Claude Corack.

Article de Ouest-France juin-juillet 1985

Souvenirs de Marcel Blivet, recueillis dans un article de Ouest-France

Rapport sur l’EcoQuartier de Robien. Lisa Sherpa, 2018. Édition C.A.U.E

Projet de Bryan Morin, élève au lycée de St Ilan en 2019. Pour voir le site, cliquer ICI 

Projet des Coccolithes sur le site du Tertre en 2019. Pour voir le site, cliquer ICI

Rubrique "Tertre Marie-Dondaine" du site du Comité d'animation de Robien, cliquer ICI


 

L'histoire du quartier de Robien à Saint-Brieuc. Sommaire

Le quartier de Robien à Saint-Brieuc s’est vraiment peuplé il n’y a pas plus d’un siècle, mais son histoire présente de multiples intérêts ...