vendredi 1 décembre 2023

Les associations de personnes âgées du quartier de Robien à Saint-Brieuc.

Les personnes âgées du quartier de Robien ont eu depuis longtemps l’habitude de se regrouper ou d'être regroupées "pour que l'on s'occupe d'elles". Il peut y avoir un peu de paternalisme dans cette intention mais on peut y voir aussi une marque de respect pour ceux qui ont beaucoup donné pour leur famille, leur entreprise, leur quartier, leur ville. Replaçons-nous également dans le début du XXe siècle où les personnes arrivées à l'âge de la retraite ne touchent aucune pension. Pour les plus modestes, et ils sont nombreux à Robien, une aide n'est pas mal venue.

Les noms qui évoquent cet âge avancé dans la vie ont varié suivant les époques.
Dans les années 50,
dans la presse on évoque : Les vieux du quartier, Les vieux travailleurs, La journée des Vieillards. Dans les années 70, le vocabulaire est plus neutre : Le Foyer-club du 3e âge, Le Foyer-club de Robien, Le Foyer municipal…

 

Le Parti Communiste sur le terrain

Après-guerre, le Parti Communiste déploie une activité conviviale et militante dans les bistrots du quartier.

Dans la presse, c'est à la fin de l'année 1946, que l'on apprend que la cellule "Debord", du quartier de Robien du Parti Communiste Français organise "un banquet des vieux et des vieilles de Robien" appelé aussi "Le Noël des travailleurs nécessiteux de Robien". Ce repas se déroule le 24 décembre au Restaurant Hamon, au 14 rue Luzel. Le journal L'Aube nouvelle du 28 décembre 1946 titre "Le Noël des vieux et des vieilles de Robien". 

Le parti ne cache pas ses intentions auprès de ce "public ciblé" comme on dirait de nos jours : "Ce copieux repas, dont nous sommes sûrs qu'ils garderont longtemps le meilleur souvenir, fut servi à tous ces braves vieux et ces braves vieilles, qui savent combien le Parti Communiste met de vigueur et de patience à les défendre. 

Marcel Le Guen le leur rappela à l'issue du banquet, dans une brève allocution qui émut jusqu'aux larmes les vieilles mamans qui se trouvaient là. Et ensuite on chanta les vieilles chanson du bon vieux temps, d'une voix chevrotante quelquefois, mais avec toute son âme et de tout son coeur.


Les années 50, les goûters de bienfaisance

Dans les années 50, les personnes âgées ne sont pas organisées pour avoir des activités propres, elles sont plutôt prises en charge par des oeuvres charitables. Par exemple, à l'opposée politique du Parti Communiste, La Ligue Féminine d’Action Catholique Française de Robien invite « les vieux du quartier » au mois de mai 1950.

Sur la photo ci-dessous de mauvaise qualité malheureusement, on parvient à distinguer plusieurs femmes avec leur coiffe bretonne.

"Les vieux de Robien". 12 mai 1950  Ouest-France


Ce jour-là, quarante-deux personnes sont présentes, surtout des personnes défavorisées. Le compte-rendu de Ouest-France fait que l’on s’y croirait : « Inutile de dire que la joie rayonnait sur tous les visages. Le repas touchant à sa fin, c’était le moment des chansons par les doyennes ayant voulu succéder aux dames du comité et à la petite Claudine Le Seignoux, 6 ans, qui s’était fait applaudir.
Ce goûter organisé pour la seconde fois comprenait le menu copieux suivant : apéritif, pâté, pain, brioche, chocolat, beurre, confiture, crème pâtissière, gâteaux secs, choux à la crème, vin, cidre, café arrosé, cigarettes pour les messieurs, oranges pour les dames.
Les vieux ont emporté en plus une boite de café et un kilo de sucre avec des cadeaux tirés au sort, offerts en partie par les commerçants du quartier. Une quinzaine d’absents ou malades recevront à domicile leur part de cette fête annuelle, par les dames de la Ligue Féminine, qui les visiteront avec leur amabilité et leur délicatesse habituelles.
»

 


Le 14 janvier 1953, la Ligue Féminine d’Action Catholique Française de la paroisse Sainte-Anne de Robien offre un goûter « aux vieux travailleurs du quartier » avec le concours du Foyer de la rue Madeleine et de la municipalité.

Le goûter des vieux travailleurs de Robien". 15 janvier 1953  Ouest-France


Le 25 octobre 1953, dans le cadre de « La Journée nationale des Vieillards », les vieillards de tous les quartiers de Saint-Brieuc sont invités à un vin d’Honneur par Les Louise de Marillac. L’inscription doit se faire chez les sœurs de Saint-Vincent de Paul.


En janvier 1955, on apprend que c'est la municipalité qui offre un goûter aux "anciens" inscrits dans les différents foyers de la ville (Bureau de bienfaisance, Ursulines, salle du Colombier à Gouédic, Ginglin, les Villages et Robien). Le maire Victor Rault se déplace et salue à chaque fois les doyens dans chaque foyer. (Ouest-France 10 janvier 1955)



La création du Foyer-club, 1960

En 1960, M. Poupard, le maire de Saint-Brieuc, vient chez Anne-Marie Le Hénaff, au 22 rue Bir-Hakeim, pour lui proposer de mettre en place un « Foyer-club » sur le quartier de Robien.  C’est la personne qui convient car elle a travaillé dans la couture, la restauration et elle aime s’occuper des autres. Elle relève le défi et comme elle s’explique dans un article de Ouest-France du 16 novembre 1994 : « Il a fallu tout créer, faire du porte-à-porte. » En 1962, le club compte déjà 350 adhérents, c’est un succès.  Son mari, Marcel Le Hénaff, un ancien cheminot devenu enseignant à l’institut des jeunes sourds, lui donne un coup de main. Alors qu’on lui a assuré qu’elle serait à la présidence pendant seulement deux années, 34 ans après elle sera toujours là mais elle ne le sait pas encore !

En 1960, les anciens de Robien sont donc regroupés autour de Mme Le Hénaff, la directrice bénévole, secondée par Mme Langlois et Mme Bric. Au programme : sorties, goûter, bals, carnaval…

A gauche, Mme Le Hénaff, photo du 19 mars 1980


Les années 70 du foyer-club

En mai 1970, les 250 membres du Foyer des anciens de Robien effectuent en car un voyage touristique dans le Finistère, principalement à Plouescat où un excellent repas a été servi au restaurant "La Caravelle". La journée s'est terminée à Plounévez-Moëdec avec un autre repas et des danses au son d'un orchestre animé par M et Mme Cadet.

Le Foyer des anciens de Robien. 22 mai 1970 Ouest-France

En mai 1972, Mme Le Hénaff organise la sortie annuelle du foyer municipal de Robien à Carnac, Quiberon et le golfe du Morbihan avec une halte pour un banquet le midi à l’hostellerie du Pays de Baud. Deux cent trente anciens participent à ce banquet musical. A la table d’honneur on trouve les doyens : Mme Bailly, 86 ans et M. Octave Fretois, 84 ans. En soirée tout le monde est reçu par M. A. Charles, député des Côtes-du-Nord, dans sa propriété de la Harmoye, où est servie une collation.

Dans les activités traditionnelles, on trouvait chaque année le mardi-gras. Par exemple, en mars 1976, soixante-dix personnes du foyer, costumées, défilent sur la place de Robien entrainées par l’accordéon de Mme Cadet. Un goûter clôture ce moment convivial avec les habitués du foyer.

Les anciens du foyer de Robien". 17 mars 1976  Ouest-France



En janvier 1977, plusieurs centaines de personnes âgées de Robien se retrouvent dans la petite salle du quartier pour un après-midi animé par Jeannine Cadet de l'Accordéon-club d'Armor. La crèche vivante grandeur nature, dont les personnages étaient des anciens eux-mêmes a eu beaucoup de succès. Des chants, des danses et un goûter ont mis une bonne ambiance...

Robien 8 janvier 1977 Ouest-France

En mars 1979, au moment du carnaval, une centaine de retraités se sont retrouvés salle de Robien avec des déguisements. La pluie a contrarié le défilé prévu mais tout le monde a dansé au son de l’accordéon.

Sur tout un week-end d’avril 1979, les anciens du foyer de Robien se retrouvent pour leur kermesse : « L’ambiance qui régnait dans la salle a prouvé qu’il n’était pas nécessaire d’être jeune pour s’amuser ». Cette sympathique petite fête était animée par M et Mme Cadet de l’Accordéon-Club d’Armor  qui ont fait danser sur des airs de tango, de marche et de valses. (Ouest-France 2 avril 1979)

La grande salle de Robien est parfois le lieu de rassemblement des différents clubs de retraités comme en mars 1980 où les 1500 adhérents des onze clubs de retraités participent au deuxième festival des retraités briochins. Plus de vingt numéros sont présentés.

On peut noter aussi que les anciens du foyer ne manquent pas d’accompagner leurs amis dans les cérémonies comme les Noces d’Or. Par exemple ils sont en nombre pour celles de M et Mme René Ramio, commerçants bien connus à Robien, mariés depuis le 28 mars 1932.

Les 50 années de mariage de M et Mme Ramio. 5 avril 1982 Ouest-France

 

Les années 90

En novembre 1994, Anne-Marie Le Hénaff laisse la présidence après 34 ans de bons et loyaux services alors qu’elle vient d’avoir 82 ans ! Renée et Robert Le Coq quittent également leurs responsabilités dans le club où ils étaient depuis quinze années.

16 novembre 1994 Mme Le Hénaff



En 1994, le foyer-club de Robien compte 190 adhérents. Les activités proposées sont des jeux de société, du tricot, des travaux manuels pour fournir des lots à la kermesse annuelle, des bals certains dimanches.

Les années 2000 à 2020

En 2004, les adhérents du club sont attristés par la disparition de Jeannine Cadet qui avait animé depuis tant d'années les moments récréatifs du club avec son accordéon.

Jeannine Cadet

En 2007, beaucoup d'émotion, dans la petite salle de Robien, où se réunissent chaque semaine, les adhérents du club de Robien, de l'office des retraités briochins. Françoise Langlois, 84 ans, cheville ouvrière du club depuis 1961, puis responsable depuis 1994, quitte sa « présidence ».

En octobre 2009, le maire, Bruno Joncour, honore une doyenne, Léa Le Couédic, 96 ans, du club O.R.B de Robien.

En 2015, un hommage est rendu à la doyenne de l’ORB, Julia Lavanant, 97 ans, du club O.R.B de Robien.

En mars 2015, le club de l'Office des retraités briochins de Robien fête les 100 ans de Cécile Marquer. "Née le 13 mars 1915, elle est adhérente de l'association depuis vingt-cinq ans. Elle y joue encore à la belote et ses stratégies de jeu sont redoutables pour ses adversaires ! Jusqu'à ses 98 ans, cette ancienne coiffeuse montait encore vaillamment les quatre étages de son immeuble. Elle a aussi eu quatre enfants, une fille et trois garçons. Outre Cécile Marquer, douze autres retraités du club de Robien ont entre 90 et 100 ans". (Ouest-France 20 mars 2015) 

Cécile Marquer, centenaire à Robien

En 2017 changement de présidence : Une passation de relais et de pouvoirs en douceur et dans la bonne humeur comme on le fait toujours à l'Office des retraités briochins. Après dix ans de bons et loyaux services à la tête du club de Robien, Anne-Marie Cramer passe le relais à Colette Balay, son « binôme » depuis six ans.

"Le club de Robien est un lieu de rencontre où les retraités partagent jeux, activités, animations... On y trouve écoute et solidarité. Ce sont les vertus qu'Anne-Marie a su cultiver pendant toute sa « gouvernance" . (Ouest-France 23 janvier 2017)

Colette Balais et Anne-Marie Cramer. 23 janvier 2017 Ouest-France
 

En 2022, un hommage est rendu par la municipalité à Nathalie Tronel, 97 ans, du club de Robien.




Et de nos jours ?

L’Office des Retraités Briochins (ORB22) regroupe tous les retraités qui le souhaitent au sein de leur association, forte de plus d’un millier d’adhérents.


Sur le site de l'ORB22, on note que Colette Balay et Françoise Tabouelle sont les deux référentes du club de Robien qui se réunit dans la petite salle de Robien, Place Octave Brilleaud.


Dans le quartier de Robien, ce club est un lieu de rencontre et un repas est organisé une fois par mois pour les membres.



 

Si vous avez des commentaires ou des documents à partager sur l'histoire des associations de personnes âgées à  Robien, merci d'utiliser le formulaire de contact en haut de page.


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Sources
 
Archives de Ouest-Eclair et de Ouest-France 
 
Office des retraités, club de Robien, cliquer ici 
 
ORB22, cliquer ici
Office des Retraités, 6, bis, rue du Maréchal-Foch. Tél. 02 96 61 95 61. www.orb22.fr
 
 
 

 

 

vendredi 3 novembre 2023

Yann Corlouër, un architecte breton condamné en 1944


Jean-Gabriel Corlouër est né le 14 juillet 1901 à Brest. Il est connu sous le nom de Yann Corlouër. Il a exercé comme architecte à Paris de 1935 à 1937 ainsi qu'à Saint-Quay-Portrieux et à Saint-Brieuc de 1935 à 1942. 

Bureaux de Yann Corlouer à Saint-Quay, 78 boulevard du Maréchal Foch, agence immobilière de nos jours. Carte postale ancienne.

Célèbre pour ses maisons de style néo-normand que l'on retrouve à Saint-Quay et à Saint-Brieuc, cet architecte a fait des choix politiques, dans les années 40, qu'il convient de mettre à jour.

Maison Corlouër. Rue des fusains à Saint-Quay. Photo RF

En effet, ce nom se rattache à un engagement dans la collaboration : pendant l'Occupation, Yann Corlouër fait le choix du parti fasciste de Jacques Doriot, le P.P.F, dont il devient le chef sur le plan local. C'est un antisémite et anti-communiste notoire qui recevait des directives de la Gestapo où une fiche a été retrouvé à son nom avec l'indicatif SR 710 (archives de la Gestapo de Rennes).

Il fuit la Bretagne au moment de la Libération. Son comptable, M. Pottier, qui partage ses choix politiques, est jugé et fusillé en décembre 1944... 

Ci-dessous, l'intervention publique de Yann Corlouër en septembre 1942 au cinéma de Saint-Brieuc, relatée dans le journal Ouest-Eclair, ne laisse aucun doute quant à ses convictions.

23 septembre 1942 Ouest-Eclair
 

La condamnation à mort par contumace en mai 1945

Le 30 mai 1945, Ouest-France publie le compte-rendu des délibérations de la Cour de Justice de Saint-Brieuc. Les autorités ayant perdu sa trace, Yann Corlouër est condamné à mort par contumace le 29 mai 1945. Tous ses biens sont confisqués. A la lecture de l'article, les faits sont effectivement accablants.

 


Yann Corlouër essaie d'échapper aux autorités

L'universitaire Danièle Voldman évoque le travail de Daniel Le Couédic dont les recherches, aux archives du Conseil régional de Bretagne, ont permis de montrer la stratégie employée par Yann Corlouër pour continuer son  activité :
"Au moment de sa condamnation à l’indignité nationale en décembre 1944, il était engagé sous l’identité de Jean Ruffé (du nom de jeune fille de sa mère) dans la Légion étrangère. Son bataillon ayant rejoint la compagnie Rhin et Danube, il reçut la Croix de guerre avec citation et fut promu maréchal des logis. Une fois démobilisé, il s’installa en Tunisie et travailla pour des entreprises du B.T.P sous son nouveau nom. Il fut cependant contraint de révéler son identité lorsqu’il demanda une reconstitution de carrière en vue de sa retraite".


La deuxième condamnation en 1952

Le 24 janvier 1952, Ouest-France publie le compte-rendu du deuxième procès de Yann Corlouër. Retrouvé et arrêté le 30 octobre 1951 alors qu'il se cachait sous une fausse identité, il est interrogé et passe en procès à Paris. Un article du Télégramme, également paru en 1952, évoque les mêmes faits historiques et donne la parole aux Résistants de Saint-Quay  (article en entier ici )



Ouest-France
 


Le Télégramme 26 janvier 1952


Rien de cela ne doit être oublié lorsque l'on découvre le style des maisons Corlouër.

 

Voir aussi

Maisons né-bretonnes dans le quartier de Robien, ici

Abécédaire des architectes de Robien, ici

 

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Sources

Danièle Voldman, Directrice de recherche émérite au Centre d’histoire sociale des mondes contemporains, CNRS / Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Punir les architectes collaborateurs. Article en ligne en cliquant ici

Correspondances avec Eric Le Guyader, août 2023.

Ouest-France  30 mai 1945, 24 janvier 1952

Blog de Michel Jounent sur l'histoire de Saint-Quay, avec en particulier la reproduction des articles du Télégramme de 1952 sur le deuxième procès de Yann Corlouër, cliquer ici

Sur le blog de Michel Jounent, on trouve un autre article avec un commentaire de Luc Corlouër. 7 janvier 2012, ici




jeudi 2 novembre 2023

Le théâtre de l'Espérance, théâtre forain ambulant d'Aristide Audroin

La famille Audroin est l'une de ces familles d'industriels forains qui a la particularité d'avoir aussi exercé dans le domaine du Théâtre ambulant religieux, avant de se lancer dans le cinéma.

Aristide et Léonie Audroin. Photo Le Pays de Dinan


Avant d'explorer l'histoire du Théâtre de l'Espérance Audroin, voyons ce qu'était le théâtre entre le XVe et le XVIIIe siècle, plus particulièrement en Bretagne :  « Au XVe siècle, on ne connaissait d’autres productions dramatiques que les Mystères, les Moralités et les Sotties.
La représentation des mystères était exclusivement réservée aux membres de la confrérie de la Passion, qui se contentait de mettre en dialogue des scènes de l’Écriture ou des légendes empruntées aux Vies des saints…
La plus ancienne représentation qui ait été signalée à Rennes eut lieu le 25 mai 1430, jour de l’Ascension, en présence du duc de Bretagne Jean V.
»
(1)
Le vendredi saint de l’année 1492, on joua à Vitré une représentation du Mistère de la Passion Nostre-Seigneur Jhesu Crist.

(2) Version du XIVe siècle du Mistère de la Passion. Publication B.N.F, ici


Les acteurs pouvaient s’inspirer de textes contenus dans les recueils de cantiques imprimés, avec « des scènes naïves en vers boiteux et à rimes indépendantes » (1), comme celui édité à Dinan en 1795 et réimprimé à la moitié du 19e siècle. Au fil des siècles et des rééditions, de nombreux ouvrages ont vu leur titre se modifier pour faire évoluer le Mistère du Moyen-Age vers des formes plus contemporaines.

 

Le Théâtre de l'Espérance

Aristide Audroin (1857-1953) est né à Vitré le 12 avril 1857. Il est cordonnier de profession mais à la fête foraine de Dinan, où il se trouve alors pour effectuer son service militaire, il fait la rencontre d'une foraine, Léonie Hodemon. Elle possède un manège de chevaux de bois et une confiserie. Il l’épouse le 29 juin 1878 à Vitré et adopte le mode de vie des gens du voyage.

Aristide Audroin. Photo Généanet

Léonie Audroin (1953). Photo Généanet

Pendant quelques années, les Audroin sont sur la route et présentent leurs attractions sur les fêtes foraines. Mais Aristide Audroin est passionné par le théâtre. Il fonde Le Théâtre de l’Espérance qui se déplace dans toute la France avec la roulotte tirée par des chevaux. Aidés par leurs enfants, leurs décors et leurs costumes font merveille dans "Le mystère de la Nativité et la Passion de Notre Seigneur Jésus-Christ", d'après les grands maîtres de l'art chrétien. 

Il est intéressant de voir, comme nous l'avons développé dans l'introduction de cet article, que les Audroin s'inscrivent directement dans la tradition des mystères, comme celui joué en 1492 à Vitré. Nous ne savons malheureusement pas à partir de quelle version travaillait la famille Audroin pour bâtir son spectacle.

Lors d'une représentation donnée en 1902, on apprend que les enfants sont âgés de 3 ans à 18 ans. La famille comptera jusqu'à 13 enfants ! Les jeunes acteurs prennent surtout des poses au milieu de décors constitués de tableaux peints.

C'est une grande fresque théâtrale qui s’inscrit dans les spectacles joués depuis le Moyen-Age. 

 

Ci-dessous, un article du Journal de Paimpol, du 18 mai 1902, invite le public à découvrir ce théâtre qui obtient un grand succès partout où il se produit. En 1907, il est de nouveau à Paimpol.

Audroin. 18 mai 1902. Journal de Paimpol

Mais le cinéma commence à attirer le public et les Audroin vont s’équiper à Paris pour présenter du cinéma ambulant. Comme lorsqu'ils faisaient du théâtre, les Audroin cherchent à véhiculer des valeurs et pas seulement à distraire. Pendant la guerre 14-18, ils vont avoir l'occasion de développer le patriotisme. L'article de Ouest-Eclair du 25 juillet 1915 ne laisse aucun doute sur l'engagement des Audroin qui, de plus, "se proposent de donner des séances gratuites pour les blessés".

Cinéma Audroin 24 juillet 1915 Ouest-Eclair

 

Aristide Audroin a reçu les Palmes académiques pour sa carrière dans le théâtre et le cinéma. Léonie Audroin a reçu deux Médailles d’Or du Président Poincaré pour l’éducation qu’elle donna à ses 13 enfants. A cette occasion, le 8 janvier 1923 dans La Dépêche de Brest, on pouvait lire une évocation de la vie de la famille Audroin avec quelques lignes sur le théâtre : "Puis ce fut le petit théâtre, que les dinannais envahissaient pour voir cette délicieuse famille si bien élevée, jouer la nativité, la Passion, Saint-Antoine. Chaque année, pendant une période, le petit Jésus vivant était tout neuf". L'allusion fait référence aux nombreux enfants de Mme Audroin dont, chaque année, le dernier né figurait en enfant Jésus.

Aristide Audroin est décédé le 17 décembre 1940, ce qui a fait l'objet d'un petit article dans Ouest-Eclair.

Aristide Audroin. 17 décembre 1940 Ouest-Eclair

Cet article ne prétend pas faire le tour complet de l'histoire du Théâtre de l'Espérance de la famille Audroin et ne demande qu'à être complété en utilisant le formulaire de contact.

 

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Notes

(1) Le théâtre à Rennes, recherches d’histoire locale, notes et souvenirs. Lucien Decombe 1899.

(2) Illustration tirée d'une version très ancienne du XVe siècle : Mystère de la Passion, par Arnoul Greban, cliquer ici 

 

Sources

Article, La famille Audroin, des industriels forains en Bretagne, cliquer ici

Nombreuses recherches dans les archives de Ouest-France et du Télégramme. 

Généanet, Aristide Audroin (1847-1940), père, cliquer ici

Les Mystères dans le théâtre, article de Wikipedia, ici
 

 

dimanche 22 octobre 2023

Georges Mahuzier (1934-2014), chimiste et biologiste, universitaire, né à Saint-Brieuc


Georges Mahuzier est né à Saint-Brieuc en 1934. Il a vécu son enfance dans le quartier de Robien où son père a tenu une pharmacie de 1938 à 1945. Par la suite, il a effectué une brillante carrière comme professeur de chimie à la faculté de Pharmacie de Châtenay-Malabry, université Paris XI,  jusqu'en 2001 où il prit sa retraite. Il était membre de l'Académie nationale de pharmacie.

Acte de naissance Georges Mahuzier. 1915 Saint-Brieuc Vue 135. Archives départementales

 
Origines familiales à Saint-Brieuc

Le premier de la famille Mahuzier à s'implanter à Saint-Brieuc est Georges René Mahuzier (1877-1931). Né en Corrèze, il va se marier à Saint-Brieuc le 18 mai 1904 avec avec Marie Désury, une native de la ville. Georges Mahuzier exerce dans le domaine des finances publiques, comme son père qui était percepteur des contributions directes. Il mène une belle carrière dans les impôts et devient Receveur général des contributions directes à Rennes.

Georges René Mahuzier (1877-1931)


La pharmacie Mahuzier

Son fils, Yves Georges Mahuzier (1905-1945) est né le 30 juin 1905 à Saint-Brieuc. Yves Mahuzier se marie à Plestin-les-Grèves le 15 octobre 1932 avec Odette Cotrel. Le couple va avoir deux enfants, Georges et Josette.  
Yves Mahuzier ouvre une première officine à Saint-Brieuc, dès 1934 où dans le journal Ouest-Eclair on trouve la trace de "Danet et Mahuzier, pharmaciens". La pharmacie Danet se trouvait dans la rue Saint-Guillaume...

Puis en 1938, il ouvre sa pharmacie au 2 rue Jules Ferry dans le quartier de Robien. Une première annonce indique cette adresse dans l’édition de Ouest-Eclair du 30 avril 1938. 

Pharmacie Mahuzier 28 août 1938 Ouest-Eclair


Quelques années plus tard, la pharmacie se déplace d’une centaine de mètres pour aller au numéro 41, à l’angle de la rue Jules Ferry et du boulevard Hoche. La famille Mahuzier composée de deux enfants, Georges et Josette, habite à proximité de l’officine, au 60 boulevard Hoche. Hélas, alors qu'il n'a que 40 ans,
Yves Mahuzier décède le jeudi 13 décembre 1945. La cérémonie se déroule à l'église de Robien et Yves Mahuzier est inhumé au cimetière Saint-Michel à St Brieuc. 

L'ancienne pharmacie Mahuzier au 41 rue Jules Ferry, photo prise en 1984.



Georges Mahuzier (1934-2014)
Orphelin de père, Georges entend poursuivre la tradition paternelle. Il passe d’abord ses deux bacs en 1951 et 1952 à Saint-Brieuc.

Résultats du bac à Saint-Brieuc 29 juin 1951 Ouest-France

Georges Mahuzier commence ses études de Pharmacie en 1953 à la Faculté à Rennes avant de préparer l’internat des Hôpitaux de Paris. Il est reçu en 1957 comme interne des hôpitaux de la Seine et travaille
à l’hôpital de Perray-Vaucluse sous la direction du Professeur Malangeau grâce auquel il acquit en 4 ans une formation complète de biologiste. 

Le professeur Malongeau
 

Interrompant sa carrière, il effectue 36 mois de service militaire en Algérie. 

A son retour en 1963 il est nommé sur concours, chef de laboratoire, à l’hôpital psychiatrique de Villejuif, il y restera jusqu’en 1970.

Hôpital psychiatrique de Villejuif


En 1971, il devient biologiste adjoint et en 1972 il succède au Professeur Malangeau en tant que Chef de service et effectue le reste de sa carrière à ce poste.
En parallèle, dès 1964, il s’engage dans une carrière universitaire de chimiste qui sera couronnée de succès. Il rédige différents ouvrages forts utiles pour les étudiants et les professionnels. Il est reconnu comme un spécialiste au niveau national du dosage des médicaments.

 
En 1972 il est nommé chargé de cours, puis Maître de conférence à l’université de Paris XI.
Agrégé à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Beyrouth,  il y enseigne la chimie de 1973 à 1975.
Revenu en France en 1975, il est nommé Maitre de Conférence agrégé à la Faculté de Pharmacie de Châtenay-Malabry qui est considérée comme la plus grande faculté de pharmacie en Europe. Il encadre les travaux de nombreux étudiants et favorise la coopération scientifique avec l’Espagne, le Vietnam.

Après une carrière exceptionnelle il prend sa retraite en 2001. Un de ses anciens élèves, en conclusion de l'hommage qu'il lui rend, le décrit ainsi : "De tout ce parcours se dégage une personnalité riche, attachante, ancré dans le réel au travers de ses fonctions de Biologiste, d’enseignant, de chercheur préoccupé du devenir de ses élèves".

 
Vie familiale

Sur le plan personnel, avec son épouse Catherine, Georges Mahuzier aura trois enfants Cerise et Bruyère, et Yves (1971-2005). La famille aimait se ressourcer sur l’Ile de Bréhat. C'est sur cette île des Côtes d'Armor qu'il décède accidentellement le 10 juillet 2014. Une annonce de son décès a été publiée le 27 septembre 2014 dans le journal Le Figaro.

Annonce Le Figaro

Son corps repose au cimetière Saint-Michel à Saint-Brieuc avec ses parents et son fils Yves.

Cimetière Saint-Michel à Saint-Brieuc.


Si vous avez des commentaires, des témoignages ou des documents sur la famille Mahuzier, merci d'utiliser le formulaire de contact.

 

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A lire sur ce blog pour prolonger

Les pharmacies du quartier de Robien, cliquer ici

 

Sources 

Généanet, fiche sur Mahuzier père né en 1877, cliquer ici

Généanet, fiche sur Georges Mahuzier, né en 1905, cliquer ici

Avis d'obsèques de Georges, universitaire, né en 1934, ici

Discours d'hommage à Georges Mahuzier, prononcé en 2016, cliquer ici 

Discours d'hommage au Professeur Malangeau par Georges Mahuzier, 2009, cliquer ici

Albert Mahuzier, explorateur, cousin de Georges, site cliquer ici

 

vendredi 20 octobre 2023

Etesse Frères, transporteurs, boulevard Carnot à Saint-Brieuc. Années 60

 

Anciens garages de l'entreprise Etesse. Photo R. Fortat

On sait peu de choses de l’entreprise de transports-déménagements des frères Etesse qui a fonctionné au milieu des années 60 dans le quartier de Robien à Saint-Brieuc. Leur garage se trouvait entre le boulevard Carnot et la rue François Ménez. Les deux entrées et sorties étaient possibles.
Au dessus d'une porte du garage, on pouvait lire : 

ETESSE Frères 

Transports Déménagements Entrepôts 

 

Sur l'autre entrée du bâtiment on pouvait voir que l'entreprise avait deux entrepôts, à Saint-Brieuc et à Paris.

Anciens garages de l'entreprise Etesse. Photo R. Fortat

Le 6 octobre 1966, l’entreprise fait parler d’elle dans Ouest-France. Au garage Boschet dans la zone industrielle rue Chaptal se déroule une présentation de nouveau modèles de camions : « Le clou de cette exposition fut la présentation par les Transports Etesse Frères de Saint-Brieuc, d’un semi-remorque Dorsey et de son tracteur Volvo, matériel poids-lourd très moderne, unique dans l’Ouest… Cet ensemble est destiné à transporter des fers de grandes longueurs, de la région parisienne à des entreprises métallurgiques et des quincailleries de la région.». Voilà qui indique une spécificité des transports Etesse en lien avec la métallurgie…

Transports Etesse Ouest-France 6 octobre 1966
 
Le 23 août 1967, l’entreprise Etesse fait de nouveau parler d’elle dans Ouest-France après la perte de contrôle d’un conducteur de cette société qui transportait 15 tonnes d’œufs.

Transports Etesse Ouest-France 23 août 1967



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Sources

Archives de Ouest-France 

 

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