mercredi 5 novembre 2025

Les réunions politiques et syndicales dans la salle de Robien à Saint-Brieuc. 1958-2016

De Pierre Mendes-France en 1958 à Lionel Jospin en 1981, en passant par Arlette Laguiller et François Fillon, de nombreuses personnalités politiques vont se succéder dans la salle de Robien où se tiennent aussi les grandes réunions politiques et syndicales liées aux conflits sociaux du secteur.

1958

La première personnalité politique de premier plan à être venue dans la salle de Robien pourrait bien être Pierre Mendès-France le mercredi 12 mars 1958. La paix en Algérie est le thème d’actualité qui retient toutes les attentions.

Mendès-France 7 mars 1958 Ouest-France


Le compte-rendu publié dans Ouest-France le 13 mars 1958 relate que "c'est dans une ambiance de campagne électorale que s'est déroulée la réunion publique organisée par la fédération départementale du Parti Radical-Socialiste. 1 500 à 2000 personnes assistaient à ce meeting au cours duquel Pierre Mendès-France, après s'être efforcé de justifier l'action qu'il mena à la tête du gouvernement, exposa longuement la solution qu'il préconise pour le retour de la paix en Algérie et pour le maintien de la présence française en Afrique du Nord."

Plusieurs personnes ont ensuite pris la parole : M. Mazier, député S.F.I.O, M. Cojean de la gauche socialiste et M. Quemper du Parti communiste. 


1959

A l'appel du Comité d'Action Laïque, en novembre 1959, 10 000 manifestants convergent vers Robien dont la salle est bien trop petite. A la tribune on reconnait M. Coant et Sylvain Loguillard.

Sylvain Loguillard, 2e à gauche. 30 novembre Ouest-France

1959

Le 14 décembre 1959, une manifestation monstre des agriculteurs des Côtes-du-Nord converge vers Robien : 20 000 personnes sont présentes. Tous les cultivateurs qui manifestent ce jour-là pour la défense des prix agricoles se dirigent par milliers vers la salle de Robien rapidement bondée. Le plus grand nombre doit rester en dehors de la salle. Sur l’estrade, les délégués se regroupent autour de Charles Danier, président de la F.D.S.E.A.

15 décembre 1959 Ouest-France

Manifestation à Saint-Brieuc. Ouest-France 14 décembre 1959


La salle de Robien était plus que pleine.


1960

En avril 1960, les métallos en grève font salle comble à Robien.

La grève des métallurgistes. Meeting à Robien.16 avril 1960 Ouest-France

En octobre 1970, les leaders syndicaux se succèdent à la tribune installée devant la salle de Robien pour haranguer la foule. Le grand parking juste devant la salle a l'avantage de faire démarrer les manifestations juste à la fin des discours qui peuvent être prononcés dehors ou dedans.

Ci-dessous, de gauche à droite : M. Lecomte, délégué CFDT de Sambre-et-Meuse, M. Daniel de la CGT (devant la Préfecture) et M. Le Faucheur, CFDT.

CGT et CFDT 29 octobre 1970 Ouest-France

1972

Peut-être 5 à 6000 personnes le 21 mars 1972 au grand meeting de soutien au Joint Français à Robien. La salle est trop petite et les orateurs se succèdent à une estrade surplombant la place.

Le 21 mars les orateurs se succèdent à la tribune à Robien. Photo Ouest-France 22 mars 72

Cette réunion est évoquée dans une sculpture sur bois d'Alain Marcon, exposée en 1981 au Foyer d'Action Culturelle puis en 2022-2023 au Musée d'Art et d'Histoire de Saint-Brieuc dans le cadre de l'exposition "Vivre avec le conflit du Joint Français".

Musée d'art et d'histoire de Saint-Brieuc © Alain Marcon. Mars 2023 Photo RF

Un gala de soutien au Joint Français se déroule également salle de Robien le 21 mars, avec Glennmor, Serge Kerguiduff, le groupe La jeune garde et Katel.

En octobre 1972, plus de 1000 personnes se sont regroupées à la salle de Robien à l’appel de la C.G.T et de la C.F.D.T dans le cadre d’une journée de revendications sur les salaires, les retraites etc. Des délégations ouvrières en lutte chez Big Dutchman et à la société des Kaolins sont également présentes avec leurs banderoles.

Meeting CGT et CFDT à Saint-Brieuc 27 octobre 1972 Ouest-France

1973

Le 22 février 1973, Michel Rocard, secrétaire général du Parti Socialiste Unifié (P.S.U) et candidat à l'élection présidentielle, vient parler devant 1500 à 2000 personnes dans la salle de Robien. Il reviendra en 1993...

Yves Le Foll, le maire de St Brieuc, à droite, accueille Michel Rocard à la gare.

1977

En mars 1977, le Parti Communiste organise sa Fête de l'Union Populaire à la salle de Robien. En vedette, on a la chanteuse et comédienne Jacqueline Dorian et le chanteur espagnol Juan Manuel Abreu. Mais il y a aussi un grand repas, une prestation de l'accordéon-club, du cinéma pour enfants, une exposition, l'allocution d’Édouard Quemper, un autre repas le soir et un bal populaire pour clôturer la journée.

5 mars 1977 Ouest-France

1981 Mars 

En mars 1981, Huguette Bouchardeau, la candidate du PSU à l'élection présidentielle est l'invitée de l'adjoint au maire Jacques Galaup. Elle parle devant 300 personnes dans la salle de Robien. (Biographie de Jacques Galaup, cliquer ici)

Jacques Galaup. Photo Le Télégramme

1981

En avril 1981, Lionel Jospin vient parler devant 800 personnes dans la salle de Robien. Yves Le Foll et Didier Chouat sont aussi à la tribune.


Pour fêter la victoire de François Mitterrand à l'élection présidentielle de 1981, un grand bal populaire est organisé à la salle de Robien.

20 mai 1981 Ouest-France


1983

Le 1er mars 1983 se tient le meeting de "Saint-Brieuc Gauche Unie" dans le cadre des élections municipales.

Meeting à Robien 1983. Photo Musée de Bretagne

1985

Le secrétaire général de la C.G.T, Henri Krasucki, tient un meeting devant 800 personnes dans la salle de Robien en juin 1985. Il vient de passer une journée sur le terrain des luttes au C.N.E.T de Lannion, avec les salariés des caravanes Star de Trémuson et chez Chaffoteaux à Saint-Brieuc.

Henri Krasucki à droite. Ouest-France 14 juin 1985

1990

Soeur Emmanuelle, religieuse installée au Caire en Égypte auprès des chiffonniers, vient le mardi 1er mai 1990 dans la salle de Robien à la rencontre du public pour parler de son expérience et récolter des fonds.


 

1993

Michel Rocard (Premier ministre de 1988 à 1991) débarque à l'aéroport de Saint-Brieuc le 4 mars 1993 dans le cadre de la campagne des élections législatives où il est candidat.

Ouest-France 5 mars 1993.

Ensuite Michel Rocard tient son meeting à Robien pour son unique réunion dans l'Ouest de la France devant plus de 2000 personnes. C'est l'époque où Michel Rocard affirme qu'il faut un big-bang de la gauche pour se rénover (mais les socialistes subiront une lourde défaite et Michel Rocard lui-même sera battu dans sa circonscription).
Pierre Fenard couvre l'évènement pour le journal Le Télégramme et nous lui devons ces photos qui nous donnent une idée de l'ambiance qui régnait dans la salle.

Photo Pierre Fenard. Le Télégramme

Les responsables socialistes du P.S en Bretagne sont nombreux à la tribune (Charles Josselin est présent mais on ne le voit pas sur les photos). On peut reconnaitre :

1 ? ; 2 Georgette Bréard, maire de Hénon ; 3. Kofi Yamgnane, maire de Saint-Coulitz (29); 4 ? ; 5 Marylise Le Branchu, Morlaix ; 6 René Régnault, sénateur- maire de St Samson ; 7 Louis Le Pensec (29); 8 Michel Rocard ; 9 Bernard Poignant (29) ; 10 François Cuillandre (ancien maire de Brest, député) ; 11 Jean-Pierre Thomin (Landerneau) ; 12 Jean-Michel Boucheron (35) ; 13 Louis Mexandeau (avec une incertitude car il n'est pas élu en Bretagne) ; 14 Maurice Briand, maire de Guingamp. (votre aide serait utile pour identifier les autres personnes, utilisez le formulaire de contact, merci d'avance. Didier Le Buhan en a déjà trouvé plusieurs !)

Les responsables socialistes bretons. Photo Pierre Fenard

Kofi Yamgnane à gauche. Photo P. Fenard Le Télégramme

Michel Rocard vient serrer des mains dans l'assistance. Photo P. Fenard Le Télégramme

Ouest-France couvre aussi l'évènement : "Une quinzaine de cars ont amené les militants des quatre départements bretons"...

Ouest-France 5 mars 1993 édition de Saint-Brieuc

Arlette Laguiller est aussi annoncée dans la presse le même jour que Michel Rocard, peut-être occupe-t-elle la petite salle de Robien ?


1994

Lionel Jospin revient à Robien, mais le 14 janvier 1994, pour présider et animer le grand banquet du Parti socialiste.


1997

L'évêque Jacques Gaillot (décédé le 12 avril 2023) vient animer à la salle de Robien une soirée de soutien aux Kurdes le lundi 17 novembre 1997. En février 1998, l'association France-Kurdistan  de Saint-Brieuc, créée en 1992, tient son assemblée générale où l'on constate une hausse des effectifs "grâce à la récente venue de Monseigneur Gaillot. soulignent les organisateurs." (Ouest-France 1er février 1998)

Monseigneur Gaillot à Robien. Ouest-France 15 novembre 1997.

2001

En novembre 2001, avec Alain Cadec et Josselin de Rohan, Michèle Alliot-Marie, la présidente du R.P.R offre une prestation pleine de sobriété : "Pas de projecteurs, pas de standing ovation, pas de musique aux accents pompiers, pas même un fond musical. Juste une voix demandant aux quelque 170 personnes présentes de bien vouloir s'asseoir."


2016

En novembre 2016, au lendemain du deuxième débat télévisé des primaires de la Droite, François Fillon est à la salle de Robien devant 700 personnes : bain de foule, ambiance de victoire annoncée... Il est accueilli par Marc Le Fur et Alain Cadec. "De nombreux élus locaux de la droite et du centre sont présents : Bruno Joncour, Thierry Simelière, Didier Lechien, Jean-Yves de Chaisemartin, François Goulard ou encore Isabelle Le Callennec" (Ouest-France 4 novembre 2016).

François Fillon était déjà venu en septembre 2015 dans la salle de Robien. 

Et pour finir, voici ce dessin de Marlo (Alias Jean Richard) publié sur son Facebook le 3 décembre 2020. Le dessin fait référence à la récente dénomination de l'esplanade au pied de la passerelle de Robien, devenue "Esplanade Jacques Chirac"...

Avec l'aimable autorisation de l'auteur...

 


La Place de Robien, lieu de rassemblement pour les grandes manifestations syndicales et politiques

La place Octave Brilleaud, c'est le lieu des grandes manifestations syndicales et politiques avant qu'elles prennent l'habitude de partir de la place de la Liberté. 

Les personnes qui ont manifesté en Mai 68 ou pour le Joint Français, en particulier, ont le souvenir de cette place bondée de monde !

 1968

Sur la place Octave Brilleaud le 14 mai 1968. Ouest-France


La place de Robien en mai 68. Photo du 27 mai 1968. Le Télégramme


1970

En octobre 1970, les manifestants se rassemblent sur la place pour une journée régionale d'action et écoutent les discours des responsables syndicaux de la CGT et de la CFDT à la tribune.


29 octobre 1970 Ouest-France

 
29 octobre 1970 Ouest-France


 
1972
 
7 avril 1972 Tract

Tract distribué pour le rassemblement du 18 avril 1972

Le Joint français. Photo Le Griffon.

Place de Robien 18 avril 1972


1981

Après l'élection de François Mitterrand  en mai 1981, une grande fête est organisée par la municipalité dès 15h dans le haut de la rue Saint-Guillaume et à partir de 19h se déroule un grand bal populaire dans la salle de Robien pour marquer l'événement "avec la participation de l'Harmonie municipale et d'une formation disco" (Ouest-France du 20 mai 1981)

 

1991

Manifestation pour les retraites. 15 avril 1991 Ouest-France



Si vous avez des documents ou des témoignages à apporter, merci d'utiliser le formulaire de contact en haut de page.

 

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Sources

Nombreuses recherches dans les archives de Ouest-France. 

 

 

 

Portraits de quelques habitants célèbres ayant habité Robien, quartier sud de Saint-Brieuc

Quelques personnes assez célèbres ont un lien particulier avec le quartier de Robien à Saint-Brieuc. Certains y sont nés, d'autres y ont vécu ou y ont exercé leur métier, leur passion.

On va trouver deux prêtres (l'abbé Garnier, l'abbé François Couëspel du Mesnil), deux philosophes (Georges Palante et Jean-Yves Calvez), un médecin (Abel Violette), un vice-amiral (Jules Le Bigot), un musicien (Maurice Reux), un homme politique (Edouard Prigent), un écrivain (Christian Prigent) et un boxeur (Anaclet Wamba).

Ci-dessus : Le vice-amiral Le Bigot, Abel Violette, Édouard Prigent, Georges Palante



Le choix est bien entendu subjectif et on aurait pu parler aussi de : 

Jean Le Bigot, vice-consul du Danemark

Jean Le Bigot était négociant en grains, rue Jules Ferry à Saint-Brieuc. Il travaillait avec Jacques, son frère et avait pris la succession de l'entreprise familiale en 1956. Il a assuré une fonction diplomatique que beaucoup de gens ignorent. En effet, Jean Le Bigot a pris ses fonctions de Vice-consul du Danemark le 21mars 1960. 


François Le Dû, entrepreneur, 7 rue Abbé Garnier

La briqueterie Le Dû occupait un vaste espace dans ce qui est de nos jours la rue Abbé Garnier. Elle fournissait les nombreux chantiers de St Brieuc et de ses environs (maisons, viaducs d'Harel de la Noë etc.). Dans le quartier, on voit encore de nos jours des briques marquées "Le Dû" dans la rue de Robien.


François Le Dû (1858-1924)

Plusieurs chefs d'entreprises auraient pu figurer dans cette rubrique des personnalités du quartier de Robien : M.Vaucouleur, patron des Forges-et-Laminoirs ; M. Epivent, patron des Moulins de Robien puis de l’Aciérie, Élisabeth Le Dû, première femme dans le quartier à co-diriger l'entreprise familiale...

Le portrait de nombreux chefs d'entreprises est dressé dans des articles consacrés à leur domaine. De même, dans le domaine sportif, le choix s'est porté sur Anaclet Wamba parce qu'il a été Champion du monde mais d'autres boxeurs ont obtenu des titres de champions de France et faisaient la une des journaux. On a aussi un peu trop vite oublié Jean Sauzéat qui a été, de 1938 à 1953, un des meilleurs coureurs cyclistes de l'Ouest.

Et que dire de tous les héros de la Résistance du quartier comme par exemple le communiste Joseph Debord, arrêté à son domicile à Robien avant d'être déporté.
 

Pour retrouver ces "célébrités", cliquer sur les liens !

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Le Théâtre Mouton, théâtre forain itinérant en Bretagne jusqu'en 1914

 

Théâtre Mouton avant 1900. Photo Jean-Pierre Bernardon

Le théâtre forain ambulant est une forme d’art qui s’est développée en dehors du théâtre classique. Emportant des troupes d’acteurs dans les campagnes et les villes, la Bretagne en accueillera régulièrement aux 19e et 20e siècles ; nous en avons conservé la trace et l’histoire comme pour Le Théâtre de l'Espérance de la famille Audroin. Le théâtre Mouton fait aussi partie de ceux-là, avec une tradition transmise d’une génération à l’autre.

Le théâtre en Bretagne

Avant d'explorer l'histoire du Théâtre Mouton, voyons ce qu'était le théâtre au XVIIe siècle, plus particulièrement en Bretagne. Au XVIIe siècle, une ville comme Rennes ignorait encore ce qu’était une troupe de théâtre sédentaire. Il en allait ainsi des autres villes des provinces de France qui ne connaissaient « que des acteurs nomades réunis en Sociétés ou Compagnies que l’on désignait sous le nom de troupes de campagne. Les comédiens étaient appelés « comédiens de campagne » (1). Ainsi Molière arriva à Nantes le 23 avril 1648 et y donna quelques représentations. La première troupe dont on trouve la trace à Rennes arriva en 1606.

A l'origine du Théâtre Mouton : 1ère génération avec Louis et Lise Mouton.

Romain Mouton raconta dans l’édition de Ouest-France du 17 juin 1954 que son plus lointain  ancêtre "débuta sous François 1er, en 1524, comme bateleur, acrobate de l’époque".

Louis Joseph Mouton (1786-1835) et son épouse Lise Étienne Larivière (1792-1881) font du théâtre dans le style de Molière et l’hiver ils restent à Paris. Louis Joseph Mouton jouait avec François Lamberty dans les années 1810-1835. (2)

La famille Lamberti constituait une famille de cirque italien qui serait arrivée en France sous Louis XV pour divertir les châteaux avec leur troupe d’acrobates et de bateleurs. Plus tard, ils ont francisé leur nom en Lamberty avec un Y.  Le Théâtre Lamberty était un théâtre de pantomime où les acteurs prenaient des poses pour réaliser ce que l’on appelait des tableaux vivants. Il est devenu par la suite le Théâtre Lamberty-Berthier puis avant 1914, avec Gaston Lamarche qui y a introduit la comédie, le Théâtre Populaire National Lamarche-Lamberty. (2)

Photo ci-dessous : Angélique et Abel Lamberty dans un tableau typique de l’après-guerre de 1870 : l’Alsacienne prête à venger le soldat français. C'est un tableau qui préfigure certains monuments aux morts de 14-18.
 

La famille Lamberty est restée dans cette tradition du théâtre ambulant jusqu'en 1968.

Photo du Blog de la famille Lamberty, branche évangélique tzigane.

2ème génération, François et Catharina. Théâtre itinérant 1846-1870

Un des fils, le plus jeune, François (1826-1875), né en 1826 à Angoulême, a la fibre théâtrale. François Mouton est à l'époque un des rares directeurs privilégiés de France, un droit qui a été aboli par la suite en 1863 (3). Il exerce comme directeur de théâtre à Brest, Lorient, Rennes etc. Puis, en 1846, François épouse Catharina Philiberta Bouwmeester (1825-1885) de Rotterdam. Elle vient d’une famille d’artiste. Ils passent alors au théâtre forain et dirigent une structure démontable. Ils sont totalement itinérants pendant plusieurs décennies. Il exerce leur art dans le sud-ouest.

La Guerre de 1870 ruine le cirque Mouton, et, en 1871, François Mouton vend ses chevaux, monte un théâtre et prépare le drame et la comédie. François décède à sur le Champ de Bataille (champ de foire) à Quimper le 14 août 1875 et en 1875, son épouse Catharina et son fils Romain reprennent la direction du théâtre.

Les tournées continuent comme en 1879 où le Théâtre Mouton se produit aux foires de Rennes, avec ce qui est alors appelé « Le Théâtre moral ». Nous possédons un document des Archives municipales de Rennes qui atteste de cette présence avec le demande formulée au Maire de Rennes par Catharina Bouwmeester.

Fougères, le 28 août 1879
Monsieur le Maire,

Les exigences du voyage jointes au désir que j’avais de revoir notre chère Bretagne m’ont ramené dans la contrée.
Je serais très heureuse de faire les prochaines foires de Rennes, aussi je prends la liberté de vous adresser la présente demande de  place, comptant sur la bonté que vous n’avez jamais cessé de témoigner à la famille Mouton.
L’emplacement dont j’aurais besoin pour mon théâtre serait de 30 mètres de longueur sur 8 mètres de profondeur ; je désire aussi placer un tir de 4 mètres de large sur 7 mètres de profondeur.
J’ose espérer Monsieur le Maire que vous voudrez bien m’accorder la bienveillant appui de votre haut patronage pour l’obtention de ces deux emplacements, près l’un de l’autre et à l’endroit le plus favorable.
Dans l’espoir que ma demande recevra comme par le passé un sympathique accueil.
Je vous prie d’agréer Monsieur le Maire, avec mes remerciements, mes plus respectueuses salutations.
Veuve Mouton, Directrice du Théâtre Moral à Fougères.


La réponse favorable de la Mairie ne se fait pas attendre, elle est datée du 30 août 1879. Les services de la mairie précisent que la foire de 1879 commence le dimanche 28 septembre, l’emplacement est situé Place de la Gare et trente francs d’arrhes sont à verser en mandat-poste.

1879 Archives de la Ville de Rennes

Comme tous ces théâtres, le fonctionnement est familial avec une douzaine de personnes dans la troupe dont Abel ; Romain Jeanne Marie Louise Mouton (artiste d'agilité et artiste lyrique) mariée avec Francis Beedle (gymnasiarque) ; Joséphine Mouton (artiste d'agilité) mariée avec Lucien Mansard (artiste d'agilité et écuyer) ; Pierre (artiste dramatique), Hélène Mouton (artiste lyrique)... 

Francis Beedle et Jeanne Mouton, épouse Beedle. 1880 Jean-Pierre Bernardon
Théâtre ambulant 1913. Famille Beedle (Maria, Fanny, Francis, Charles). Photo J-P Bernardon.

Ce que l'on ne sait pas, c'est si ce théâtre avait une base, à quelle cadence il donnait ses spectacles et s'il se produisait en dehors de l'Ouest de la France...

Ci-dessous, le chapiteau du "Grand Théâtre Mouton", dirigé par Romain Mouton. Les décors extérieurs étaient particulièrement soignés.

Photo non datée, famille Mouton.

Ci-dessous, cette photo du Théâtre Mouton au 19e siècle (4) nous donne une idée de la structure du chapiteau et de l'organisation du Théâtre itinérant. Loli Jean-Baptiste, doctorante en arts du spectacle à l' Université de Franche-Comté nous en dit plus sur ces théâtres : « Imaginez une construction imposante, rectangulaire, faite de panneaux verticaux en bois, de dimensions variables. (12 à 30 mètres de long et jusqu’à 10 mètres de large, pour les plus grandes). Au centre de la façade se trouve « le contrôle » un espace réservé à la billetterie, et à l’entrée du public. Le contrôle est toujours soigneusement orné de l’enseigne portant le nom de la famille. A côté de cela, autour de la « baraque », on peut voir s’installer les caravanes d’habitations, ainsi que le convoi. À l’intérieur de la salle, la scène se dresse sur l’un des côtés. L’espace principal est composé d’un plancher incliné rempli de gradins, ou chaises de confort variable pour accueillir le public. En fonction de la taille du dispositif, la salle accueille de 200 à 1000 spectateurs. » (5)

Photo Jean-Pierre Bernardon dans le Facebook "Forain d'autrefois" novembre 2023

On peut comparer le chapiteau du Théâtre Mouton à celui d'un autre théâtre forain, le Théâtre Taburet-Berthier, photographié ici en 1930.


3ème génération, Abel et Romain. 1885

Catharina décède le 1er novembre 1885 et ce sont les deux fils, Abel (1863-1934) et Romain (1850-1941), qui prennent la suite. Toute la famille participe de l'installation du théâtre jusqu'au spectacle.

Romain Mouton était le troisième des neuf enfants, tous élevés dans le cirque. A 5 ans, il paraissait déjà sur les planches et gagnait sa vie comme ses frères et sœurs. Il n'avait pas appris à lire, ce qui ne l'empêcha pas d'apprendre tous les rôles du répertoire théâtral dans des registres différents comme la comédie, le drame ou le mélodrame.

Romain Mouton 14 janvier 1939 Ouest-Eclair

Romain Mouton, image IA
Romain Mouton exercera comme directeur d'une troupe d'acteurs, dans un premier temps avec sa mère, pendant plus de cinquante années. « Dans la famille, il fallait être artiste lyrique ou dramatique et acrobate », avait-il expliqué. Sur la scène du théâtre, la famille Mouton produisait un spectacle avec drames, vaudeville, numéros d'équilibristes, de gymnasiarques, de magie. Certains numéros auraient tout aussi bien avoir eu leur place dans un cirque. D'ailleurs François Mouton (le père) était clown en plus de sa fonction de directeur du théâtre et Romain était acrobate.

La famille donna des représentations dans toute la France, en Espagne, en Italie, en Allemagne et en Belgique. Le 7 septembre 1887, Romain, âgé de 37 ans et veuf depuis 1879, épousait son élève de gymnastique et lui apprenait la comédie.

Le Théâtre Mouton semait partout la générosité à l’égard notamment des Bureaux de bienfaisance. Romain Mouton déclarera : "J’ai donné plus de cent représentations au profit des oeuvres de bienfaisance, pour les sinistrés lors d’incendies ou d’inondations et je versais un dixième de la recette au bureau de bienfaisance des villes traversées".

La famille Mouton se sédentarise en Bretagne dans la deuxième moitié du 19e siècle. Le Théâtre de Romain Mouton s’installe à Saint-Brieuc. Plusieurs membres de la famille Mouton vont naître, se marier et décéder en Bretagne :

Jeanne, Marie Louise Mouton, née en 1848, se marie avec Francis Wilkes Beedle à Dinan le 6 mars 1872. Son mari est d’origine anglaise et il exerce comme gymnasiarque (professeur de gymnastique).

Jeanne Marie-Louise Mouton (soeur de Romain) et son époux Francis Beedle. Léone Chaugny née en 1900 est sur les genoux. Photo de 1904

1904 Mariage à Jumeaux (63). Photo J-P Bernardon

Adèle Beedle va naitre sur la fête d’hiver à Rennes en janvier 1873

Catharina, mariée avec François Mouton, décède Place Duguesclin à Saint-Brieuc le 1er novembre 1885, à l’âge de 60 ans. La Place Duguesclin était à l'époque le lieu où se produisaient les cirques et les théâtres forains. 

Des personnes extérieures à la famille Mouton pouvaient parfois intégrer la troupe comme le laisse à penser un article de Ouest-Eclair daté du 30 mai 1937. On peut y lire que "Mme Le Gall Pierre, ancienne actrice du Théâtre Mouton" donnera à Chatelaudrain une représentation théâtrale avec la troupe mixte de "la Chatelaudrinaise". Il pourrait s'agir de Germaine Le Gall, née à Bayonne en 1893 (d'après le recensement de 1936), épouse du pâtissier Pierre Le Gall.

1936 Recensement Chatelaudren, rue de Corlay, image 18. AD22


Théâtre Mouton 30 mai 1937 Ouest-Eclair

Des photos du Théâtre Mouton 

La photo ci-dessous était parue page 74 dans l'ouvrage publié par les éditions Filigranes, "Madame Yvonne". Née en 1878 à Ploumilliau (Côtes-du-Nord), Yvonne Kerdudo, était connue sous le nom de "Madame Yvonne" dans le Trégor. Initiée à la photographie à Paris, elle revient en Bretagne au Vieux-Marché. Elle se déplace à 40 kilomètres autour de son village et photographie les évènements du quotidien.

Cette photo du Théâtre Mouton n'avait pas été repérée dans un premier temps, jusqu'à un jour de juin 2024 où Jean-Michel Le Bourdonnec, habitant à Ploufragan, en a signalé l'existence par le formulaire de contact de ce blog.

Jean-Michel Le Bourdonnec peut même préciser que cette photo du Théâtre Mouton, a été prise place des Déportés à Le Vieux Marché, vers 1912, à 1 an près en plus ou en moins. Sur la pancarte devant le Théâtre il est annoncé que la troupe joue "La porteuse de pain", un roman très populaire écrit par Xavier de Montépin, paru en feuilleton dans Le Petit Journal en 1884, réédité de nombreuses fois et adapté au théâtre. Le roman parle d'une femme accusée à tort, un sujet qui colle bien au "théâtre moral" de la famille Mouton.

Cette photo a été éditée sous forme d'une carte postale comme cela se faisait à cette époque.

Mais plus fort encore, une deuxième photo a été prise par Mme Yvonne. Il s'agit toujours du théâtre Mouton avec ses comédiens et comédiennes. La photo est prise à quelques pas de la place où est installé le théâtre. Il reste à identifier les différentes personnes...

Photo collection J-M Le Bourdonnec.

 
La troupe du Théâtre Mouton, détail. Vers 1912

La fin du Théâtre Mouton

Au moment de la mobilisation en août 1914, la famille Mouton se trouvait à Pont-Aven et devait se rendre à Nantes. A Quintin, la troupe dut se dissoudre et le matériel fut remisé. En 1915 Romain Mouton s’installe place Duguesclin à Saint-Brieuc.

Marchands ambulants sur la place Duguesclin à Saint-Brieuc.

Plus tard, Romain Mouton obtient de M. Servain, maire de Saint-Brieuc, l’autorisation de monter une baraque à frites place de la Gare.

Il faut avoir de bons yeux, mais les deux personnes au premier plan dans le square devant la gare sont assurément M et Mme Mouton !

Le décès de Romain Mouton, appelé "Le Père Mouton", est marqué par la publication de plusieurs articles dans la presse locale.

Ouest-Eclair 14 octobre 1941
 

De son côté, la branche Jeanne Marie Louise Mouton (née en 1848) exercera aussi dans le théâtre forain, mais pas en Bretagne. Francis Wilkes-Beedle et Jeanne Mouton font du théâtre forain itinérant dans les départements du Cher, de l’Allier et du Puy-de-Dôme. 

Voilà des éclairages qui nous permettent de retracer les grandes étapes de ce formidable Théâtre Mouton.

Bravo les artistes !


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A retrouver sur ce blog

L'histoire du Théâtre de l'espérance de la famille Audroin, cliquer ici

Notes

Recherches dans les archives de Ouest-France et du Télégramme.

(1) Le théâtre à Rennes, recherches d’histoire locale, notes et souvenirs. Lucien Decombe 1899.

(2) Article, dans la revue Folklore de Champagne, consacré au gens du voyage et à leurs théâtres populaires comme le Théâtre Lamberty. Cliquer ici


(3) Sur cette question du privilège, lire l'article suivant "Les Théâtres parisiens à l'heure du privilège (1807-1864), l'impossible contrôle", cliquer ici

(4) De nombreux renseignements et documents (archives de 1879, photo du théâtre Mouton...) ont été fournis par Jean-Pierre Bernardon, descendant de la famille Beedle-Mouton.

(5) Pour lire l'article de Loli Jean-Baptiste, "Le théâtre forain ambulant, un art populaire oublié", cliquer ici 

Sources

Facebook "Forain d'autrefois", cliquer ici 

Blog de la famille Lamberty, branche évangélique tzigane, cliquer ici

On peut se reporter à un article spécifique sur l'histoire de Romain Mouton, appelé le Père Mouton (cliquer ici) et un autre article sur Marthe Mouton, née Calphas (cliquer ici).

Correspondances avec Jean-Pierre Bernardon 2023

Rencontre avec Jean-Michel Le Bourdonnec, juillet 2024.

Musée du Théâtre forain à Arthenay, cliquer ici

Livre Madame Yvonne, éditions Filigrane

 


L'histoire du quartier de Robien à Saint-Brieuc. Sommaire

Le quartier de Robien à Saint-Brieuc s’est vraiment peuplé il n’y a pas plus d’un siècle, mais son histoire présente de multiples intérêts ...