mercredi 5 novembre 2025

La maison Art Nouveau 11 rue de Robien à Saint-Brieuc. 1913

La période Art Nouveau, en architecture, s’appuie sur l’esthétique des lignes courbes. L'Art Nouveau, appelé aussi Modern style, se développe entre 1890 et 1914 mais son influence persiste bien après. En Bretagne la période Art Nouveau a été plus courte que dans d'autres régions de France.

L'art Nouveau est lié au style balnéaire pour certains éléments. Des architectes l'ont expérimenté dans l'Ouest parisien comme au Vésinet ou à Chatou.  
La ville de Saint-Brieuc est très peu marquée par ce style mais le quartier de Robien possède néanmoins une maison de 1913 tout à fait caractéristique de ce courant.
 

La maison Art Nouveau du 11 rue de Robien datée de 1913

Au 11 rue de Robien, face à la coopérative de produits biologiques "La Gambille", on trouve une très belle maison Art Nouveau avec des encadrements de portes et de fenêtres exceptionnels (autrefois c'était le 5 rue de Robien). 

Un article est consacré à cette maison dans l'ouvrage Le patrimoine des communes des Côtes d'Armor aux Éditions Flohic (page 1238). On y trouve une description précise, rédigée dans des termes techniques :  "Au rez-de-chaussée, la baie du séjour est typique du modern style : tous les sommiers des baies ainsi que les clefs sont affirmés par des pierres blanches. Le pignon de l'avant corps est en charpente apparente...Les pans coupés des angles de l'avant-corps, inspirés des bases de cheminée du XVe siècle, adoucissent les arêtes." De nos jours cette maison se retrouve très isolée sur le plan esthétique, coincée entre des édifices qui ne la mettent pas vraiment en valeur mais elle devait avoir fière allure au moment de sa construction !

11 rue de Robien, St Brieuc maison Art Nouveau. Photo RF

On ne sait ni qui en est l'architecte ni qui en est le premier propriétaire mais il pourrait s'agir d'un médecin. Par contre, on sait que la maison Art Nouveau de la rue de Robien a été construite en 1913 et qu'elle présente des similitudes avec la Villa Jeannette de 1907, située 98 boulevard des Anglais à Nantes.

La conception la maison nantaise est celle des architectes Ferdinand Ménard (1873-1958) et Emile Le Bot (1889) qui viennent alors de s’associer pour construire des villas à La Baule.

Cette demeure à Nantes est inscrite au titre des Monuments historiques et labellisée « Patrimoine du XXe siècle ». Elle n’est pas sans rappeler des villas construites à Nancy à la même époque.

Philippe Bonnet et Daniel Le Couédic, dans leur ouvrage Architectures en Bretagne précisent :

« La grande baie en feuille de nénuphar reprend celle de la Villa Jeannette, à Nantes, qui avait été largement reproduite dans les albums d’architecture de l’époque »

Ci-dessous "Baie nénuphar" de Nantes à gauche et de Saint-Brieuc à droite
 
 Ci-dessous une autre "Baie nénuphar" à Nancy, Villa Les glycines, 5 rue des Brices
 
Image Google Earth. 2008

Ci-dessous une autre "Baie nénuphar" à Nancy, Maison Huot, 92 quai Claude Le Lorrain, 1903. Émile André architecte. Description complète ici


 Mais plus généralement, on peut affirmer que c'est toute une partie de la maison de Robien qui est semblable à celle de Nantes.
 
Ci-dessous maison de Nantes à gauche et de Saint-Brieuc à droite


De même, la ressemblance est assez évidente avec la partie droite de la villa daté de 1913 Castel Jeannette, 56 avenue Wilson à Auray, conçue comme celle de Nantes par les architectes Ferdinand Ménard et Émile Le Bot.
 
Kastel Jeannette. Image Google Street

La Villa Ker-Roé conçue à Vannes vers 1905 (32 rue Albert 1er), présente également des similitudes. On ne connait pas son architecte...

Ker-Roé. Image Google Street

Villa Ker-Roé, Vannes, Photo RF, juin 2024

Villa Ker-Roé, Vannes. Photo RF juin 2024

Plus proche de Saint-Brieuc encore, la villa du 9 rue de la mer à Plérin, située sur la route du phare du Légué n'est pas sans présenter des similitudes dans des motifs de boiseries et dans les arceaux en brique...

Villa 9 rue de la Mer à Plérin. Photo RF 2024
Les différents propriétaires de cette maison Art Nouveau de Robien

Cette maison a été achetée par M. Le Men dans les années 1970. M. Le Men sait qu'auparavant c'était le docteur Moy qui en était propriétaire. Le docteur Moy y vivait dans les années 60 et exerçait au rez-de-chaussée, dans la petite annexe à droite en regardant la maison. Cette annexe comprend une entrée, un cabinet de toilette sur la gauche et une salle de consultation qui donne sur le jardin.
(Dans les années 50-60, on trouve à Saint-Brieuc Adrien Moy, dont l'épouse est née Kermoal, président départemental de l'Ordre des médecins dans les Côtes-du-Nord dans les années 50. On a aussi Jacques Moy, médecin, marié avec Cécile Armand en avril 1953)
Naissance 5 juillet 1967 Ouest-France


Saint-Brieuc 4 mai 1953 Ouest-France


A ce sujet des recherches dans le journal Ouest-Eclair font apparaitre qu'un certain docteur René Chappel avait son cabinet de consultation rue de Robien en 1933. Est-ce de lui dont il s'agit ?
On sait aussi qu'en 1931, la famille LeBesq y habitait (Jean LeBesq, né en 1894 à Saint-Nazaire et Marie, son épouse, née en 1898 à Vitré).

Travail de ferronnerie, maison 11 rue de Robien. Photo RF


11 rue de Robien, maison Art Nouveau. Détails de portes et fenêtres. Photo RF



  
L'intérieur de la maison
Il reste quelques éléments d'époque dans cette maison des années 1900, par exemple le carrelage avec un motif tressé. La cheminée semble avoir été modifiée plus tardivement. La "baie nénuphar" est intéressante à voir de l'intérieur ainsi que les motifs en fer forgé de la porte d'entrée. Les propriétaires ont essayé de conserver les éléments anciens tout en apportant le confort qu'on peut attendre de fenêtres à double vitrage comme dans la partie sous toiture.

Cheminée au rez-de-chaussée. Photo RF

Baie-nénuphar vue de l'intérieur. Photo RF

Porte d'entrée vue de l'intérieur. Photo RF

Ouverture sous toiture vue de l'intérieur. Photo RF


Carrelage de la cuisine. Photo RF


Lavabo de la salle de bain. Photo RF

Trappe se soulevant pour accéder à la cave afin de stocker le charbon.

 
La maison côté jardin
 
La maison possède encore de nos jours un beau jardin à l'arrière, d'environ 600 m2 qui, autrefois, était très arboré avec des fruitiers. On y trouvait aussi un grand chenil.
La véranda donnait de très bons raisins, parait-il. 
Un petit appentis réserve des surprises pour les amateurs de briques Le Dû !
 
La maison côté jardin. Photo RF

Ancienne vigne dans le jardin

L'appentis. Photo RF

Un mur entier de briques estampillées Le Dû. Photo RF

 
Une maison remarquée en Bretagne
 
Cette maison fait l'objet d'une description précise dans l'ouvrage de référence Le patrimoine des Communes des Côtes d'Armor publié en 1996 :

Maison 1910-1913. Granit et brique, rue de Robien.
La première partie de la rue de Robien est réalisée en 1892. L’éclectisme de cette maison est révolutionnaire à l’époque dans les courbes et la forme des ouvertures. Au rez-de-chaussée, la baie du séjour est typique du modern style : tous les sommiers des baies ainsi que les clefs sont affirmés par des pierres blanches. Le pignon de l’avant corps est en charpente apparente. Le balcon en bois rappelle les villas du bord de mer. Les pans coupés des angles de l’avant-corps, inspirés des bases de cheminée du XVe siècle, adoucissent les arêtes.

En 1998, une photo de cette maison figurait en première page d'un dossier du journal municipal Le Griffon (numéro 146) ayant pour titre "Saint-Brieuc, terre d'accueil des architectes".
 
Le Griffon 1998

La maison de Robien figure aussi dans une mosaïque de 6 villas Art Nouveau en Bretagne, et le détail de la baie en forme de nénuphar est l'objet d'une photo particulière dans l'ouvrage de référence de Philippe Bonnet et Daniel Le Couédic, Architectures en Bretagne, paru en 2012.

Extrait de Architectures en Bretagne, Palantines
 
Il reste encore quelques mystères à éclaircir autour de l'origine de cette maison et de son architecte ; 
affaire à suivre...

La porte d'entrée du 11 rue de Robien, clef du mystère ? Photo RF

L'art nouveau à Saint-Brieuc

Une deuxième réalisation dans le style Art nouveau, 2 rue Renan à Saint-Brieuc, est l'oeuvre d’Édouard Ramonatxo.

Maison 2 rue Renan à St Brieuc. Photo RF 2021

L’architecte Edouard Jean-Joseph Ramonatxo (1869-1933) est né à Saint-Brieuc le 24 juin 1869. Après des études aux Beaux-Arts à Paris, il devient l’architecte de la ville de Pontivy. Edouard Ramonatxo multiplie les constructions dans le Morbihan mais n’oublie pas sa ville natale : il va construire, vers 1910, une maison dans le style Art nouveau, pour une personne de sa famille, rue Renan, dans le quartier St Michel.

Le couronnement de la porte est remarquable, les deux baies du rez-de-chaussée sont surmontées d’un décor en arc de cercle, les ferronneries portent également la marque de l’art nouveau. 

Portail 2 rue Renan à St Brieuc. Photo RF 2021

Les briques sont utilisées comme éléments de décor pour souligner les ouvertures. L’alternance entre le orange de la brique et le vert de briques émaillées sont une marque d’originalité. Les combles et les lucarnes restent dans un style traditionnel de l’époque.

La partie basse de la façade 2 rue Renan à St Brieuc. Photo RF 2021

Philippe Bonnet et Daniel Le Couédic, dans leur ouvrage Architectures en Bretagne nous en disent plus sur les influences de cet architecte : "Édouard Ramonatxo séjourna assez longuement à Bucarest, où il collabora avec Paul Gottereau au projet et à la réalisation du Palais de la Caisse des dépôts et consignations et de la Caisse d’Épargne (1902) et construisit plusieurs hôtels particuliers. Il était lié à Ion Mincu, un des maîtres de l'architecture roumaine au tournant du siècle..."

La famille Ramonatxo avait une certaine notoriété à Saint-Brieuc au début du XXe siècle, on retrouve différents membres dans la presse locale :

1911. Joseph Ramonatxo, pâtissier à Saint-Brieuc, né en 1830 dans les Pyrénées, décédé le 24 octobre 1911 à l'âge de 72 ans.

1915. Edouard, Sergent au 71e Régiment d'infanterie, décède 1915 à l'âge de 22 ans (avis dans Ouest-Eclair le 3 février 1915).  

1919. Pierre Ramonatxo, ancien pâtissier-confiseur de la rue du Champ de Mars, propriétaire à Saint-Brieuc fait partie des jurés titulaires de la première session des assises des Côtes-du-Nord en 1909, il décède le 21 septembre 1919.

1922. Enfin, Ouest-Eclair en 1922 fait part de l'émotion de nombreuses personnes à l'annonce du décès de Mme Ramonatxo, née Lucas-Horeilhan, veuve de l'ancien pâtissier : "Elle appartient à une vieille et honorable famille de notre cité."


D'autres articles pour compléter

Les maisons Art Déco du quartier de Robien, cliquer ici

Abécédaire des architectes du quartier de Robien, cliquer ici

Retour au sommaire du blog ICI

 

Sources

Architectures en Bretagne. Philippe Bonnet-Daniel Le Couédic, éditions Palantines, page 41

Journal municipal de Saint-Brieuc. Le Griffon, 1998, numéro 146

Merci à Christophe Gauffeny et Sophie Riguel, documentaliste, pour leur accueil au C.A.U.E des Côtes d'Armor en novembre 2021, afin de compléter les recherches sur cette maison.

Recherches aux Archives municipales et départementales.

Renseignements fournis par M. Le Men, propriétaire de la maison du 11 rue de Robien (entretien téléphonique avril 2020) et par ses fils (visite de la maison en mars 2023).

Le patrimoine des communes des Côtes d'Armor. Éditions Flohic, article page 1238.

Villa Ker-Roé à Vannes, inventaire du Patrimoine culturel en Bretagne, cliquer ici

Fiche sur Edouard Ramonaxo, sur e-monumen.net en cliquant ici

La maison de la rue de Robien et celle de la rue Renan font l’objet d’une description précise dans l’ouvrage Le Patrimoine des Communes des Côtes-d’Armor. Éditions Flohic.

Site PSS-ARCHI.UE, page sur Saint-Brieuc listant tous les immeubles de la ville avec le nom des architectes, la date de construction, la hauteur etc. cliquer ici

Cadastre : merci à Mary Simon des services de l'urbanisme de la Ville de St Brieuc.
 

Ouest-Eclair 28 août 1933, article mentionnant le docteur Chappel "Un enfant renversé et blessé par une auto".

Le docteur Chappel est décédé à 32 ans, il était marié avec Mme Lahaye de St Brieuc.

Ci-dessous, l'art nouveau en Bretagne dans un extrait du livre de Daniel Le Couédic, les architectes et l'idée bretonne. 


 


Romain Mouton (1850 Lafrançaise-1941 Saint-Brieuc), directeur de cirque et de théâtre ambulant.

 

Romain Mouton. Photo générée par IA

Le Père Mouton en 1939

Dans les années 1920-1930, à Saint-Brieuc, quand venait le temps des fêtes foraines sur le Champ-de-Mars ou à Robien, on ne pouvait pas manquer le Père Mouton, « canne à la main, en gilet de laine et casquette à visière de cuir », allant de voiture en voiture. Il était aussi très connu pour tenir une baraque à frites, avec sa femme, dans le square devant la Gare.

Le Père Mouton à l'âge de 87 ans

 
La famille de Romain Mouton

Par différentes recherches (dans l’état civil du Tarn-et-Garonne et sur des sites de généalogie), on découvre que Romain Mouton est né le 28 février 1850 à la maison du sieur Delprat, père aubergiste dans la Grand-rue de la ville de Lafrançaise, proche de Montauban, sans doute au hasard d'une tournée du Théâtre ambulant de la famille. 

 

Romain Mouton. Acte de naissance. 1850

 

Son grand-père est Louis Joseph Mouton, déjà dans le milieu artistique et du théâtre. Louis Mouton jouait avec François Lamberty dans les années 1810-1835 (informations sur le Théâtre Lamberty ici ).

Son père est François Mouton, 22 ans, né à Angoulême (Charente), artiste ambulant d’agilité. Sa mère est Catherine Beaumestre, née le 17 avril 1825 à Rotterdam en Hollande, déclarée également comme artiste ambulante d’agilité. Elle est connue sous une autre identité respectant ses origines hollandaises : Catharina Fileberta Bouwmeester, artiste dramatique (1825-1885). Catharina est d'ailleurs décédée à Saint-Brieuc le 1er novembre 1885.

 

Romain Mouton est le frère d'Abel Mouton et donc l'oncle de Camille Mouton qui sera bien connu en Bretagne dans le monde forain avec son épouse, Marthe Calphas (doyenne des forains de Bretagne jusqu'en 1984 et dont le père était installé à Saint-Brieuc depuis 1914...(Article complet en cliquant ici)

Romain Mouton aura contracté deux mariages, le premier avec Octavie Recoursé vers 1870 mais son épouse décède à Redon (35) le 26 novembre 1879. Veuf, il se remarie le 7 septembre 1887 à Le Croisic (44) avec Marie Caroline Coué (1861-1950), artiste, née à Chaudefonds (Maine-et-Loire) le 13 octobre 1861.

1887 Mariage Romain Mouton et Caroline Coué.
 

Ci-dessous, photo de Marie Mouton. 

Ouest-Eclair 14 janvier 1939

Mme Mouton en 1939

Une carrière artistique

Romain Mouton était une personnalité singulière de la ville de Saint-Brieuc où il s'était installé en 1915. C'est pourquoi il avait fait l'objet d'un premier article de F. Geffrain dans l’édition du 23 janvier 1937 de Ouest-Eclair


Mme et M. Mouton devant leur boutique. 23 janvier 1937 Ouest-Eclair

Romain Mouton était alors âgé de 87 ans et on apprenait qu’il était le troisième de neuf enfants élevés dans le cirque. Il n'avait pas appris à lire, ce qui ne l'empêcha pas d'apprendre tous les rôles du répertoire théâtral dans des registres différents comme la comédie, le drame ou le mélodrame. Son père était clown en même temps que directeur d'un théâtre où l'on présentait aussi du théâtre.

Ci-dessous, cette photo du Théâtre Mouton au 19e siècle a été publiée par Jean-Pierre Bernardon dans le Facebook "Forain d'autrefois" en novembre 2023.


M. Mouton a exercé comme directeur d'une troupe d'acteurs pendant plus de cinquante années. « Dans la famille, il fallait être artiste lyrique ou dramatique et acrobate », avait-il expliqué. La famille donna des représentations dans toute la France, en Espagne, en Italie, en Allemagne et en Belgique.

 

Romain Mouton, acteur de cinéma

Il a été aussi acteur de cinéma avec le rôle du père Morellec, un vieux pêcheur dans "Retour à la vie", un film muet de Jacques Dorval de 1923, avec en vedette l'actrice Colette Darfeuil. ce film raconte l'histoire du compositeur Michel Trévick et de sa sœur Maud, en vacances en Bretagne, qui se lient d'amitié avec un jeune violoneux amnésique recueilli par un vieux pêcheur, Morellec (joué par Romain Mouton).

Romain Mouton, dans le film Retour à la vie. Photo Jean-Pierre Bernardon


Il joue le personnage du maire dans "La Brière", un film muet de Léon Poirier, sorti en 1925, d'après le livre de M. Alphonse de Châteaubriant.

A rectifier, 75 ans et non 80 ans en 1925.

Tournage du film La Brière, image Ciné-miroir 1er août 1924.

Film La Brière 1924. Site Wikipédia

 

Un troisième rôle lui est donné dans "Pic le rétameur".

 

 

Romain Mouton, philosophe

Une vie bien remplie : acrobate, comédien, artiste de cinéma, écuyer, dresseur d'animaux, professeur de gymnastique, commerçant...

Romain Mouton avait aussi sa petite philosophie de la vie :

 

"J'ai tout fait mais j'ai oublié de faire fortune ! "

 

"Les gens ne comprennent pas assez ces paroles sublimes : Aimez-vous les uns les autres". 

 

Cette dernière phrase sur l'amour de son prochain montre l'attachement de Romain Mouton aux valeurs chrétiennes. Et, encore un aspect original du personnage, on trouve inscrit en 1929 dans le bas de la page 15 du registre des membres de l’Église protestante de Saint-Brieuc et aussi en 1930 : "M. Mouton, confiserie de la Gare". Son affiliation est peut-être en lien avec son lieu de naissance, Lafrançaise dans le Tarn-et-Garonne, une ville protestante dont la bastide fut mise à sac pendant plus de 75 ans par les catholiques.

Registre 1930. Paroisse protestante de Saint-Brieuc.

 

Les dernières années et le décès du père Mouton

Un journaliste attentif de Ouest-Eclair évoque ainsi les dernières années du Père Mouton à Saint-Brieuc :

"On aimait ce vieillard sympathique et on lui réservait une bonne place au spectacle en qualité de doyen. Il avait conservé sa lucidité, sa bonne santé et sa bonne humeur. Dans le quartier de la Croix-Mathias, où il s'était retiré en dernier lieu, il ne manquait pas de bavarder longuement avec deux de ses bons camarades : M. Jean-Baptiste Illio, ancien conseiller municipal et M. Blanvillain, professeur du Lycée en retraite, amis de la famille. Toutes les nouveautés du Théâtre l'intéressaient, mais malheureusement son grand âge ne lui permettait plus de suivre attentivement les tournées de notre théâtre. Il y a quelques mois, il faisait remarquer à ses amis du quartier qu'il se tenait encore bien à bicyclette.

En décembre 1939, le Père Mouton part à Concarneau dans le département du Finistère qui est cher à la famille : "Notre père est mort à Quimper en 1874. L'évêque de Quimper tint à célébrer lui-même la messe d'enterrement. Mon frère Pierre est mort aussi à Quimper (en 1935). Mon beau-frère, qui était violoniste remarquable, est enterré à Concarneau. Eh bien je serai enterré à côté de lui. Mais le plus tard possible tout de même !" pouvait-on lire le 14 janvier 1939 dans un entretien donné à Ouest-Eclair.

A Concarneau Romain Mouton retrouve sa soeur, "Mme Lejeune, qui porte si bien son nom malgré ses soixante-dix ans". Elle fut première chanteuse, tandis que son mari était chef d'orchestre. Elle a dix-neuf ans d'écart avec son frère et tous les deux sont alors les deux seuls survivants de la fratrie de neuf enfants.

Finalement, Romain Mouton et son épouse quittent Concarneau et reviennent à Saint-Brieuc. C'est là qu'il décède en 1941 (sans doute le 11 octobre) et cette nouvelle suscite une émotion particulière. Le 14 octobre 41, l'édition de Ouest-Eclair, en page Saint-Brieuc, fait le gros titre sur cette disparition. Mais d'autres articles sont publiés dans les pages de Rennes, Le Mans et Caen car il avait laissé de bons souvenirs dans tout le grand Ouest.


Le Père Mouton dans les mémoires

Une quinzaine d'années après son décès, son histoire beaucoup plus complète est racontée dans l’édition de Ouest-France du 17 juin 1954 : « Il tenait une boutique dans la rue de la Gare, dans le square municipal. Lors des fêtes foraines, il s’en allait sur le Champ de Mars saluer ses petits amis, les enfants de ses amis et de ses collègues. Il leur donnait « des leçons de conduite », le sourire toujours paternel, la casquette bien droite, la fameuse chaine de montre avec breloques-souvenirs bien en évidence.
Romain Mouton, dernier des « Romain » (comme il aimait à le dire) avait vu le jour dans la Tarn-et-Garonne et son épouse était angevine.

Tous les parents de Romain avaient été artistes forains, de père en fils. L’ancêtre débuta sous François 1er, en 1524, comme bateleur, acrobate de l’époque. A 5 ans, Romain paraissait sur les planches et gagnait sa vie comme ses frères et sœurs.
La Guerre de 1870 ruina le cirque Mouton, et, en 1871, le père de Romain vendit ses chevaux, monta un théâtre et prépara le drame et la comédie.
En 1874, Romain prit la direction de la troupe avec sa mère pour tenir les rênes pendant 50 ans, semant partout la générosité à l’égard notamment des Bureaux de bienfaisance ("J’ai donné plus de cent représentations au profit des oeuvres de bienfaisance, pour les sinistrés lors d’incendies ou d’inondations et je versais un dixième de la recette au bureau de bienfaisance des villes traversées" ). En 1887, Romain épousait son élève de gymnastique et lui apprenait la comédie.


La troupe fut dissoute lors de la mobilisation, à Quintin en 1914. Le Père Mouton obtint alors de M. Servain, maire, l’autorisation de monter une baraque à frites place de la Gare.


Mme Mouton y vendit un sou de frites et son mari des oranges.
M. Waron, maire, aida également M. Mouton à s’installer dans la baraque en planches (du jardin public de la gare) où il resta jusqu’à l’heure de la démolition...
».

Comme M et Mme Mouton habitaient et travaillaient en face de la gare, un endroit particulièrement en vue, tout le monde les connaissait.

Les briochins appréciaient beaucoup les frites vendues en cornet de Mme Mouton. On y trouvait aussi des oranges et des confiseries !

Leur baraque en planches, que M. Mouton avait construite de ses mains, était singulière. Après leur départ, elle fut d'ailleurs achetée par la Ville et transportée sur un autre terrain municipal.


Des traces du Père Mouton au square de la gare autrefois...

Il faut avoir de bons yeux, mais les deux personnes au premier plan dans le square devant la gare sont assurément M et Mme Mouton !


Une carte postale ancienne, avec comme sujet principal le square de la Gare de Saint-Brieuc, nous donne une idée assez précise de la maison en bois de la famille Mouton au premier étage de la boutique de confiserie.

Publication de la carte de Pierre-Louis Launay dans "Tu sais que tu viens de Saint- Brieuc 15 oct 2024

Sur cette autre photo ancienne, du début des années 40, sur la droite du square devant la gare de Saint-Brieuc, on voit une maison dans le style des chalets en bois. C'est l'habitation de la famille Mouton, peut-être agrandie car au départ ce n'était qu'une baraque...



En effet, l'histoire est racontée dans le compte-rendu fait dans la presse en mars 1924, au moment où le conseil municipal veut créer un square en face de la gare, le terrain est occupé par deux établissements : le Foyer du Soldat et la Confiserie Mouton.

M. Mouton occupe l’angle du terrain, que constitue le square, avec un baraquement léger, depuis de nombreuses années. M. Mouton propose que ce baraquement devienne une sorte de kiosque qui s’appuie sur le mur de séparation de la caserne en bordure de rue. 

Registre du Conseil Municipal 24 février 1924

Le Conseil municipal, considère que « M. Mouton, jouissant de l’estime générale, son petit commerce rend des services dans le quartier, il pourrait en même temps se charger de la surveillance du square. La commission est d’avis que l’on peut avec ses arrangements, lui continuer la tolérance dont il profite, mais à condition d’être provisoire et de pouvoir être rapportée à tout instant et sans aucune indemnité. » (Ouest-Eclair, 3 mars 1924, compte-rendu du Conseil du 24 février)

Le bail précaire (qui durera une quinzaine d'années!) accordé à M. Mouton aura permis de mettre une touche particulière de vie dans ce quartier de la gare, autrefois très animé.  

 

Des descendants de la famille Mouton 

On ne connait pas bien la descendance de Romain Mouton. On sait que se son premier mariage, il aurait eu une fille, Louise Françoise née en 1875. De son deuxième mariage, il aurait eu trois autres filles Félicie Antonia née en 1881, Louise et Marie-Louise.

Toute l'histoire de la famille Mouton, industriels forains en Bretagne, est racontée dans un long article à retrouver en cliquant ici

Et l'histoire du neveu de Romain Mouton, Camille Mouton, ainsi que de son épouse Marthe, est racontée dans un autre article complet. Cliquer ici

Mme Camille Mouton et ses descendants. 31 août 1957 Ouest-France Châteaulin

 

Si vous avez des documents ou des témoignages à apporter sur la famille Mouton, merci d'utiliser le formulaire de contact en haut de page.

 

Des articles pour prolonger cette lecture :   

Marthe Mouton, née Calphas, épouse de Camille Mouton, cliquer ici

La famille Mouton, industriels forains en Bretagne, cliquer ici

Les cirques sur la place de Robien (1933-1961), cliquer ici

 

Retour au sommaire du blog  ici

 

 

Généalogie familiale de Romain Mouton.

Parents :

Le père de Romain Mouton est François Mouton, né le 17 août 1826 à Angoulême (Charente), artiste ambulant d’agilité, directeur de théâtre ambulant, décédé le 14 août 1875 à Quimper.

Catherine Beaumestre, née le 17 avril 1825 à Rotterdam en Hollande, artiste ambulante, mariée avec François Mouton, décédée Place Duguesclin à Saint-Brieuc le 1er novembre 1885, à l’âge de 60 ans. La Place Duguesclin était à l'époque le lieu où se produisaient les cirques et où se trouvaient les caravanes des artistes ambulants.
 

Les frères et soeurs de Romain Mouton 

Joséphine Mouton, née le 5 juillet 1846 à La Rochelle en Charente, artiste d’agilité, mariée avec Edouard Rougeul à Dinan, décédée le 17 décembre 1900 à Villiers Charlemagne en Mayenne, cliquer ici.

Jeanne, Marie Louise Mouton, née le 16 septembre 1848 à Toulouse en Haute-Garonne, mariée avec Francis Wilkes Beedle à Dinan le 6 mars 1872. Son mari est d’origine anglaise et il exerce comme gymnasiarque (professeur de gymnastique), cliquer ici.

Romain Mouton, né le 28 février 1850 à Lafrançaise dans le Tarn-et-Garonne. Sa date de décès n'a pas encore été trouvée mais elle est très proche du 11 octobre 1941 car le premier article à en parler est daté du 12 octobre.

Marie Louise Mouton, né le 25 mars 1858 à Poitiers dans la Vienne, mariée avec François Alciati à Rennes, cliquer ici

Pierre Victor Mouton, né le 12 avril 1861 à Brossac (Charente), marié avec Françoise Berthelot à Rennes, décédé en 1935 à Quimper, cliquer ici

Abel Édouard Mouton, né le 16 août 1863 à La Couronne (Charente), cliquer ici

Hélène Louise Mouton, née le 3 septembre 1868 à Jarnac (Charente), artiste lyrique, cliquer ici

Félicie, 1887, à Niort (en mention dans la marge sur l'acte de mariage), une autre source indique 1869-1940...


 

Sources

Archives du Tarn-et-Garonne en ligne, acte de naissance 1850, cliquer ici

Acte de mariage, commune de Le Croizic, cliquer ici

Site Généanet, fiche sur Romain Mouton, cliquer ici 

Site Généanet, fiche sur Catherine Beaumestre (Catharina Fileberta Bouwmeester), cliquer ici

Compte-rendu du Conseil municipal du 24 février 1924, site des archives municipales en ligne, vue 280 dans l'année 1924.

Photo de la maison en bois devant la gare, vers 1940. Site des Collections du Musée de Bretagne, cliquer ici

Fiche sur le film "La Brière" avec M. Mouton dans la liste des acteurs, cliquer ici

Site de Joseph Lohou, histoire de Callac, cliquer ici

 

 

L'histoire du quartier de Robien à Saint-Brieuc. Sommaire

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